Détection chromosomique d'une mosaïque artificielle humaine.

Jérôme LEJEUNE et Raymond TURPIN présentée par M. Léon Binet.

Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. 252 p. 3148-3150, séance du 15 mai 1961.


Résumé :

77 jours après transplantation d'un fragment de peau d'un jumeau XY sur son jumeau haplo X, la détection d'une population mixte (XY/X) dans la greffe permet d'affirmer la persistance des cellules transplantées.

Sommaire

Le couple gémellaire décrit dans la précédente Note (1) pouvant être présumé monozygote en dépit d'un dimorphisme sexuel évident, l'épreuve des greffes réciproques a été pratiquée.

A. Un fragment de peau totale, prélevé sur le sujet haplo X, a été greffé sur le sujet XY. Au lieu et place du prélèvement, le sujet haplo X a revu un fragment de peau du sujet XY. Dans les deux cas, une fraction des greffes a été prélevée au moment de l'intervention pour vérifier le caryotype de chacune d'elles. Les caryotypes, haplo X et XY ont été retrouvés, en accord avec les examens précédents réalisés sur biopsie de fascia Lata d'après notre technique habituelle (2). Aucune suspicion de mosaïcisme X/XY n'a été décelée chez le sujet haplo X ou le sujet XY tant sur la biopsie de fascia Lata que sur la biopsie du greffon.

L'examen journalier, puis hebdomadaire des greffes réciproques permet d'affirmer que 112 jours après transplantation les greffes ont parfaitement " pris ", sans aucune réaction inflammatoire, et semblent définitivement établies.

B. Au 78e jour une biopsie, à cheval sur la zone greffée (XY) et la peau avoisinante de l'hôte (X) a été effectuée chez le sujet haplo X; la moitié de la greffe environ a été intéressée par cette biopsie, l'autre moitié étant laissée en place pour examen ultérieur éventuel.

Nombre de cellules dont le caryotype a été établi sans ambiguïté au cours des cultures successives du fragment transplanté.

Haplo X.XY.Total.
1re série 12214
2e série15621
3e série121325
4e série 5611
442771
e2 = 7, 48 pour ? = 3 P # 0, 05

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Discussion

Cette étude caryotypique permet d'affirmer que des cellules du jumeau XY survivaient 77 jours après transplantation sur le jumeau X et conservaient encore leur pouvoir de reproduction (in vitro du moins).

En raison de la localisation du prélèvement, le mélange X/XY ne permet pas de préjuger de l'état réel du greffon qui peut, soit être resté purement XY (fig. 1), soit avoir été partiellement réhabité par les cellules haplo X (fig. 2) de l'hôte.


Fig. 1 . - Cellule mâle : 44 A, XY (Biopsie du greffon XY porté par le sujet haplo X).


Fig. 2. - Cellule haplo X : 44 A, X (Biopsie du greffon XY porté par le sujet haplo X).

Par ailleurs, l'augmentation de fréquence des cellules XY en fonction du vieillissement de la culture, bien qu'à la limite de la signification statistique, laisse supposer que le caryotype équilibré XY pourrait avoir, in vitro une valeur sélective supérieure à celle du caryotype haplo X. On ne peut de ce fait inférer ce qui se passe in situ ; il est même possible alors que les cellules XY en survie dans ce milieu haplo X soient défavorisées par rapport aux cellules de l'hôte.

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Conclusion

Ces observations montrent que l'analyse chromosomique après avoir permis d'étudier un cas de gémellité exceptionnelle a servi à déceler une mosaïque artificielle humaine X/XY, conséquence de greffes réciproques ; mais un plus long recul de temps reste nécessaire pour juger de la destinée de cette mosaïque. De toutes façons, ces faits corroborent entièrement l'examen macroscopique en ce qui concerne la " prise " des greffes réciproques. L'analyse du greffon haplo X sur le sujet XY sera réalisée ultérieurement pour servir de contre-épreuve.

L'ensemble de ces résultats, comparables à ceux obtenus par Ford (3) dans l'étude des hétérogreffes chez la souris montrent que le chromosome Y peut servir de " marqueur " chez l'homme. Cette technique utilisée dans un cas de gémellité exceptionnelle pourrait être étendue à l'étude des greffes de moelle et des transplantations d'organes entre sujets de caryotypes différents .


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Bibliographie

(1) R. TURPIN, J. LEJEUNE, J. LAFOURCADE, P. L. CHIGOT et C. SALMON, Comptes rendus, 252, 1961, p. 2945.

(2) J. LEJEUNE, R. TURPIN et M. GAUTIER, Revue Française d'Études cliniques et biologiques, 5, 1960, p. 406-408.

(3) C. E. FORD, P. L. T. ILBERY et J. F. LOUTIT, J. of cellular and comparative Physiology, 50, suppl. 1, 1957, p. 109-121.