Analogies entre le type dermatoglyphique palmaire des singes inférieurs et celui des enfants atteints de mongolisme

Raymond Turpin et Jérome LEJEUNE (*), présentée par M. Pierre-P. Grassé.

(*) R. TURPIN et J. LEJEUNE, Semaine des Hopitaux de Paris, An., 29, n° 76, 1953 p. 3955-3967. Séance du 4 janvier.


Résumé :

L'étude de la lignée des Primates, guidée par l'examen des dermatoglyphes de la main, fait apparaître les caractères spécifiques de quatre stigmates palmaires. Ces stigmates sont précisément caractéristiques d'une maladie humaine : le mongolisme. Ils établissent une analogie entre les mains des enfants mongoliens et les mains des simiens plus que des Anthropoïdes.

Sommaire

L'étude dermatoglyphique des paumes d'enfants atteints de mongolisme nous a permis d'isoler quatre stigmates, dont la coïncidence autorise à porter le diagnostic morphologique de cette malade avec une pourcentage d'erreur qui ne dépasse pas 5 %. Une analyse comparative de ces caractères chez les Primates non hominiens conduit à relever entre ces animaux et les Mongoliens les analogies suivantes :

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I. Position du triradius axial.

Chez l'Homme normal, cette figure est constituée par la convergence des crêtes papillaires enserrant la base du pouce d'une part, l'éminence hypothénar d'autre part, et la partie proximale de la paume, en haut. Cette figure siège dans la région proximale la paume. Chez les Mongoliens au contraire, cette formation est le plus souvent (73 %) en position médiopalmaire, et est alors constituée par la convergence des crêtes papillaires qui enserrent la racine du pouce d'une part, l'éminence hypothénar d'autre part, et les crêtes de la partie distale de la main en bas.

Les Lémuriens et les Simiens inférieurs ont un triradius axial médio-palmaire. Cette position se retrouve chez les Anthropoïdes, constamment chez l'Orang-outan, inconstamment chez le Chimpanzé. Elle est rare chez l'Homme normal (6 %).

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II. Les formations hypathénariennes.

L'éminence hypothénar porte constamment des figures orientées vers le bord cubital de la main chez les Simiens inférieurs et les Lémuriens (elles sont le plus souvent doubles chez ces derniers). Ces formations n'existent pas chez les Anthropoïdes, les Orangs-outans ayant un tourbillon et les chimpanzés n'ayant le plus souvent aucune formation. Elles sont particulièrement fréquentes chez les Mongoliens (54 %) mais rares chez l'Homme normal (10 %).

Les figures orientées vers le bord radial de la main n'existent ni chez les Singes ni chez les Mongoliens, alors qu'elles sont fréquentes chez l'Homme normal (23 %).

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III. Le pli palmaire transverse.

Cette formation résulte de la coalescence des deux plis de flexion de la main ; constante chez les simiens infé-rieurs, elle ne se voit pas chez les Anthropoïdes. Elle est remplacée en effet chez les Orangs-outans par une disposition double ou triple, parfois quadruple, chez les Chimpanzés. Elle est typique du mongolisme (68 %) alors qu'elle est exceptionnelle chez l'Homme normal (moins de 1 %).

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IV. Disposition des crêtes papillaires de la partie distale de la main.

Il existe à ce niveau chez les Lémuriens trois pelotes non contiguës, formées de crêtes épidermiques concentriques. Chez les Simiens, deux autres dispositions se présentent : trois pelotes concentriques mais contiguës chez les Simiens intérieurs tels les Cébidés et les Cercophitécidés, l'ensemble s'accompagnant d'une disposition transversale des crêtes médiopalmaires adjacentes ; présence de boucles allongées chez les Anthropoïdes avec une disposition longitudinale des crêtes adjacentes. Chez les Mongoliens l'orientation des crêtes médioplamaires est globalement transversale. Chez l'Homme normal, cette orientation est dans l'ensemble oblique vers le bord cubital de la main.

Cette étude d'anatomie comparée se ramène aux faits suivants :

a. La disposition des crêtes épidermiques palmaires de l'Homme normal n'offre aucune ressemblance avec pelle de quelque Primate que ce soit ; cependant quelques formations rappelant le type simien inférieur peuvent se rencontrer chez des sujets apparemment normaux, mais isolément et non associées.

b. La disposition des crêtes épidermiques palmaires de l'enfant mongolien offre des analogies surprenantes avec celle des Singes inférieurs (Cercopithèques, Sajous, Mangabeys, Macaques) et non avec la main antérieure des Anthropoïdes. Chez ces derniers les analogies sont très réduites ou nulles (Chimpanzé).