Exclusion de certaines localisations autosomiques des gènes de groupes sanguins et sériques

Ch. SALMON1, C. ROPARTZ2, J. de GROUCHY3,J. LEJEUNE4, D. SALMON1, L. RIVAT2, P.-Y. ROUSSEAU2, G. LIBERGE et F. DELARUE1


Sommaire

La recherche d'anomalies dans les phénotypes de groupes sanguins et sériques chez les individus possédant un caryotype anormal devrait apporter des informations sur la localisation des gènes qui les déterminent et permettre de commencer à établir la carte des autosomes humains. Bien que jusqu'à présent, dans le matériel étudié par nous, ce travail n'ait fourni que des résultats négatifs, il nous paraît utile de rassembler les données observées, car elles pourront être utilisées dans les essais futurs de localisation. Les phénotypes de groupes sanguins des érythrocytes, des ?-globulines et des haptoglobines ont été déterminés chez les sujets porteurs d'anomalies chromosomiques et chez les membres de leur famille. Les anomalies étudiées sont des délétions, des chromosomes en anneau, des translocations, des trisomies et une monosomie 21. Pour ce qui concerne les groupes de ?G-globulines, l'analyse des résultats a été réalisée en utilisant la nomenclature proposée par l'organisation Mondiale de la Santé (1) (voir ce numéro des Annales) et en acceptant l'hypothèse de l'allélisme des gènes Gm1 et Gm4.

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Délétions

La délétion d'un fragment de chromosome constitue le cas le plus simple d'altération chromosomique : si l'on constate, chez un sujet porteur d'une délétion, la positivité de deux réactions immunologiques définissant avec certitude, dans un système quelconque, un génotype hétérozygote, on peut exclure la localisation du système considéré sur le fragment faisant l'objet de la délétion.

- Délétion partielle du bras court du 5 : Six observations de délétion partielle du bras court du 5 permettent ainsi d'exclure la localisation sur ce fragment des systèmes ABO, MNSs, Rh, Kidd, Hp et Gm (tableau 1).

Tableau I. - Systèmes de groupes sanguins exclus des fragments amputés, par la constatation de deux réactions positives, définissant un sujet hétérozygote.
ObservationsSystèmes exclusRéférences
Délation partielle du bras court du 5 :
Den...ABO . MNSs(3)
Vet...MNSs . Rh . Gm(5)
Nic...MNSs . Kidd(15)
Mon...Rh . Hp(15)
Roy...Hp(10)
Bou...Rh . Kidd(11)
Délétion du bras court du 18 :
Dec...Rh . Kidd(6)
Bor...MNSs . Rh . Gm(4)
Cou... (délétion partielle)MNSs . Gm(12)
Délétion partielle du bras long du 18 :
Pak...MNSs . Rh . Hp . Gm(9)
Lan...MNSs . Rh(12)
Délétion du bras court d'un 13-15 :
Rou...MNSs . Rh(2)

- Délétion du bras court du 18 : Trois observations de délétion des bras courts du chromosome 18 excluent la localisation sur ce fragment des systèmes MNSs, Rh, Kidd et Gm (tableau 1).

- Délétion partielle du bras long du 18 : Deux observations permettent d'exclure la localisation des systèmes MNSs, Rh, Hp et Gm (tableau I).

- Délétion du bras court d'un 13-15 : Une observation permet d'exclure la localisation des systèmes MNSs et Rh (tableau I).

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Chromosome en anneau

Un sujet ayant un chromosome 18 en anneau a été étudié. On pense que ce chromosome résulte de la délétion des deux extrémités du chromosome avec accolement secondaire des deux tranches de section. Bien que la longueur des fragments perdus ne puisse être déterminée, la constatation d'une hétérozygotie définie par deux réactions immunologiques positives, permet encore d'exclure la localisation des systèmes en cause sur les fragments perdus. Ainsi peut être exclue la localisation sur ces fragments des systèmes MNSs, Kidd et Hp (7).

