Aberrations chromosomiques et maladies humaines, Syndrôme de Klinefelter XXY à 46 chromosomes par fusion centromérique T-T.

MM. Jérôme LEJEUNE, Raymond TURPIN et Jacques DECOURT, présentée par M. Léon Binet.

Comtes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. 250, p. 2468-2470, séance du 28 mars 1960.


Résumé :

Chez un malade atteint de syndrôme de Klinefelter, on dénombre 46 chromosomes en dépit de la présence de deux X et d'un Y. Une fusion centromérique de deux T rend compte de ce nombre paradoxal.

Sommaire

Les chromosomes somatiques de quatre cas de syndrôme de Klinefelter ont été étudiés selon la technique précédemment décrite [J. Lejeune, R. Turpin et M. Gautier, 1959 (1)].

Trois d'entre eux (obs. nos 68, 70, 77) sont porteurs de 47 chromosomes 44 A, XXY) en accord avec l'observation de Jacobs et Strong, 1959 (2).

Le cas n° 126, objet de la présente Note, possède 46 éléments seulement.

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Description

Ce sujet, âgé de 15 ans (1,70 m; 57,900 kg) présente une gynécomastie importante avec disposition, féminine de la pilosité pubienne. La verge peu volumineuse est de type adulte et le scrotum, bien formé, contient de très petits testicules. Pas de malformations associées.

La chromatine sexuelle est positive ; les examens hormonaux montrent : FSH : 50 unités souris ; 17 CS = 12,4 mg; 17 OHS = 8,3 met DHA = 4,2 mg.

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Biopsie testiculaire

Tubes dépourvus d'éléments de la lignée spermatique et profondément modifiés. Certains sont réduits à un nodule hyalin, d'autres entourés d'une capsule conjonctive épaisse ont un volume normal ou, très dilatés, renferment des éléments sertoliens qui peuvent combler la lumière. Tissu leydigien hypertrophié, formé de nodules de cellules polygonales, éosinophiles pauvres en vacuoles. Stroma dense (MMe le Docteur Calmettes).

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Analyse chromosomique

24 cellules provenant de trois lignées indépendantes cultivées 15 jours à partir d'une biopsie de fascia lata présentent des caryotypes rigoureusement concordants.

Ce caryotype révéla (fig. 1 ) :

- 46 chromosomes (dans 22 cellules diploïdes) et 92 dans deux tétraploïdes.

- Présence de deux chromosomes X et d'un Y.

- Présence de quatre télocentriques (dont les deux T1) au lieu de six normalement.

- Présence d'un grand chromosome surnuméraire, assez semblable à G3 mais à centromère franchement médian.

Il s'agit donc d'un intersexué XY présentant de surcroît une fusion centromérique de deux T (probablement T2-T3).

L'éventualité d'un isochrornosome T2-T2 ou T3-T3, ne peut être formellement écartée mais elle entraînerait une monosomie pour l'un des types avec trisomie pour l'autre. La sensibilité de notre espèce aux surdosages géniques (cas de la trisomie Vh, du Mongolisme) (Lejeune, Turpin et Gautier, 1959) (1) fait que l'hypothèse d'une translocation T2-T3 avec perte d'un résidu hétérochromatique nous semble plus probable. Nous avons déjà proposé cette interprétation à propos du premier cas de translocation chromosomique (polydysspondylie) (Turpin, Lejeune, Lafourcade et Gautier, 1959) (3).

Cette coïncidence d'une non-disjonction et d'une fusion centromérique chez ce malade pourrait faire envisager l'existence d'une cause commune à ces deux types d'aberrations. Par ailleurs, cette observation jointe au cas d'association Mongolisme-Klinefelter rapporté par Ford et coll., 1959, évoque la possibilité d'une accumulation préférentielle de plusieurs accidents dans certaines cellules.

Enfin l'absence de traduction clinique de cette fusion T-T pose le problème d'un polymorphisme chromosomique possible de notre espèce.


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Bibliographie

(1) J. LEJEUNE, R. TURPIN et M. GAUTIER, Ann. Génét., n° 2, 1959, p. 41-49.

(2) P. A. JACOBS et J. A. STRONG, Nature, 183, 1959, p. 302.

(3) R. TURPIN, J. LEJEUNE, J. LAFOURCADE et M. GAUTIER, Comptes rendus, 248, 1959, p. 3636.

(4) C. E. FORD, K. W. JONES et coll., Lancet, 4 avril 1959, p. 709.