Sur deux observations familiales de translocations complexes

J. LEJEUNE et R. BERGER.

Extrait des Annales de Génétique 1965, Volume 8, n° 1, pp. 21-30.


Résumé :

Dans la famille A, une mère et sa fille (la proposante) présentent toutes deux un remaniement entre deux chromosomes moyens, réalisant un pseudo-2 et un pseudo-17. La proposante a eu quatre grossesses terminées toutes quatre par une fausse-couche au 2e mois. Le caryotype de la 4e fausse-couche est morphologiquement identique à celui de la proposante et de sa mère. Dans la famille B, on observe chez la proposante, polymalformée, une translocation entre un chromosome moyen et un chromosome 4-5 réalisant un pseudo-2 et un pseudo-16. Le même caryotype est retrouvé chez sa soeur, son père, son grand-père paternel et son oncle ; ces quatre sujets sont phénotypiquement normaux. L'hypothèse d'un déséquilibre génique affectant les zygotes anormaux, sans qu'il y ait eu malségrégation des éléments remaniés, est envisagée. Certains remaniements de structure peuvent, en effet, aboutir à des aneusomies de recombinaison qui n'entraînent pas nécessairement de changement morphologique des chromosomes intéressés. Deux modèles sont discutés : translocation intercalaire à orientation centromérique conservée et inversion péricentrique associée à une translocation terminale non jouxte. Si la possibilité de ce mécanisme, actuellement purement théorique se trouvait corroborée par des observations ultérieures, il représenterait un troisième aspect des effets défavorables des remaniements de structure, à côté de la malségrégation des éléments remaniés et de l'effet interchromosomique.

Sommaire

Dans deux familles, un remaniement autosomique apparemment balancé, se rencontre chez des sujets phénotypiquement normaux qui transmettent la translocation à leur descendance.

La comparaison de ces deux familles amène à envisager un mécanisme particulier de déséquilibre génique, l'aneusomie de recombinaison.

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Observations familiales

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A) Famille I.P. n° 964 (fig. 1).

Une jeune femme, II, 2, physiquement et intellectuellement normale, a eu quatre grossesses, toutes terminées par une fausse-couche spontanée au terme du 2e mois de la vie " in utero ". Aucune anomalie gynécologique, obstétricale ou endocrinienne n'est décelée.

La mère (I,1) de cette femme, est elle aussi normale. Elle a eu deux grossesses, l'une terminée par une fausse-couche spontanée au terme de 2 mois, l'autre ayant donné naissance à II, 2.

Les Sujets I, 2 et II, 3 ont un caryotype mâle normal (sang).

Chez les sujets I, 1 (sang) et II, 2 (sang et peau) et sur le produit de la fausse-couche III, 4 (culture de tissu) un caryotype apparemment identique est retrouvé (fig. 2 et 3). Il existe 46 éléments dont 44 ont une morphologie normale. Par contre, il manque deux chromosomes moyens qui pourraient être des 6 ou des 7, et l'on note la présence de deux chromosomes anormaux, l'un assez semblable à un 2 et l'autre assez semblable à un 17-18.

Une série de mesures révèle que l'hypothèse d'une translocation simple est compatible avec les données cytologiques. Par exemple, la majeure partie du bras long d'un 6 pourrait être transloquée sur le bras court d'un 7, réalisant le pseudo-2. Le fragment restant du 6 réaliserait alors le pseudo-17-18.

Malgré des mesures soigneuses, aucune différence de taille ou d'indice centromérique n'a pu être montrée entre les pseudo-2 (ou les pseudo-17-18) dans les trois séries de caryotypes examinés ; ceux de I, 1, de II, 2 et de III, 4. Il est impossible d'éliminer formellement l'hypothèse que tes débris de III, 4 soient en fait d'origine maternelle, mais le matériel examiné, dans lequel aucun embryon n'était reconnaissable, semblait bien correspondre à des membranes foetales.

