Sur la nécessité de limiter l'exposition aux radiations ionisantes

R. TURPIN, M. LAMY, J. BERNARD, J. LEFEBVRE et J. LEJEUNE

Archives françaises de pédiatrie, Tome XIV. - N° 10 - 1957. Communication faite à la Société de Pédiatrie de Paris ; séance du 19 février 1957.


Sommaire


Les effets des radiations ionisantes (rayons X, radium et isotopes radioactifs) sont suffisamment précisés à l'heure actuelle pour que l'on puisse affirmer que toute dose, si minime soit-elle, conserve une certaine nocivité. L'accumulation de petites doses répétées expose la lignée reproductrice à un risque égal à celui d'une dose équivalente à ce total et administrée en une seule fois ; elle augmente la probabilité d'apparition d'une tare génétique dans la descendance des sujets irradiés. Il semble que ce phénomène d'additivité intervienne aussi à l'origine des lésions somatiques (néoplasies et leucémies). En conséquence, en plein accord avec les recommandations de l'O.M.S. (rapport 1956), nous estimons que les précautions suivantes doivent être observées :

1) D'une façon générale, les doses de roentgens délivrées aux malades, tant pour raisons diagnostiques que thérapeutiques, doivent être réduites au minimum indispensable à l'efficacité du geste médical envisagé.

Plus spécialement, et en raison de la quantité d'énergie relativement très grande reçue par le malade lors des examens radioscopiques, la radiographie doit être préférée systématiquement dans tous les cas où l'étude cinétique ne s'avère pas absolument irremplaçable.

2) Le dépistage radiologique systématique (dépistage de la tuberculose pulmonaire surtout) pose de graves problèmes auxquels les réponses suivantes peuvent être apportées :

a) éviter tout examen radiologique aux sujets bien portants, et en particulier aux enfants, aux adolescents, non allergiques à la tuberculine ;

b) préférer toujours la radiographie aux autres méthodes de radiodiagnostic, quand l'exploration radiologique est imposée par les signes cliniques.

3) En raison de la sensibilité particulière du foetus aux rayons X, la radiographie du bassin ne devra être pratiquée chez les femmes enceintes qu'en cas de nécessité formelle.

4) Dans tout examen radiologique quel qu'il soit, et dans toute utilisation d'une source d'énergie ionisante, les précautions suivantes doivent être soigneusement prises :

a) limiter au strict minimum le champ irradié et veiller toujours à ce que l'ouverture du diaphragme ne soit pas supérieure à l'ouverture utile ;

b) protéger systématiquement les organes sexuels du sujet irradié par un centrage correct du faisceau incident (tenant compte du rayonnement diffusé) et, si besoin est, par une protection directe par écran opaque aux rayons.

5) Enfin, nous souhaitons que toutes les recherches en cours sur l'influence des radiations et sur les doses impliquées par les divers actes médicaux soient activement poursuivies avec l'aide matérielle et morale des organismes compétents. De plus, nous proposons que des conférences d'informations pour les médecins spécialistes ou non spécialistes soient organisées par les services de protection pour permettre à tous ceux qui utilisent une source quelconque d'énergie ionisante de connaître exactement les risques impliqués par une irradiation donnée et d'utiliser à bon escient tous les moyens de réduire ce risque.

Cet appel à la prudence s'impose si l'on veut que l'usage judicieux des radiations ionisantes continue à rendre à la médecine les immenses services que chacun connaît, sans entraîner les périls dont nous commençons à prendre conscience.