Ainsi que Mme Mikkelsen, le fait remarquer dans son article, il est
difficile de supposer qu'un chromosome Dr chez l'enfant d'une mère porteuse
d'une translocation D-D, soit le résultat d'un accident fortuit.
Pour analyser l'origine possible de cet anneau, il est nécessaire de
poser deux postulats.
Postulat (1) : Le chromosome D-D est du type 13-14, puisqu'il est
transmis sur plusieurs générations ; ce postulat est confirmé par
l'autoradiographie de cet élément ainsi que le rapporte Mme Mikkelsen.
Postulat (2) : Le chromosome D-D ne comporte ni duplication, ni
déficience (mise à part l'exclusion des satellites) puisque les porteurs sont
de phénotype normal.
Dès lors deux hypothèses sont possibles.
Hypothèse (a) La translocation induit un trouble de la méïose et "
favorise" les remaniements, d'où, éventuellement la formation d'un anneau. Ce
dernier serait alors un accident surajouté.
Hypothèse (b) La structure même du chromosome D-D le prédispose à la formation d'un anneau, par échange de chromatides lors de la méiose. Ce
processus serait alors normal, quoique de probabilité faible, et ne
représenterait pas un accident mais une conséquence prévisible.
Cette hypothèse (b) se heurte à une apparente difficulté : pour
qu'un élément linéaire se referme en anneau par échange normal de
chromatides, il est nécessaire que des segments homologues situés de part et
d'autre du centromère, s'apparient gène à gène.
Ceci impose que les deux bras du chromosome D-D portent des segments
homologues, c'est-à -dire que le chromosome D-D soit porteur d'une duplication
ce qui serait en contradiction avec le postulat (2).
La seule façon de sortir de ce dilemme est de remarquer qu'un
échange de chromatides au cours de la méiose peut déterminer une duplication
passagère, qu'un second échange peut ensuite corriger.
Les schémas ci-contre expriment simplement ce fait.
 Fig. 1. - supposons que le chromosome 13, symbolisé par la séquence
1-2.3.4.5.6.7.8.9.10, ait présenté lors de l'accident primaire une
configuration de ce type ; les zones pointillées correspondent à trois points
de cassure sur le 13. Le 14 serait superposé, comme sur le schéma, avec un
point de rupture près du centromère.
 Fig. 2. - Le recollement des fragments peut alors se produire
selon le schéma ci-dessus. Le chromosome D-D résultant ayant pour composition
10.7.6.5.4.3.2. - 1.9.8.11.12.13.14.15. La translation du fragment 9-8, ne
change guère l'indice centromérique qui peut rester très voisin de
0,50.
 Fig. 3. - Lors de la
méiose le chromosome 13 normal et le chromosome 14 normal, s'accolent aux
segments homologues du D-D. S'il se produit un échange de chromatide normal
dans la région de 2 à 7 (échange 1 de la figure 3) le chromosome résultant
est, pendant un instant, porteur d'une duplication. Il est en effet constitué
de la séquence 10'.9'.8'.7'.6'. 5'.4'.3.2.-1.9.8.11,12.13.14.15. les segments
9'.8'. et 9. 8. étant homologues et appariés. Un second échange situé entre
8 et 9, échange ((2) de la figure 3) cyclise la structure, selon la figure
4.
 Fig. 4. - Des gamètes
résultant de ces deux échanges, le moins déséquilibré est composé du 14
normal et de l'anneau du 13 ayant subi une petite délétion perte du segment
10 dont la taille peut se réduire au seul télomère). En effet les deux
autres chromosomes sont l'un un 13 amputé du segment 9.8 et l'autre un
acentrique, 10'.9'.8.11.12.13.14.15.
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Remarques
Ce modèle, qui paraît être le plus simple possible, impose
l'existence d'un remaniement complexe lors de la production du chromosome D-D
ancestral. Par contre, comme le segment 2 ....7 est fort grand, la probabilité
du premier échange est très élevée. La fabrication de l'anneau dépend donc
en définitive de la probabilité d'échange dans la région 9.8. Cette
probabilité peut être faible (transmission le plus souvent normale), mais
n'est pas nulle (apparition du sujet Dr).
En conclusion, bien que ce modèle ne soit point démontrable, il nous
a paru utile de le développer à propos de la remarquable observation de
Mikkelsen puisqu'il apporte une relation mécanique plausible entre une
translocation linéaire et l'apparition d'une structure circulaire.
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Note
Note à propos de l'observation de Margareta MIKKELSEN et E. NIEBUHR
(Ann. Génét., 1969, 12, 51-56)
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