Depuis le début de ce siècle l'on sait que l'irradiation du foetus
au cours de la grossesse est susceptible de provoquer de graves anomalies du
développement. Cette nocivité des rayonnements ionisants au cours du
développement embryonnaire est définitivement établie, aussi bien chez
l'animal d'expérience que chez d'homme, et la grossesse constitue une
contre-indication formelle à toute radiothérapie abdominale.
Cependant, ce n'est que très récemment que la nocivité des très
faibles doses de R.X., mises en jeu lors des examens de radiodiagnostic, a
été suspectée. Ce danger, beaucoup moins spectaculaire que celui des
irradiations massives, n'en est que plus insidieux en raison du très grand
nombre de femmes subissant une exploration radiologique en cours de
grossesse.
Après avoir brièvement rappelé les données de la littérature
concernant les irradiations massives, absolument exceptionnelles, c'est sur ce
problème des dangers possibles du radio-diagnostic en cours de grossesse que
nous fixerons plus particulièrement notre attention.
Haut
A. Les effets somatiques de l'irradiation massive du foetus
" in utero "
Au début du siècle, de nombreuses anomalies foetales ont été
provoquées par l'emploi intempestif de la radiothérapie abdominale chez des
femmes gravides. Plusieurs auteurs dont GOLDSTEIN et MURPHY, 1929, SCHALL,
1933, et BASIC et WEBER, 1956, ont colligé l'ensemble des observations
publiées, et, sans entrer dans le détail de ces revues générales, on peut
en tirer les conclusions suivantes : une irradiation avant le premier mois in
utero provoque 70 à 80 p. 100 d'anomalies majeures ou de mort foetale. Ce
pourcentage tombe entre 30 et 60 p. 100 pour une irradiation entre le 3e et le
5e mois, et ne représente plus que 10 à 20 p. 100 entre le 6e et le 7e
mois.
Ces données de la littérature sont malheureusement peu précises,
car la dose réellement reçue par le foetus n'est pas précisée (quoique
largement supérieure à une centaine de roentgens dans presque tous les cas),
et le recensement des observations laisse beaucoup à désirer du point de vue
statistique.
Quoiqu'il en soit, elles démontrent que la sensibilité à l'irradiation est d'autant plus élevée que le foetus est plus jeune, et la
gravité des lésions provoquées a imposé l'interdiction formelle de toute
radiothérapie abdomino-pelvienne en cours de grossesse.
Les cas d'irradiation massive du foetus sont donc absolument
exceptionnels de nos jours en dehors des très rares cas de grossesse
méconnue, survenant en cours de traitement, et la seule statistique récente
porte sur les enfants japonais dont la mère a été irradiée en cours de
grossesse lors des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki.
Ces observations ont donné lieu à de nombreuses publications :
KAWAMOTO, HAMADA, SUTOW, REYNOLDS et KUSHNER, 1954, SUTOW et WEST, 1955,
YASUNAKA et NISHIKAWA, 1956) et IZUMI, 1956. De nettes divergences
d'interprétation existent entre ces publications, mais dans l'ensemble elles
confirment les effets nocifs de l'irradiation, surtout en ce qui concerne les
anomalies du système nerveux. Les plus fréquentes sont la microcéphalie,
l'hydrocéphalie et des anomalies cordales, un retard physique et mental
pouvant se manifester plus tard chez des enfants sans malformation majeure
apparente.
Un dernier fait, expérimental celui-là , est à rapporter :
l'irradiation très précoce de l'oeuf fécondé peut aboutir chez la souris à la perte d'un chromosome sexuel produisant des individus haplo X équivalents
dit syndrome de Turner chez l'homme (RUSSEL L. B., 1961). On ignore encore si
un phénomène analogue pourrait être observé dans notre espèce.
Haut
B. Les dangers des irradiations même très faibles, du
foetus " in utero "
Depuis les premières publications de STEWART, WEBB, GILES et HEWITT,
1956, la nocivité possible des très faibles doses de R.X. frappant le foetus,
a été étudiée par de nombreux auteurs.