La répétition des fausses-couches, à une même date en l'absence d'anomalies endocriniennes, fait envisager l'hypothèse d'un déterminisme génétique ; la concordance des caryotypes amène à considérer la possibilité d'un déséquilibre génique résultant d'un processus méïotique normal, sans malségrégation des éléments remaniés (voir discussion).


Fig. 1. - Arbre généalogique de la famille A (I.P. n° 964). Translocation complexe entre deux chromosomes moyens.


Fig. 2. - Caryotype du sujet II, 2. Remarquer l'absence de deux chromosomes moyens et la présence des deux chromosomes remaniés. L'un ressemblant à un 17 et l'autre à un 2.


Fig. 3. - Caryotype de la fausse couche. III, 4. Absence de deux chromosomes moyens et présence des deux chromosomes remaniés. Remarquer l'identité morphologique de ce caryotype et de celui du cas II, 2 (fig. 2).

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B) Famille I.P. N° 1141 (fig. 4).

Une fille III, 2, profondément débile mentale, et présentant de grosses anomalies morphologiques (fig. 5), est porteuse d'une translocation entre un chromosome moyen et un chromosome 5.

On constate que l'un des moyens (peut-être un 9) est amputé des 3/4 du bras long, l'élément résultant ressemblant à un chromosome 16. L'un des chromosomes 4-5 manque, et est remplacé par un élément ressemblant à un 2 (fig. 6). Des mesures montrent que l'excès de longueur du bras court de ce 4-5 modifié correspond au segment manquant du chromosome moyen.

Un caryotype présentant un remaniement (fig. 7) identique, est retrouvé chez le père (II, 2), la soeur de la malade (sujet III, 3) , son oncle (II, 1) et son grand-père paternel (I, 1). Les sujets I, 2, II, 3, II, 4 et III, 1, ont un caryotype morphologiquement normal. Les examens ont porté sur le sang périphérique chez tous les sujets et sur le sang et la peau chez la malade III,2.

Dans cette famille il existe donc une translocation balancée de types 9 ~ 5, qui ségrègue normalement dans deux générations. La similitude des caryotypes chez les porteurs sains, I, 1, II, 1, II, 2 et III, 3 et chez la malade III, 2, pose le même problème que dans l'observation A.

Il est difficile d'imaginer que l'état malformatif de l'entant III, 2 soit indépendant de la translocation familiale et qu'il s'agisse d'une association purement fortuite. Ici aussi, l'hypothèse d'un déséquilibre génique, résultant d'un remaniement méïotique, sans malségrégation et sans changement morphologique des éléments remaniés peut être envisagée.

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Discussion

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Remaniements simples.

L'immense majorité des translocations actuellement connues chez l'homme se ramène au type le plus simple possible, fusion centrique ou translocation terminale (cf. pour revue Lejeune, 1965) qui ne nécessite que deux cassures pour se produire.

De fait, les accidents encore plus simples résultant d'une seule cassure ne peuvent produire que des délétions donnant - soit des dicentriques instables, suivant le cycle fusion-recollement et aboutissant à un déséquilibre génétique de plus en plus grand - soit une délétion stable, si la " tranche de cassure " se " cicatrise ". dans le cas des translocations terminales, réciproques ou non (selon l'importance du fragment attaché au télomère), il est à remarquer que la méïose aboutit à des gamètes déséquilibrés, s'il y a malségrégation, ou à des gamètes équilibrés (normaux ou porteurs de la translocation), si la ségrégation se fait normalement [voir par exemple le schéma (fig. 6) de l'article Lejeune et coll., ce numéro].

Autrement dit, en cas de translocation terminale, les échanges de chromatides entre les éléments remaniés ne modifient pas leur structure génique.

Parmi les remaniements liés à deux cassures seulement, les inversions, para ou péricentriques, font exception à cette règle (cf. infra).


Fig. 4. - Arbre généalogique de la famille B. (I.P. n° 1141). Ségrégation familiale d'une translocation.


