Analyse d'une translocation t(18p+ ; 21q-) par dénaturation ménagée.

Marguerite PRIEUR, B. DUTRILLAUX, Marie-Odile RETHORÉ et J. LEJEUNE.

PRIEUR Marguerite, DUTRILLAUX B., RÉTHORÉ Marie-Odile, LEJEUNE J. - Analyse d'une translocation t(18p+ ; 21q-) par dénaturation ménagée. Ann. Génét., 1971, 14, n°4, 305-307.


Résumé :

Un nouveau type de translocation 18-G est observé chez une femme normale et chez son fils trisomique 21. La technique de dénaturation ménagée permet de conclure que la mère a transmis simultanément sa translocation équilibrée t(18p+ ; 21 q-) et son chromosome 21 normal, d'où la, trisomie 21 de l'enfant.

Sommaire

Une translocation inhabituelle intéressant un chromosome 21 et un chromosome 18 est observée chez une femme normale et son fils trisomique 21. L'analyse du caryotype après " dénaturation ménagée " permet de préciser les points de cassure sur les chromosomes intéressés.

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Observation

Le proposant, III,1 (fig. 1) est né le 23-12-1967 au terme d'une grossesse normale. Le diagnostic de trisomie 21 est porté dès la naissance. A l'âge de trois ans, au moment de l'examen chromosomique, cet enfant a l'aspect clinique d'un trisomique 21. Seules particularités, les cheveux sont fins et frisés et le visage assez eumorphique (fig. 2).

Sa mère, II,5, primipare de phénotype normal, était âgée de 21 ans à la naissance.

L'examen chromosomique a été pratiqué sur des cellules sanguines selon la microméthode habituelle.

Le caryotype du proposant (I.P N°8284) comporte 47 chromosomes. Il manque un chromosome 18 et l'on remarque deux éléments anormaux ; l'un ressemblant à un 16 est interprété comme un 18p+ : l'autre, petit élément centrique porteur de satellites, est interprété comme un Gq-.

Le caryotype de la mère (I.P. N° 8285), à 46) chromosomes, comporte les mêmes éléments remaniés 18p+ et Gq-; on en conclut qu'il s'agit d'une translocation équilibrée.

Les grands-parents maternels (I,1 I.P. N° 8649 et I,2 I.P. N° 8650) ont un caryotype normal ; le remaniement est donc apparu de novo chez la mère du proposant.

Un second examen cytogénétique de la mère et de l'enfant a été pratiqué après dénaturation ménagée [1]. Avec cette méthode, le chromosome 21 présente une coloration hétérogène : les deux tiers proximaux du bras long sont très clairs et le tiers distal très coloré. Les bras courts du chromosome 18, homogènes, sont de coloration intermédiaire.

L'analyse fine des chromosomes remaniés permet d'affirmer que le chromosome G est bien un 21 amputé de sa partie distale très colorable, qui se retrouve à l'extrémité du bras court du 18. Les points de cassure se situent donc à la partie distale de la zone claire du 21 et à la partie distale du bras court du 18 (fig. 3).

On en conclut que l'enfant a reçu de sa mère les deux éléments remaniés (translocation 18p+ ; 21q-) plus le chromosome 21 normal. D'où le syndrome typique de trisomie 21.


Fig. 1. - Arbre généalogique


Fig. 2. - Le proposant


Fig. 3. - Caryotype partiel de la mère (a) et de son fils trisomique 21 (b).

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Discussion

Comparées aux translocations par fusion centrique, les translocations réciproques intéressant le groupe G paraissent beaucoup plus rares. Elles ne sont cependant pas exceptionnelles puisque plus de 30 observations ont été publiées.

Si la malségrégation atteint pratiquement toujours le chromosome G (21 ) en cas de fusion centrique, il n'en est pas de même pour les translocations réciproques où elle peut aussi bien atteindre l'autre élément remanié.

Il est possible que cette malségrégation dépende de deux conditions :

- d'une part, de la nature du chromosome G atteint : la trisomie ou la monosomie 22 paraissant incompatibles avec le développement, les malségrégations connues de translocations de type t(22 ; Z) intéressent le segment Z, comme dans un cas précédemment publié d'une trisomie partielle du bras court du 9 [2]. Dans cette famille la méthode de dénaturation a montré qu'il s'agissait d'une t(22p+ ; 9q-) (fig. 4) ;

- d'autre part, de l'emplacement des points de cassure ; le chromosome dont la morphologie est la plus remaniée pouvant être le plus sensible à la malségrégation, par suite d'une mauvaise synapse à la méiose.

Ainsi, dans les cas de t(21q- ; Z+,), où le chromosome 21 est coupé en son milieu, comme dans la présente observation, la difficulté synaptique portera spécialement sur le 21 et non sur le 18 dont la structure est à peine modifiée.

On voit ainsi qu'une méthode d'analyse fine comme celle utilisée ici permet non seulement de reconnaître les points de cassure mais aussi de prévoir partiellement tout au moins, le comportement méiotique des éléments remaniés.


Fig. 4. - Caryotypes partiels d'un cas de trisomie pour le bras court du 9 par translocation.


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Bibliographie

1. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J., 1971. - Sur une nouvelle technique d'analyse du caryotype humain. C.R. Acad. Sc. (Paris), 272, 2638.

2. RETHORÉ M.O., LARGET-PIET L., ABONYI D., BOESWILWALD M., BERGER R., CARPENTIER S., CRUVEILLER J., DUTRILLAUX B., LAFOURCADE J., PENNEAU M., LEJEUNE J., 1970. - Sur quatre cas de trisomie pour le bras court du chromosome 9. Individualisation d'une nouvelle entité morbide. Ann. Génét., 13, 217.