Influence de l'âge des parents sur la masculinité des naissances vivantes

MM. Jérôme LEJEUNE et Raymond TURPIN, note présenté par M. Léon Binet (séance du 18 mars 1957).

Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. 244, p. 1833-1835 séance du 25 mars 1957.


Sommaire

La proportion des garçons dans les naissances vivantes diminue en fonction linéaire de l'âge du père et, à un moindre degré, de celui de la mère. Cette diminution est significative dans les deux cas.

En raison de la faible amplitude de cette variation et du sens dans lequel elle se produit, aucune hypothèse génétique simple ne peut être proposée.

Il en résulte que dans la détection chez l'Homme de mutations léthales liées au sexe, se manifestant par une déviation de la masculinité, le biais introduit par le vieillissement des procréateurs peut être considéré comme négligeable.

On admet généralement qu'une augmentation de la fréquence des mutations puisse être décelée chez l'Homme par des variations de la masculinité à la naissance du fait de l'accumulation de gènes létaux récessifs liés au chromosome X.

Des travaux menés sur la descendance des survivants aux bombardements atomiques (J. V. Neel et W. J. Schull et coll, 1953) (1) et sur celle des sujets traités par radiothérapie pelvienne (R. Turpin, J. Lejeune et M. O. Rethore, 1956) (2) sont en accord avec cette hypothèse et révèlent une augmentation de la masculinité lorsque le père est soumis au risque ionisant et une diminution lorsque la mère est irradiée.

Il devenait dès lors indispensable de soumettre à un critère l'influence intrinsèque du vieillissement des procréateurs, vieillissement qui doit entraîner une plus longue exposition aux risques mutagènes.

L'analyse des 28 295 125 naissances vivantes enregistrées aux U. S. A. durant les années 1946 à 1954 inclus (3) conduit à la statistique


c'est-à -dire que la variation de la masculinité y = Nombre de garçons/Nombre de naissances est hautement significative, en fonction de l'âge des parents.

Les formules gaussiennes définissant le plan idéal de régression de y en fonction de l'âge du père xp et de celui de la mère xm (codés en classes quinquennales) conduisent à l'équation :


Cette régression laissant un ?2 résiduel de 104,87 est hautement significative. On peut en conclure qu'à âge constant de la mère la masculinité décroît en fonction du vieillissement paternel, et par ailleurs qu'à âge constant du père, la masculinité décroît en fonction du vieillissement maternel.

Bien que cette régression soit deux fois plus marquée pour le vieillissement paternel, elle est hautement significative dans les deux cas (tp = 5,55 et tm = 2,7).

Les coefficients de corrélation partielle spy-m = 0,5175 ± 0,079 et smy-p = - 0,2816 ± 0,0225 conduisent aux mêmes conclusions.

Au total, il est exact que la masculinité décroît en fonction de l'âge avancé du père, ainsi qu'ont fait déjà remarquer E. Novitski et L. Sandler (4), mais contrairement à l'opinion de ces auteurs l'influence de l'âge de la mère quoique moins importante est, elle aussi, significative.

Par ailleurs, dans le cas du père, le phénomène se produit dans le sens contraire à l'hypothèse génétique. Alors qu'aucune explication simple en termes de létaux liés au sexe ne peut être proposée, un biais purement démographique pourrait âtre mis en cause.


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(1) Science, 118, 1953, p. 537-541.

(2) 1er Congrès International de Génétique humaine, Copenhague, 1956.

(3) Après tabulation des données des Vital Statistics U. S. A. pour les naissances réparties selon le sexe de l'enfant et l'âge respectif des parents.

(4) Ann. Hum. Genet., 21, 1956, p. 123-131.