Fig. 5. - Photographies et dermatoglyphes de l'entant III, 2, examinée à l'âge de 5 ans 1/2. Débilité mentale profonde (ne parle pas, ne marche pas). Crises convulsives fréquentes. Dysmorphies : microcéphalie (périmètre crânien : 45 cm). Yeux en amande et hypertélorisme (distance interpupillaire : 5,8). Pavillon des oreilles très développé. Hypertrophie du maxillaire supérieur et Palais ogival. Lanugo très marqué.


Fig. 6. - Caryotype du sujet III, 2. Remarquer la translocation C ~ B, probablement 9 ~ 5.


Fig. 7. - Caryotype du sujet I, 1. Translocation C ~ B, probablement 9 ~ 5.

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Remaniements complexes.

Par contre, si le remaniement comporte trois points de rupture, une recombinaison méïotique normale, en dehors de toute malségrégation, peut produire des gamètes déséquilibrés.

Dans la discussion qui suit, nous négligerons les remaniements portant sur une seule paire chromosomique (translations, duplications et inversions). Il est aisé de s'assurer en effet que si ces remaniements peuvent aboutir à un changement du contenu génique par recombinaison méïotique normale, ils ne peuvent se transmettre inchangés, au cours de générations normales successives.

Le second type de remaniement entre chromosomes non homologues s'applique à l'évidence à l'observation B, et nous venons de voir, par exclusion des remaniements entre homologues, qu'il s'applique aussi à l'observation A.

Dans ces deux familles, l'hypothèse d'une aneusomie par recombinaison méïotique doit satisfaire à une restriction sévère, à savoir : il n'existe aucun changement morphologique notable secondaire à l'échange de chromatides.

Deux suppositions sont alors possibles :

- ou bien l'échange intéresse des segments terminaux très petits n'entraînant pas de changements décelables. Cela conduirait à supposer que ces segments contiennent des gènes particulièrement importants ;

- ou bien l'échange de chromatides conduit à une aneusomie importante en dépit de la conservation de la morphologie du chromosome.

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Méthode d'analyse

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I. - A trois cassures.

Pour simplifier le raisonnement nous choisirons le cas B qui a l'avantage d'intéresser deux chromosomes de morphologie nettement reconnaissable. Ce remaniement intéresse sûrement un chromosome du groupe 4-5 et un chromosome du groupe 6-12 et, pour simplifier la nomenclature nous désignerons l'un de ces chromosomes par la lettre B et l'autre par la lettre C.

Ainsi qu'il vient d'être dit, une translocation réciproque terminale, qui pourrait rendre compte de l'image cytologique, ne pourrait déterminer d'aneusomie sans malségrégation. Force est donc d'envisager un modèle de complexité immédiatement supérieur, celui d'une translocation intercalaire ou insertion.

Hypothèse d'une translocation intercalaire.

Supposons qu'un fragment du bras long du 9 (segment c-d-e-f ) est venu s'intercaler dans une cassure sié-geant au milieu du bras court du 5, La morphologie de deux chromosomes résultant (fig. 8 et fig. 9) est conforme à l'observation cytologique. Dès lors, les homologues à la méïose peuvent réaliser deux dispositions dont la probabilité dépend de la longueur du fragment déplacé.

La première est un appariement entre les homologues, sans que le serment transloqué soit apparié. Le chromosome normal s'apparie au chromosome C anormal et le segment c-d-e-f forme une boucle non appariée. De même le chromosome B normal s'apparie au chromosome B, porteur du segment c-d-e-f, et ce segment forme, lui aussi, une boucle.

L'absence d'appariement des boucles très probable si celles-ci sont petites, fait qu'aucun échange de chromatide ne peut modifier la structure des éléments remaniés. Dans ce cas, les deux paires C et B, ségrèguent indépendamment l'une de l'autre. Ceci conduit à la transmission de la translocation balancée (une fois sur quatre), à des gamètes tout à fait normaux (une fois sur quatre) ou à une malségrégation (une fois sur deux) réalisant soit une déficience pour c-d-e-f, soit une duplication pour ce fragment. Ces résultats théoriques ne concordent pas avec l'observation de la famille B.

