Étude comparée des dermatoglyphes de la partie distale de la paume de la main, chez l'Homme normal, les enfants mongoliens, et les Simiens inférieurs

RAYMOND TURPIN et JÉRÔME LEJEUNE, présentée par M. Pierre-P. Grassé.

Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. 238, p. 1449-1450, séance du 29 mars 1954).


Résumé :

Des formations concentriques des crêtes papillaires, analogues aux pelotes des Simiens inférieurs, se voient chez l'Homme. Elles sont, au total, plus communes chez les Mongoliens, la pelote médiane étant deux fois plus fréquente chez eux que dans la population témoin. Elle accentue l'analogie palmaire déjà mise en évidence entre Mongoliens et Simiens inférieurs.

Sommaire

Les caractères de quatre stigmates dermatoglyphiques palmaires rapprochent de manière surprenante les enfants atteints de mongolisme, des Simiens inférieurs. Ces quatre stigmates sont : le triradius axial, les formations hypothénariennes, l'orientation des crêtes médio-palmaires, et le pli palmaire transverse. Or, il existe parfois chez l'Homme normal des formations dermatoglyphiques, concentriques, analogues aux trois pelotes que portent constamment au niveau de la région distale de la paume (chacune à la base d'un espace interdigital) les Simiens inférieurs. Avec l'intention de compléter notre analyse des structures épidermiques palmaires des Mongoliens, nous avons étudié chez ces malades ces formations distales de crêtes concentriques. Pour les désigner nous avons employé, en fonction de leur emplacement, la nomenclature suivante : P 7, pelote située entre l'annulaire et l'auriculaire, P 9 entre le médius et l'annulaire et P 11 entre l'index et le médius. Or, la répartition de ces trois types possibles est apparue très particulière chez les Mongoliens.

L'analyse de ces données, recueillies sur 103 mongoliens, 403 individus normaux (hommes et femmes) et une cinquantaine de singes inférieurs, apporte les précisions suivantes :

1° La pelote P 9 est 1,84 fois plus fréquente chez les sujets mongoliens que chez les sujets normaux, aussi bien à gauche qu'à droite :

?2 = 35,9 pour ? = 1 pour les mains gauches;

?2 = 27,6 pour ? = 1 pour les mains droites.

Normaux.MongoliensSimiens inf. Fréquence.
Nombre de pelotesFréquences.Nombre de pelotesFréquence.
Main gauche
P 72230,553 ± 0,026410, 398 ± 0, 0501 ± 0,00
P 91360,338 ± 0,025640,622 ± 0, 0491 ± 0,00
P1140,010 ± 0,00520,019 ± 0,0 141 ± 0,00
Mains sans aucune pelote : 82 mains .0,203 ± 0,02150,048 ± 0,0230,0 ± 0,00
Main droite
P 71580,392 ± 0,026270, 262 ± 0,0451 ± 0 , 00
P 91960,486 ± 0,027840,815 ±: 0,0401 ± 0,00
P11190,047 ± 0,01230,029 ± 0,0171 ± 0 , 00
Mains sans aucune pelote : 78 mains .0, 194 ± 0,02060,058 ± 0,0220,000 ± 0,00

2° La pelote P 7 est par contre, 1,4 fois plus fréquente chez les normaux que chez les Mongoliens, et, ceci aussi bien à droite qu'à gauche.

?2 = 5,9 pour ? = 1 pour les mains droites;

?2 = 7,9 pour ? = 1 pour les mains gauches.

3° L'étude de la répartition selon la droite ou la gauche montre que la pelote P 9 est plus fréquente à droite qu'à gauche chez les Mongoliens (?2 = 9,6 pour ? = 1) aussi bien que chez les normaux ( ?2 = 18,5 pour ? = 1).

4° Inversement la formation P 7 est plus fréquente à gauche qu'à droite chez les Mongoliens (?2 = 4,30 pour ? = 1 ) et chez les normaux (?2 = 19,6 pour ? = 1).

5° Le simple recensement de tous les individus porteurs de P 9 au moins à une main, conduit aux fréquences suivantes :

232/403 chez les normaux, soit 0,576 + 0,025 ;

88/103 chez les Mongoliens, soit 0,855 ± 0,036.

6° Le nombre moyen de pelotes est plus élevé chez les Mongoliens que chez les normaux : 1,04 contre 0,90, mais surtout, la fréquence des mains sans aucune pelote est beaucoup plus élevée chez les normaux, (0,203 ± 0,021) que chez les Mongoliens (0,053 ± 0,023).

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Conclusions

La pelote P 9 est beaucoup plus fréquente chez les Mongoliens (70 %) que chez les sujets normaux (47 %), ce qui rapproche les Mongoliens des Simiens inférieurs (100 %). Cependant, un phénomène strictement inverse est observé par la pelote P7 ; ce qui n'empêche pas le nombre moyen total de pelotes d'être plus élevé chez les Mongoliens que chez les sujets normaux. La répartition très particulière des pelotes dermatoglyphiques chez les Mongoliens révèle donc quelques analogies avec le type simien qui pour être discrètes n'en sont pas moins réelles. Elles accentuent le rapprochement que nous avons établi dans une Note antérieure : Comptes Rendus, 238, 1954, p. 395 ; Séance du 22 mars 1954.