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Translocations

Dans le cas d'une translocation D ~ D (d'un chromosome 13-15, avec un autre chromosome du mène groupe), la délétion possible de l'extrémité paracentrique des chromosomes permet la même conclusion. Nous avons pu ainsi exclure, dans un cas, les systèmes MNSs, Rh et Gm (8), et, dans un autre, le système MNSs (18).

Une translocation familiale 2 ~ 22 a été reconnue dans trois générations d'une même famille (14), sans qu'une liaison avec les groupes MNSs, Rh, Kell ou Duffy ait pu être établie. L'enfant D., transloquée 2 ~ 22, possède un phénotype rare Gm1,2,-4,8,11,12 [estimant que le facteur Gm(b) classique [Gm(5)] n'a pas encore une définition sérologique précise, nous pensons préférable de définir ce facteur par les éléments de sa mosaïque : Gm(10), Gm(11) et Gm(12)] ; le gène Gm1,2 provient de son père, le gène Gm11,12 de sa mère, celle-ci est supposée posséder le génotype Gm4,8,11,12/Gm11,12. Il est possible que l'existence du gène rare Gm11,12 chez le mère et la fille soit une conséquence de la translocation 22 ~ 2.

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Trisomies et monosomie 21

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Trisomies 21 :

- L'excès de matériel chromosomique peut se traduire par une production exagérée de protéines de groupe, ou d'enzymes synthétisant la substance spécifique. Mais l'interprétation des résultats ne nous paraît possible que si des méthodes quantitatives assez sûres peuvent être utilisées.

Chez un couple de jumeaux apparemment monozygotes, dont l'un était trisomique 21 et l'autre normal (19), toute différence quantitative pouvait être rapportée au chromosome 21 en excès : les titrages utilisant l'anti-Rh standard et l'anti-k n'ont pas montré de différence. La quantité de substance A a été mesurée par le pourcentage d'agglutinabilité dans des conditions constantes (16 et 17). Les moyennes des mesures : 47 % pour l'un des jumeaux, 38 % pour l'autre, bien que différentes, ne s'écartent pas significativement des variations possibles de la méthode utilisée.

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Monosomie 21

Par un raisonnement inverse, on peut supposer qu'un sujet de groupe O, dont 96 % des cellules sanguines examinées étaient monosomiques pour le chromosome 21 (13), présenterait un déficit en substance H si le chromosome 21 était impliqué dans sa synthèse.

Le pourcentage d'agglutinabilité étant 9, valeur attendue pour un sujet de groupe O, on peut admettre que la quantité de substance H fabriquée est normale. Dans notre matériel, nous n'avons donc pas d'argument pouvant faire penser que le chromosome 21 est impliqué dans la synthèse des substances H ou A.

En conclusion, les résultats négatifs qui peuvent être retenus figurent dans le tableau II.

Tableau II.
SystèmesExclusions certainesExclusions possibles
ABOBras court du 5 (*).21
MNSsBras court du 5. Bras court du 18. Bras court d'un13-15. Moitié distale bras long du 18.Extrémités distales du 18 (longueur inconnue). Extrémité paracentrique d'un 13-15.
RhBras court du 5. Bras court d'un 13-15, Bras court du 18. Moitié discale bras long du 18.Extrémité paracentrique d'un 13-15.
KiddBras court du 5. Bras court du 18.Extrémités distales du 18 (longueur inconnue).
GmBras court du 5. Moitié distale bras long du 18, Moitié distale bras court du 18.Extrémités distales du 18 (longueur inconnue). Extrémité paracentrique d'un 13-15.
HPBras court du 5.Moitié distale des bras longs du 18. Extrémités discales du 18 (longueur inconnue).
(*) Dans tous les cas " bras court du 5 " signifie : " moitié distale du bras court du 5 "

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Bibliographie

1. CEPPELLINI R., DRAY S., FAHEY J. L., FRANKLIN E. C., FUDENBERG H., GELL P. G. H., GOODMAN H, G., GRUBB R., HARBOE M., KIRK R. L., OUDIN ,J., ROPARTZ C., SMITHIES O., STEINBERG A. G., TRNKA Z., 1965. - Notation for genetic factors of human immunoglobulins. A paraître dans Bull. Wld Hlth Org., 33, 5.