Le second mode d'appariement aboutit au schéma de la figure 10. Les homologues s'apparient comme précédemment, en réalisant des boucles correspondant aux régions " en trop " mais, de plus, les boucles elles-mêmes s'apparient entre elles. Cette disposition est d'autant plus probable que le segment déplacé c-d-e-f est plus long. De même, la probabilité d'un échange de chromatides à l'intérieur des boucles est elle aussi proportionnelle à cette longueur.

Il est facile de se rendre compte par l'examen du schéma (fig. 11) que s'il se produit un échange de chromatide dans la boucle, ici, par exemple, entre les points d et e, cette recombinaison aboutit à des chromosomes déséquilibrés : B-l-k-c-d-e-f-g-h et C-a-b-c-d-e-f-j-i.

L'aneusomie résultante correspond donc à une duplication et à une déficience dont l'importance est égale à la longueur des segments terminaux non remaniés, g-h et i-j.

Il devient alors possible de discuter l'adéquation du modèle en fonction de la morphologie de la translocation observée (cf . infra).

Par ailleurs, il est à remarquer que si les segments terminaux non remaniés, g-h et i-j, sont approximativement d'égale longueur, l'aneusomie résultante ne se traduit pas aucun changement morphologique. Dans ce cas en effet, les chromosomes B-l-k-c-d-e-f-g-h et B-l-k-c-d-e-f-j-i ont alors strictement les mêmes dimensions et le même indice centromérique, ainsi d'ailleurs que les chromosomes C-a-b-c-d-e-f-g-h et C-a-b-c-d-e-f-j-i.

L'orientation de la séquence génique à l'intérieur du segment intercalaire c-d-e-f est d'une importance capitale dans le déroulement de la méïose. Si la séquence conserve par rapport au nouveau centromère la même orientation que par rapport à son centromère d'origine, le système est possible.

Si la séquence génique est inversée, tout échange de chromatides à l'intérieur de la boucle aboutit à un dicentrique et à un acentrique, ce qui, pratiquement interdit l'apparition d'une recombinaison dans la descendance.

Il est possible aussi de s'assurer que, dans les deux cas, un échange de chromatide, en dehors des boucles, n'aboutit à aucun changement de la structure génique des chromosomes.

En définitive, une translocation intercalaire du fragment c-d-e-f à l'intérieur du bras court du 5, avec conservation de l'orientation de la séquence génique par rapport au centromère, permet de prévoir, toute malségrégation mise à part, l'apparition de quatre types de gamètes, dont trois ont été observés dans la famille B.

a) Gamètes équilibrés porteurs de la translocation (pas d'échange entre les boucles) (fig. 9).

b) Gamètes équilibrés normaux (ségrégation des éléments non remaniés).

c) Gamète déséquilibré de morphologie identique à celle des translocations (fig. 11, couple de gauche) (échange de chromatides dans la boucle) déterminant une trisomie pour le segment g-h avec monosomie pour le segment j-i.

d) Gamète déséquilibré de morphologie entièrement normale (échange de chromatides dans la boucle) déterminant une trisomie pour le segment j-i avec monosomie pour le segment g-h (fig. 11, couple de droite).

Les sujets I,1 ; II,1 ; II,2 et II,3 correspondent au type a, le sujet III,1, au type b et l'enfant anormale III,2 au type c, Le fait que le type d n'ait pas été observé ne peut, vu le petit nombre de sujets étudiés, entraîner la conclusion formelle de la léthalité précoce de cette combinaison, bien que cette éventualité reste possible


Fig. 8. - Schéma de la production d'une translocation intercalaire résultant de 3 cassures. Le segment c-d-e-f est isolé du chromosome C qui le comporte normalement.


Fig. 9. - L'insertion du fragment c-d-e-f a l'intérieur du bras lk - ji du chromosome B est réalisée par recollement des cassures. Remarquer que le point C, qui était le plus proche du centromère du chromosome C, s'est soudé au point K, le plus proche du centromère de B. L'orientation centrométrique du fragment c-d-e-f est donc conservée (voir texte).