Haut
a) Irradiation foetale et leucémies de
l'enfant.
C'est en recherchant les différents facteurs étiologiques pouvant
prédisposer ceux leucémies infantiles que STEWART et coll. observèrent que
les enfants morts de leucémie ou d'affections malignes avalent un passé
radiologique particulier. Au cours de la grossesse en cause, les mères de ces
enfants avaient en moyenne subi deux fois plus d'examens radiologiques
abdominaux que les mères d'enfants témoins.
Cette association entre l'irradiation in utero et la leucémie est
encore discutée et nous tenterons de résumer brièvement l'ensemble des
données disponibles.
1) Enquêtes rétrospectives.
Toutes ces enquêtes sont du type rétrospectif, c'est-à -dire que
partant d'individus atteints de leucémies ou d'affections malignes,
l'observateur tente de préciser une éventuelle irradiation in utero et de la
localiser dans le temps. Secondairement, un échantillonnage témoin est
rassemblé, composé d'enfants sains, et l'on compare ensuite la fréquence de
l'irradiation foetale dans les deux échantillons.
Cette manière de faire a le gros avantage de ne nécessiter qu'un
petit nombre d'enfants, quelques centaines dans chaque catégorie par exemple,
pour mettre en évidence une différence significative, si cette dernière
existe bien. Par contre, malgré sa grande efficacité théorique, ce type
d'enquête est extrêmement sensible aux erreurs d'échantillonnage. Le
problème essentiel, " les témoins sont-ils statistiquement comparables aux
malades (irradiation mise à part) ", ne peut jamais être complètement
résolu. Aussi bien ne faut-il pas s'étonner de certaines divergences entre
les observations publiées. Quoiqu'il en soit, les travaux de l'équipe STEWART
peuvent à bon droit être considérés comme très représentatifs.
Dans le tableau suivant on trouvera le nombre d'enfants irradiés
in utéro parmi les cas de maladies malignes recensés, et le nombre
d'irradiés in utero parmi des enfants non atteints choisis comme témoins.
Par ailleurs le rapport entre les fréquences de l'irradiation
chez les malades et chez les normaux constitue une approximation grossière de
l'accroissement du risque leucémique en rapport avec l'irradiation.
Auteurs | Enfants atteints
d'affections malignes | Enfants témoins | Rapport
Proposants/ témoins |
Total | Irradiés | Total | Irradiés | |
STEWART (1956 et
1958). | 1266 | 141 | 1284 | 81 | 1, 76** |
KJELDSBERG
(1957). | 55 | 5 | 55 | 8 | 0, 63 |
KAPLAN
(1) | 150 | 37 | 150 | 24 | 1, 54 |
(1958)
(2) | 125 | 34 | 125 | 27 | 1, 26 |
MAC MAHON
(1958). | 114 | 8 | 2520 | 173 | 1, 02 |
POLHEMUS
(1959). | 251 | 72 | 251 | 58 | 1, 24 |
FORD et coll.
(1959). | 78 | 21 | 306 | 56 | 1.47 |
MURRAY et coll.
(1959). | 65 | 3 | 65 | 3 | 1, 00 |
MATHE, MERY et coll.
| 102 | 11 | 309 | 8 | 4, 28** |
(1) Comparaison avec les germains non
malades. |
(2) Comparaison avec les camarades de jeu
malades. |
(*) Excès significatif de la fréquence de
l'irradiation chez les malades. |
L'analyse de ces données ne peut malheureusement être réalisée
facilement, chaque enquête devant être considérée individuellement. Il en
ressort que 6 sur 9 de ces comparaisons révèlent une association possible,
hautement significative dans 2 cas. Les 3 autres comparaisons sont contraires à l'hypothèse de l'action leucémogène de l'irradiation. Ainsi que nous l'avons
déjà dit, ces différences tiennent essentiellement à la difficulté de
recrutement des témoins, d'où l'intérêt théorique des enquêtes
prospectives.
