Les chromosomes humains en culture de tissus

Note de M. JÉRÔME LEJEUNE, Mlle MARTHE GAUTHIER et M. RAYMOND TURPIN, présentée par M. Léon Binet.

Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, t. 248, p. 602-603, séance du 26 janvier 1959 - Génétique


Résumé :

Une technique de culture de fibroblastes à court terme permet d'étudier systématiquement, les 46 chromosomes humains. La présence, chez la Femme, de quatre très petits chromosomes à centromère quasi terminal, et de cinq du même type chez l'Homme, autorise un diagnostic du sexe chromosomique. Chez trois garçons mongoliens, ce critère a été mis en échec du fait de la présence de 47 chromosomes.

Sommaire

Haut

Technique de culture

Un fragment de tissu conjonctif non adipeux (fascia lata) est prélevé aseptiquement et cultivé sur lamelle microscopique selon la technique habituelle. Après suppression de l'explant on obtient une couche monocellulaire sur la lamelle.

L'éclatement in situ des cellules par choc hypotonique, suivi de fixation et du séchage à l'air libre (Rothfelds et Siminovitch) (1), permet une excellente dispersion des chromosomes. La coloration utilisée est du type Feulgen, modifié.

Haut

Technique d'examen

Les préparations sont photographiées sur film " microfile Kodak " (grossissement X 375 sur le film ; microscope " Leitz " immersion X 90, oculaire périplan X 10, chambre " Mikas " 1/3), et secondairement, le cliché est agrandi huit fois pour obtenir un grandissement de X 3 000 sur l'épreuve. Les comptages sur épreuves sont ensuite vérifiés par observation visuelle en cas de difficultés d'interprétation.

Toutes les préparations étudiées ont moins d'un mois de culture. Au-delà du septième repiquage in vitro, on constate parfois en effet une variégation du nombre chromosomique (tétraploïdie, aneuploïdie) alors que ce nombre est au contraire très constant lors des tous premiers passages.

Haut

Observations

Les examens pratiqués sur plusieurs lignées cellulaires parallèles pour chaque individu donnent des résultats entièrement cohérents. Chez quatre garçons normaux, un garçon malformé (absence de main), un garçon atteint d'ostéopsathyrose et chez deux filles normales, le nombre diploïde normal de 46 a été retrouvé.

Chez tous les garçons cinq très petits chromosomes ont été observés, alors que chez les deux filles, quatre chromosomes seulement de ce type sont décelables. Le chromosome y, ainsi que l'ont supposé Ford et Jacobs (2), est probablement l'un d'entre eux.

Le diagnostic individuel du chromosome x, présent à double exemplaire chez la Femme, est faisable chez l'Homme après élimination des différentes paires possibles. Cependant cette recherche n'est réalisable que sur quelques cellules exceptionnellement claires.

Chez trois garçons mongoliens, le nombre chromosomique trouvé est de 47 sur différentes préparations, pour chacun des trois individus. Dans les trois cas le diagnostic du sexe a été rendu impossible du fait de la présence d'un très petit chromosome supplémentaire qu'on ne peut différencier des cinq petits éléments presque télocentriques, normalement rencontrés chez l'Homme.

La signification de cette observation et l'étude systématique d'autres maladies constitutionnelles font l'objet de recherches en cours.


Haut

(1) K. H. ROTHFELDS et L. SIMINOVITCH, Stain Technology, 33, 1958, p. 73-78.

(2) E. FORD et P. A. JACOBS, Nature, 181, 1958, p. 1 565-1568.