Fig. 10. - L'association méiotique des chromosomes, C normal et C porteur de la délétion, et, B normal et B porteur de l'insertion se réalise avec formation d'une boucle contenant le segment c-d-e-f. Pour simplifier le schéma deux chromatides seulement (au lieu de quatre) ont été représentées.


Fig. 11. - Production d'une aneusomie de recombinaison par échange de chromatides (croling-over) à l'intérieur de la boucle. Le couple de gauche est constitué du petit chromosome C manquant du segment c-d-e-f et d'un nouveau chromosome B, porteur du l'insertion mais possédant le segment g-h au lieu du segment i-j. Si ces ceux segments sont de même longueur, l'aneusomie résultante ne s'accompagne d'aucun changement morphologique. Le couple de droite présente l'aneusomie complémentaire, mais ici les deux élèments sont de morphologie entièrement normale.


Fig. 12. - Mécanisme du production d'une inversion péricentrique associée à une translocation terminale, non-jouxte ; des flèches indiquent les points de rupture.

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II. - Système à quatre cassures.

Le schéma précédent d'une translocation intercalaire avec orientation centromérique conservée peut être appliqué à l'observation A. Ici cependant, la morphologie des éléments remaniés indique que les segments g-h et j-i (fig. 10 et 11) doivent correspondre au maximum, à la longueur du bras court du petit chromosome ressemblant à un 17. Cette restriction est imposée par l'absence de changement morphologique. Il s'agirait alors d'un déséquilibre génique portant sur une fraction très petite du matériel chromosomique.

Dès lors deux hypothèses peuvent être considérées :

- ou bien l'on admet que ce bras court du pseudo 17 porte des gènes extrêmement sensibles à l'effet de dosage, hypothèse accessoire qui ne peut être ni rejetée ni acceptée, faute d'arguments ;

- ou bien l'on considère le modèle comme inadéquat.

Dans cette seconde éventualité, il est intéressant de voir qu'un modèle de complexité immédiatement supérieure (à quatre cassures) autoriserait, toujours sans changement de morphologie, la production d'une aneusomie de recombinaison portant sur des segments chromosomiques beaucoup plus importants.

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Inversion péricentrique avec translocation terminale non jouxte

A partir de deux chromosomes moyens, la production des deux éléments observés, un pseudo 2 et un pseudo 17, peut être réalisée selon le schéma Fig. 12, dans lequel les deux chromosomes sont dénommés respectivement C1 = a-b-c-d-e-f-g-h-i-j et C2 = k-l-m-n-o-p.

Ce modèle, à quatre cassures, réalise, comme le montre le schéma fig. 13, une inversion péricentrique du chromosome, C1 jointe à une translocation terminale du bras long sur C2. L'ensemble correspond alors au pseudo-2 observé.

De même un fragment terminal du bras court de C1 est transloqué sur le fragment restant de C2, réalisant le pseudo 17 observé.

A l'instar de la discussion précédente, il est facile de s'assurer, d'après la configuration méïotique (fig. 14) que les échanges de chromatides, en dehors de la boucle, ne modifient nullement la structure génique des éléments en jeu. Par contre, un échange de chromatides à l'intérieur de la boucle produit une aneusomie grave, toujours identique à elle-même quelle que soit la position du point d'échange à l'intérieur de la boucle (Fig. 15). La position du centromère lui-même est sans importance, pourvu qu'il soit à l'intérieur de la boucle.

Ici aussi (schéma fig. 14) on peut observer que si les segments a-b-c et h-i-j sont de longueur équivalente, l'aneusomie résultante ne s'accompagne d'aucun changement morphologique et que la duplication-déficience dépend uniquement de l'inversion péricentrique, et non de la translocation associée (*). Il est possible de s'assurer à ce sujet que si la translocation et l'inversion possédaient les mêmes limites (jouxtes) cette préservation de la morphologie deviendrait impossible.