2) Enquêtes prospectives.
Deux enquêtes prospectives sur l'effet leucémogène possible de
l'irradiation du foetus ont été publiées par COURT BROWN, DOLL et BRADFORD
HILL, 1960, et LEWIS, 1960. L'avantage de la méthode prospective réside dans
la certitude de l'irradiation de l'enfant, puisque l'enquête part de ce
document. Ses défauts consistent en la taille de l'échantillon nécessaire et
dans la difficulté du dépistage de l'affection que l'on se propose
d'étudier. Pour pallier ces désavantages ces deux enquêtes utilisent les
fichiers radiologiques pour recenser les mères irradiées. Secondairement
l'utilisation des certificats de décès permet de détecter les cas de mort
par affection maligne.
Ayant rassemblé un échantillon de 39166 enfants nés vivants
entre 1945 et 1956, dont les mères avaient subi une irradiation abdominale ou
pelvienne en cours de grossesse, COURT BROWN, DOLL et BRADFORD HILL trouvèrent
9 décès imputés à une leucémie, avant la fin de 1958. Un calcul statistique
tenant compte de la fréquence générale des leucémies chez les enfants de
cet âge les conduit à estimer à 10,5 le nombre de leucémies attendues, en
dehors de tout effet de l'irradiation. C'est-à -dire qu'aucun excès n'est
constaté dans la fréquence de la maladie.
Il est à remarquer que si ces données ne confirment pas celles de
STEWART et coll. elles n'en diffèrent pas significativement cependant, si le
paramètre de 1,7 observé par STEWART est utilisé comme critère de
comparaison. En effet 17 ± 4 (chiffre attendu d'après le facteur 1,7, ne
diffère pas de 9 ± 3. Par ailleurs, la détection des leucémies par le
diagnostic porté par le certificat de décès risque d'être affectée d'une
sous-estimation dont la variance est loin d'être connue.
L'usage des données démographiques, permettant de rassembler des
échantillons énormes, se heurte en ce cas, comme en beaucoup d'autres, à l'insécurité des données de base dont la collection n'a pas été effectuée
dans un but heuristique correspondant à l'utilisation qui en est faite. Les
mêmes considérations peuvent être appliquées à l'enquête de LEWIS, 1960,
observant un cas de leucémie sur 4291 enfants irradiés in utero, contre 7 cas
sur 12657 non irradiés.
Devant la non-convergence de ces diverses enquêtes, il est fort
difficile d'affirmer définitivement l'action leucémogène des très faibles
irradiations du foetus. Par ailleurs les données de STEWART et coll ainsi que
celles de FORD et coll. et celles de MATHÉ et coll. conduiraient à penser que
le foetus est 10 fois plus radiosensible que l'adulte si l'on compare les
effets de l'irradiation in utero à ceux de la radiothérapie de la colonne
vertébrale (COURT BROWN et DOLL, 1957) ou ceux de l'irradiation totale par
explosion atomique (HEYSSEL et coll., 1960).
Ce phénomène a d'ailleurs fait l'objet d'une discussion
précédente (LEJEUNE et TURPIN, 1958) et l'on peut tenter d'expliquer cette
sensibilité plus grande du foetus en supposant qu'une homéostasie cellulaire
de plus en plus précise protège beaucoup mieux l'adulte que l'individu
immature contre la prolifération de clones anormaux.
Haut
b) Irradiation foetale et mutations
somatiques.
L'aspect leucémogène de l'irradiation n'est certes pas unique. Il
est logique de penser en effet que si le système hématopoïétique peut
révéler l'apparition de changements génétiques induits dans les cellules
irradiées, l'investigation d'autres systèmes pourrait mettre en évidence des
phénomènes analogues.