2. GROUCHY J. de. - Observation non publiée.

3. GROUCHY J. de, ARTHUIS M., SALMON Ch., LAMY M., THIEFFRY S., 1964. - Le syndrome du cri du chat, une nouvelle observation. Ann. Génét., 7, 13.

4. GROUCHY J. de, BONNETTE J., SALMON Ch., 1966. - Délétion du bras court du 18. Ann. Génét., 9.

5. GROUCHY J. de, GABILAN J. C., 1965. - Translocation 5 ~ 21-22 et syndrome du cri du chat. Ann. Génét. 8, 32.

6. GROUCHY J. de, LAMY M., THIEFFRY S., ARTHUIS M., SALMON Ch., 1963. - Dysmorphie complexe avec oligophrénie, délétion des bras courts d'un chromosome 17-18. C. R, Acad. Sci. (Paris), 256, 1028.

7. GROUCHY J. de, LÉVà QUE B., DEBAUCHEZ C., SALMON Ch., LAMY M., MARIE J., 1964. - Chromosome 17-18 en anneau et malformation congénitales chez une fille. Ann. Génét., 7, 17.

8. GROUCHY J. de, MLYNARSKI J. C. MAROTEAUX F., LAMY M., DESHAIES G., BENICHOU C., SALMON Ch., 1963. - Syndrome polyspondylique par translocation 14-15 et dyschondrostéose chez un même sujet. Ségrégation familiale. C. R. Acad. Sci (paris), 256. 1614.

9. GROUCHY J. de, ROYER P., SALMON Ch., LAMY M., l964. - Délétion partielle des bras long du chromosome 18. Path. et Biol., 12, 579.

10. LEJEUNE J. - Observation non publiée. Institut de Progénèse, n° 1406.

11. LEJEUNE J. - Observation non publiée. institut de Progénèse, n° 1574.

12. LEJEUNE J., BERGER R., RETHORE M. O. - Observations non publiées, Institut de Progénèse, nos 1772 et 1906.

13. LEJEUNE J., BERGER R., RÉTHORE M.-O., ARCHAMBAULT L., JERÔME H., THIEFFRY S., AICARDI ., BROYER M., LAFOURCADE J., CRUVEILLIER J., TURPIN R., 1964, Monosomie partielle pour un petit acrocentrique. C. R. Acad. Sci. (Paris), 259, 4187.

14. LEJEUNE J., LAFOURCADE J., SALMON Ch., TURPIN R., 1963. - Translocation familiale 2 ~ 22, association à un syndrome de Turner haplo -X. Ann. Génét., 6, 3.

15. LEJEUNE J., LAFOURCADE J., SALMON Ch., TURPIN R., 1964. - Syndrome de délétion partielle du bras court d'un chromosome 5. Sem. Hôp. (Paris), 40, 1069.

16. SALMON Ch., 1965. - Etude quantitative et thermodynamique de l'isohémagglutination. Méthodes et résultats récents. Nouv. Rev. Franç. Hémat., 5, 191.

17. SALMON Ch., 1965. - Les antigènes et anticorps de groupe sanguin ABO étudiés par des méthodes quantitatives et thermodynamiques. In Progrès en hématologie, sous presse.

18. TURPIN R., LEJEUNE J., LAFOURCADE J., GAUTIER M., 1959.- Aberrations chromosomiques et maladies humaines. La polyspondylie à 45 chromosomes. C. R. Acad. Sci. (Paris), 248 3636.

19. TURPIN R., LEJEUNE J., LAFOURCADE J., SALMON Ch., 1963. - Gémellités monozygotes et aberrations chromosomiques. C. R. Acad. Sci. (Paris), 256, 4786.

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Notes

(1) Centre Départemental de Transfusion Sanguine, 53, Bd Diderot, Paris-12°.

(2) Centre Départemental de Transfusion Sanguine et de Génétique Humaine, Rouen.

(3) Laboratoire de Cytogénétique, Clinique de génétique Médicale, Hôpital des Enfants-Malades, Paris.

(4) Chaire de génétique Fondamentale, Hôpital des Enfants-Malales, Paris.