En dehors de toute malségrégation, un tel système peut produire quatre types de gamètes dont deux seulement ont été observés dans cette famille.

a) Translocation balancée (pas d'échange de chromatides à l'intérieur de la boucle (fig. 13). Cette combinaison correspondrait au caryotype de II,2 et de I,1.

b) Aneusomie de recombinaison (échange de chromatides à l'intérieur de la boucle) avec morphologie identique au cas précédent (fig. 15, couple de droite). Cette combinaison correspondrait au caryotype de III,4.

c) Aneusomie de recombinaison avec morphologie entièrement normale (fig. 15, couple de gauche). Non observé.

d) Gamète normal, ségrégation des éléments non remaniés. Non observé.

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Discussion

Ces deux modèles, insertion avec conservation de l'orientation centromérique et inversion péricentrique associée à une translocation terminale non-jouxte, ont été proposés ici pour rendre compte de deux familles très particulières.

Ainsi qu'il a été dit à l'occasion des observations, il est impossible d'affirmer que dans ces deux cas, les anomalies constatées sont bien déterminées par un déséquilibre génétique et qu'il ne s'agit pas d'une simple association fortuite, les anomalies apparaissant, par hasard, dans une famille entachée d'une translocation balancée.

L'observation directe des figures méïotiques chez les mâles porteurs de la translocation pourrait apporter un argument décisif.

En effet, l'observation de la classique image en croix, serait en faveur d'une translocation terminale, ne pouvant pas produire d'aneusomie de recombinaison. Par contre l'observation d'une boucle imposerait la notion de translocation complexe et corroborerait l'hypothèses proposée.

Nous n'avons pu, jusqu'ici, pratiquer ces examens.

Cependant, l'existence même de ces deux observations, ainsi que de celle rapportée par Grouchy et coll. (ce numéro), laisse envisager que ce mécanisme théorique, des aneusomies de recombinaison dans la descendance des hétérozygotes de structure, joue peut être un rôle importent en génétique humaine.

Les considérations concernant l'aneusomie de recombinaison, sans changement morphologique, sont particulièrement intéressantes de ce point de vue. Leur existence, impossible à démontrer actuellement, pourrait rendre compte de nombreuses anomalies constitutionnelles apparaissant à répétition dans la descendance de certains couples, sans dommage chromosomique décelable, et sans cause génétique ou péristatique évidente.

Bien qu'un tel mécanisme ne doive être invoqué qu'avec une grande prudence puisque nous ne pouvons apporter la preuve formelle de son existence, la fréquence des hétérozygotes de structure dans les populations ,sauvages de drosophiles par exemple, permet, d'inférer leur existence probable dans notre espèce. A ce sujet, il est important de préciser que les aneusomies de recombinaison, réputées essentiellement inviables chez la drosophile, sont peut-être fréquemment compatibles avec un développement embryonnaire non négligeable ou même avec une survie prolongée dans notre espèce. A dimension de remaniement égal, le déséquilibre génique représente en effet une fraction, beaucoup plus importante du génome chez la drosophile que chez l'homme. La relative tolérance de notre espèce aux aneusomies est d'ailleurs bien établie par l'existence même des trisomies (21, ou 18, ou 13) ou des délétions partielles (maladie du " cri du chat ", ce numéro).

Enfin le degré de complexité des, remaniements exigeant par exemple trois ou quatre ruptures chromosomiques ne semble pas dépasser ce qu'il est raisonnable d'attendre pour des événements rares, apparaissant dans un génome complexe.


Fig.13. Le néo-chromosome, a, b, c, g, f, e, d, h, i, n, o, p correspond au pseudo-2 du caryotype (fig. 2) ; le petit chromosome j, m, l, k correspond au pseudo-17.


Fig. 14. - Schéma de la méiose chez le sujet II, 2, de l'observation A. Le segment inversé d, e, f, g forme une boucle pour permettre l'appariement des chromosomes, gène contre gène. Pour plus de simplicité, deux chromatides seulement sont représentées, au lieu de quatre.