Les cellules pigmentaires sont particulièrement favorables à ce
sujet, car les anomalies de pigmentation sont aisément décelables au cours
d'un simple examen clinique. Plus précisément, la pigmentation de l'iris peut
être étudiée facilement, et d'importants échantillons peuvent être
rassemblés.
Partant de ce raisonnement, une enquête prospective a été
réalisée dans notre laboratoire et les résultats préliminaires en ont été
récemment publiés (LEJEUNE, TURPIN, RETHORÉ et MAYER, 1960). Un complément
de cette enquête, actuellement presque terminé, confirme d'ailleurs
pleinement ces premiers résultats que nous allons maintenant envisager.
Détection de mosaïques pigmentaires chez des enfants
irradiés " in utero ".
Tous les cas d'irradiation abdominale au pelvienne de femmes
enceintes ont été relevés de 1947 à 1952 inclusivement, dans une maternité
parisienne (Prof. agrégé MAYER). Pour chaque cas d'irradiation un dossier
témoin concernant une mère du même âge et de même parité a été choisi.
Au total 897 grossesses irradiées (dont 75 gémellaires) et 972 grossesses
comparables mais non irradiées ont été retenues.
Examen des enfants.
Chaque famille ainsi recensée a été visite à domicile, après
une première prise de contact par lettre. Tous les enfants composant ces
familles ainsi que leurs parents dans la majorité des cas, ont été examinés
selon un protocole identique incluant 92 caractéristiques physiques ou
fonctionnelles. La notion d'irradiation in utero a été systématiquement
recherchée pour tous ces, sujets. Un certain nombre d'enfants irradiés en
cours de grossesse ont été ainsi découverts parmi les germains des
proposants au des témoins. Dans tous ces cas, la consultation des fichiers
radiologiques des hôpitaux et des cliniques a permis d'affirmer avec certitude
la réalité et la date de l'irradiation alléguée par la mère. Le fait que
ces enfants irradiés n'avaient pas été détectés au début de l'enquête
vient de ce que la mère avait été suivie dans un autre hôpital, ou qu'elle
avait accouché à une date ne tombant pas dans l'intervalle de temps couvert
par le premier dépouillement.
De toutes façons, tous les cas réputés irradiés l'ont
certainement été, le seul biais possible restant une irradiation méconnue
(fort improbable) des enfants réputés non irradiés.
Dans tous les cas de décès le diagnostic de l'hôpital ou celui
du médecin traitant a été obtenu directement.
En définitive 456 familles totalisant 491 proposants (dont 35
jumeaux) ont été examinées ainsi que 468 familles comportant 468 témoins.
Le total des sujets examinés, parents et germains inclus, s'élève à 4539.
a) Affections malignes.
Sur 667 enfants irradiés, 2 décès par affection maligne ont
été observés (une leucose aiguë et un dysembryone malin) ; de plus, un
enfant très certainement irradié, mais pour lequel la preuve n'en peut être
administrée du fait de la destruction des registres hospitaliers en 1940, est
décédé d'une leucose aiguë.
Aucun décès par affection maligne n'est observé parmi les 468
témoins et une leucose aligné est relevée parmi les 2281 germains non
irradiés. Aucun cas de leucose familiale n'a été constaté. Cet excès chez
les irradiés est à la limite de la signification statistique (P = 0,025).
b) Les mosaïques pigmentaires.
Deux types de mosaïques ont retenu notre attention :
- Les hétérochromies partielles de l'iris : Il s'agit d'iris
clairs homozygote ou hétérozygote, présentant un secteur de coloration
différente, limité par la pupille d'une part, le bord externe de l'iris
l'autre part, et présentant l'apparence d'une part de gâteau. L'autre iris
est uniformément coloré. Chacun des cas retenus a subi secondairement un
examen ophtalmologique complet.
- Les mosaïques pigmentaires des cheveux : Un enfant blond
présentant une mèche brune a été trouvé parmi les proposants irradiés.
Les cas de mèche blanche chez des sujets bruns n'ont pas été retenus.
Le tableau suivant résume les résultats observés.
Catégories du recensement | Nombre
total d'examinés | Hétérochromies segmentaires de
l'iris | Mèche brune |
irradiés | Proposants
| 421 | 3 | 1 |
Germains | 146 | 5 | 0 |
Non irradiés | Proposants
| 448 | 1 | 0 |
Germains | 1828 | 1 | 0 |
Parents | 1696 | 1 | 0 |
Total
| 4539 | 11 | 1 |
Il faut noter que la mère du germain réputé non irradié
présentant une hétérochromie irienne a été hospitalisée dans un service
chirurgical pour douleurs abdominales entre le 3e et 6° mois de sa grossesse.
Aucune trace au dossier n'ayant été retrouvée, l'enfant a été réputé
(peut-être à tort) non irradié.
En dépit d'une différence de fréquence des hétérochromies
entre sujets irradiés, selon qu'ils ont été détectés primitivement ou
secondairement, il est parfaitement légitime de considérer tous les irradiés
en un seul bloc. En effet l'extension de l'enquête actuellement en cours a
permis d'éliminer cette différence fortuite entre ces deux catégories de
sujets irradiés.
Les différentes comparaisons statistiques sont hautement
significatives :
Proposants irradiés/proposants témoins et germains non
irradiés P = 0,007.
Total des irradiés/total des enfants non irradiés P = 1,8 x
10-5.
Total des irradiés/total des non irradiés (parents inclus) P =
1,1 x l0-6.
Par ailleurs, la répartition des enfants atteints
d'hétérochromie segmentaire de d'iris, en fonction de la date de
l'irradiation in utero est elle aussi très significative.
Age de la grossesse | Nombre
total | Néoplasies décédés | Décès non
néo-plasiques | Enfants vivants examinés | Hélérochromies
segmentaires de l'iris |
0-0,9 | 0 | | | | |
1-1,9 | 0 | | | | |
2-2,9 | 14 | | 5 | 9 | |
3-3,9 | 11 | | 3 | 8 | |
4-4,9 | 22 | | 8 | 14 | 2 |
5-5,9 | 40 | 1 | 7 | 32 | 2 |
6-6,9 | 105 | | 23 | 81 | 3
(+ une mèche) |
7-7,9 | 150 | 1 | 26 | 123 | 1 |
8-8,9 | 263 | | 20 | 243 | |
Ante
partum | 43 | | 2 | 41 | |
Date exacte non
connue | 19 | 1 | 2 | 16 | |
TOTAL | 667 | 3 | 96 | 567 | 8
( + une mèche) |
On voit en effet que sur les 8 cas d'anomalie pigmentaire 7 se
rencontrent chez les enfants irradiés avant la fin du 6e mois de la vie
intra-utérine. L'existence d'une telle période sensible était prévisible
puisque l'on sait que la migration des cellules pigmentaires se produit
plusieurs mois avant la naissance et que, par conséquent, une irradiation
tardive ne peut produire une mosaïque pigmentaire d'une surface suffisante
pour être aisément décelée. D'ailleurs cette période sensible est un
phénomène embryologique très général, retrouvé par RUSSEL et MAJOR, 1957,
pour des mosaïques pigmentaires du pelage de la souris.
La conclusion de ces observations sur les hétérochromies
iriennes radio-induites peut se résumer brièvement ainsi.
Ces troubles de la pigmentation ont très certainement une
origine locale et l'on est obligé d'admettre que le patrimoine génétique des
cellules atteintes a été changé (mutation génomique, chromosomique ou
génique).
Il en résulte que l'irradiation d'un foetus de moins de 6 mois
avec des doses de tordre de 9 à 5 r est capable de produire des " mulations ",
au sens large du terme. Une telle radio-sensibilité est d'ailleurs en
excellent accord avec les expériences in vitro et in vivo sur la fréquence
des anomalies chromosomiques radio-induites puisque une dose de 50 roentgens
est déjà capable de produire en moyenne une cassure chromosomique par cellule
(BENDER, 1959).