Fig. 15. - Aneusomie de recombinaison à la suite d'un échange de chromatides à l'intérieur de la boucle. Le couple de droite présente la même morphologie que le remaniement balancé, si le segment h, i, j est de même longueur que le segment a, b, c. Un gamète porteur de cette combinaison sera trisomique h, i, j et monosomique a, b. c. Le couple de gauche, de morphologie entièrement normale, déterminerait l'aneusomie réciproque : trisomie a, b, c et monosomie h, i, j.

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Resumen

En la familia A, une madre y su hija (la paciente) presentan una redistribution entre dos cromosomas medianos, realizando un seudo 2, y un seudo 17. La patiente ha tenido cuatro abortos expontaneos, todos en el curso del segundo mes de embarazo. El cariotipo del feto del último aborto es morfologicamente idéntico al de la patiente y al de su madre. En la familia B, se observa en la enferma ton multiples malformaciones une translocation entre un cromosoma mediano y un cromosoma 4-5, realizando un seudo 2 y un seudo 16. El mismo cariotipo se halló : en su hermana, en su padre, su abuelo paterno y un tio ; estos parientes, son fenotipicamente normales.

Se contempla la hipotesis de un desequilibrio génico que afecte los cigotos anormales, sin que exista malsegregacion de los elementos redistribuidos.

Algunas redistribuciones de estructura pueden llegar a constituir aneusomias de recombinacion, que no entretien necesariamente cambios morfologicos de los cromosomas interesados. Se discuten dos modelos : translocation intercaler ton orientation centromerica conservada e inversion pericentrica asociada a une translocation terminal separadas.

Si este mecanismo, puramente teorico por el momento, fuese demostrado por observaciones ulteriores, representaria un tercer aspecto de los efectos defavorables de las redistribuciones de estructura, junto a la malsegregacion de los elementos redistribuidos y del efecto intercromosomico,

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Zusammenfassung

In der Famille A haben die Mutter und ihre Tochter, die Patientin, beide eine Veränderung, die zwei mittlere Chromosomen betrifft und eus denen ein Pseudo-2 und ein Pseudo-17 entstanden sind. Die Patientin ist viermal schwanger gewesen. Alle vier Schwanberschaften endeten mit einem Abort im zweiten Monat. Der Karyotyp des vierten Abortes ist identisch mit dem der Patientin und ihrer Mutter. In der Famille B wurde bei der Patientin, die multiple Abartungen zeigt, eine Translokation analysiert, die ein mittleres Chromosom und ein Chromosom 4-5 betrifft, woraus ein Pseudo-2 und ein Pseudo-16 resultieren. Die Schwester der Patientin, ihr Vater, ihr Grossvater väterlicherseits und ihre Onkel haben den gleichen Karyotyp. Diese vier Personen sind phänotypisch normal.

Es wird die Hypothese aufgestellt, dass die anormalen Zygoten kein genisches Gleichgewicht haben, ohne dans es zu Biner falschen Trennung der veränderten Elemente gekommen sein muss. Einige Struktuveränderungen können in der Tat zu Aneusomien durch Wiederverbindung führen, die nicht unbedingt eine morphologische Veränderung der betroffenen Chromosomen nach sich ziehen müssen.

Zwei Modelle werdei diskutiert : Translokation durch Zwischenschaltung mit beidehaltener zentromerischer Orientierung und perizentrische Inversion mit nicht benachbarter terminaler Translokation.

Wenn die Möglichkeit dieses Mechanismus, der im Augenblick rein theoretisch erörtert wird, durch spätere Beobachtungen sich bestätigt findet, würde er einen dritten Aspekt der nachteiligen Effekte der Strukturveränderungen darstellen, wie da sind die falsche Trennung der veränderten Elemente und der Interchromosomale Effekt.


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Bibliographie

LEJEUNE J. - 1965. Les remaniements de structure. In Les chromosomes humains. Turpin et Lejeune, 1 vol., Gauthier-Villars Edit., Paris.

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Note

(*) De façon générale, on peut conclure qu'une inversion péricen-trique peut produire une aneusomie de recombinaison sans changement morphologique décelable, si les segments non remaniés sont d'égale longueur.