Cette brève revue des données de la littérature concernant
les effets somatiques de l'irradiation du foetus humain nous permet d'en tirer
deux enseignements fondamentaux.
a) L'action leucémogène des doses très faibles, de l'ordre de
quelques roentgens, utilisés lors d'examens de radiodiagnostic, est
extrêmement probable. Sa démonstration formelle, par enquêtes prospectives,
se heurte encore à des difficultés techniques, mais il serait faux de croire
que ces difficultés même infirment les résultats des enquêtes
rétrospectives.
b) L'action mutagène de ces très faibles doses est confirmée
par l'étude des mosaïques pigmentaires et s'accorde pleinement avec les
résultats expérimentaux (Souris et cellules humaines en cultures).
En conclusion, si les irradiations massives du foetus
(radiothérapie abdomino-pelvienne en cours de grossesse) sont extrêmement
nocives, l'usage de doses très faibles, utilisées en radiodiagnostic
obstétrical, présente lui aussi des dangers certains. Sans aller jusqu'à proscrire formellement toute investigation radiologique chez la femme enceinte,
la réalité des risques encourus par le foetus doit toujours être prise en
considération. Bien entendu la préférence doit toujours être donnée à la
radiographie et non à la radioscopie.
La pratique systématique du " contenu utérin " par exemple
doit être évitée, et seuls les examens rendus indispensables par une
complication médicale ou obstétricale peuvent être considérés comme
légitimes. L'efficacité plus grande du geste thérapeutique qui s'en suit,
compensant largement alors les risques impliqués par l'examen lui-même.
Il est à remarquer que l'effet génétique possible sur la
descendance de l'enfant lui-même n'a pas été pris en considération dans cet
exposé en raison de la petitesse des doses utilisées, mais, ainsi qu'on le
sait, ce danger pour faible qu'il soit, existe lui aussi.
La génétique moderne, des cellules sexuelles aux cellules
somatiques, nous apprend à découvrir les effets à distance de gestes médicaux
considérés auparavant comme absolument inoffensifs. Cette prise de
conscience, loin de limiter des bienfaits de la radiologie, doit permettre au
contraire d'en faire bénéficier les malades, sans les exposer, eux-mêmes ou
leur descendance, à des risques inutiles.
Haut
Bibliographie
BASIC (M.) et WEBER (D). (1956). - Uber intrauterine Fruchtshädigung
durch Röntgenstrahlen. Strahlentherapie 99, 628-634.
BENDER (M. A.) (1959). - X Ray induced chromosome aberrations in
mammalian cells in vivo and in, vitro. Immediate and low level effects of
ionizing radiations. Taylor et, Francis, éd., pp. 103-118.
COURT BROWN et DOLL (1957). - Leukemia and aplastic anaemia in
patient." irradiated for ankylosing spondylitis. Med. Res. Counc. Rep. N° 295.
H.M.S.O. London, 1957.
COURT BROWN (W. M.), DOLL (R.) et BRADFORD HILL (1960). - Incidence of
leukaemia after exposure to diagnostic irradiation in utero. Bril. Med., J.,
ii, 1539-1545.
FORD (D. O.), PATERSON (J. C. S.) et TRUETING (W. L.) (1959). - Foetal
esposure to diagnostic X rays and leukaemia and other malignant disease in
childhood. J. Nat. Cancer Inst., 22, 1093-1104.
GOLDSTEIN (L.) et MURPHY (D. P.) (1929). - The etiology of ill health
in children alter maternas pelvic irradiation. Part. V Defective children born
alter post conception pelvic irradiation. Am. J, Roentgenol., 22, 322-331.
HEMPELMANN (H.) (1960). - Epidemiological studies of Leukaemia in
persons exposed to ionizing radiation.- Cancer Res., 20, 18-27.
HEYSSEL (R.), DRILL (A. B.), WOODBURY (L. A.), NISHIMURA (E. T.),
GHOSE (T.), HOSHINO (T.) et YAMASAKI (M.) (1960). - Leukaemia in Hiroshima
atomic bomb survivors. Blood, 45, 313-331.
IZUMI (W.) (1956). - Effect of the atomic bomb on school children in
Urakami District. Nagasaki. Research in the effect and influences of the
Nuclear Bomb test explosions. II, 1701-1707. Japan Soc. Promotion of science,
Tokyo.
KAPLAN (H. S.) (1958). - The evaluation of the somatic and genetic
hazards of the medical uses of radiation. Am. J. Roentgenol, 80, 696.
KAWAMOTO (S.), HAMADA (M.), SUTOW (W. W.), REYNOLDS (S. L.), KUSHNER
(J. H.), (1954). - Physical and clinical status in 1952 of children exposed in
utero to the atomic bomb in Nagasaki. Atomic bomb Casualty Commission
Publication, March 1954.
KJELDSBERG (H.) (1957). -- Tidsskrift forden Norske Laegeforening. T.
norske Loegeforen, 77, 1052.
LEJEUNE (J.) et TURPIN (R.) (1958). - Sur le mécanisme génétique
possible des radio-leucémies chez l'homme. Sang, 9, 730-734.
LEJEUNE (J.), TURPIN (R.), RÉTHORÉ (M. O.) et MAYER (M.) (1960). -
Résultats d'une première enquête sur les effets somatiques de l'irradiation
foetale in utero (Cas particulier des hétérochromies iriennes). Rev. fr. Et.
Clin. Biol., 5, 982-989.
MAC MAHON (1958). - Cité par COURT BROWN, DOLL et BRADFORD HILL
(1960).
MATHÉ, MÉRY et coll. (1961). - Communication personnelle. In Thèse
de Médecine, MÉRY, Paris, 1961.
MURRAY (R.), HECKEL (P.) et HEMPELMANN (L. H,) (1959). - Leukaemia in
children exposed to ionizing radiation. New Eng. J. Med., 261, 585-589.
POLHENUS (D. W.) et KOCH (R.) (1959). - Leukaemia and medical
radiation. Pediatrics, 23, 453.
RUSSEL (L. B.) et MAJOR (M. H.) (1957). - Radiation induced presumed
somatic mutations in the house mouse. Genetics, 42, 161.
RUSSEL (L. B.) (1961). - Genetics of Mammalian sex chromosomes.
Science, 133, 1795-1803.
SCHALL (L.) (1933). - In : Handbuch der Roentgendiagnostik und
therapie in kindes alter Engel et Schall. Edit. G. Thienne, Leipzig. PP.
567-580.
STEWART (A.), WEBB (J.), GILES (A.) et HEWITT (D.) (1956). - Malignant
disease in childhood and diagnostic irradiation in uetro. Lancet, ii, 447.
STEWART (A.) (1957). - A current survey of malignant disease in
children. Proc. Roy. Soc. Med., 50, 251-252.
STEWART (A.) et HEWITT (D.) (1958). - A survey of childhood
malignancies. Brit. Med. J., i, 1495-1508.
STEWART (A.) (1960). - Congenetally determined leukaemia. Nations
Unies/OMS. Séminaire sur l'utilisation des statistiques sanitaires pour les
études radio-génétiques (sous presse).
SUTOW (W. W.) et WEST (E.) (1955). - Studies an Nagasaki (Japan)
children exposed in utero to the atomic bomb. A roentgenographic survey of the
skeletal system. Am. J. Rontgenol., 74, 493-499.
YASUNAKA (M.) et NISHIKAWA (T.) (1956). - On the physical development
of the a bombed children. Research on the effects and influence of the Nuclear
Bomb Test Explosions. II, 1693-1700. Japan Soc. Promotion of Science,
Tokyo.
|