Syndrome 48, XXY, + 21 et retinoblastome

M.-O. RETHORÉ1, H, SARAUX, M, PRIEUR, B, DUTRILLAUX2 J.-J. MEER, J. LEJEUNE

Arch. Franc. Péd., 1972, 29, 533-538.


Résumé :

L'observation d'un enfant double aneuploïde (48, XXY, + 21) et affecté d'un rétinoblastome est rapportée. Le phénotype est celui de la trisomie 21 classique. Les parents sont indemnes et ont un caroytype normal. La fréquence de la double aneuploïdie et ses rapports avec le rétinoblastome sont discutés.

Sommaire

Depuis le premier cas publié par Ford et coll. en 1959 (3), diverses aneuploïdies sexuelles ont été rapportées chez des trisomiques 21.

L'existence d'un rétinoblastome chez un trisomique 21 a déjà été observée dans quatre cas (1, 5, 6, 8).

Nous rapportons l'observation d'un garçon double aneuploïde à 48 chromosomes XXY, + 21 et atteint de surcroît d'un rétinoblastome.

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Observation

L'enfant, de sexe masculin, est né le 22 novembre 1970 au terme d'une grossesse qui s'est déroulée sans incident. Le diagnostic clinique de trisomie 21 a été porté dès la naissance.

Lors du premier examen, en janvier 1971, rien de particulier n'a été noté en dehors des signes habituels de la trisomie 21 (fig. 1 ). Les iris étaient clairs, cryptiques avec des taches de Brushfield. Les organes génitaux externes étaient normaux : testicules en place et de volume normal, verge de taille normale sans hypospadia, ni phimosis, scrotum normal.

En avril 1971, lors du deuxième examen, il existait sur la pupille gauche un reflet anormal que les parents avaient remarqué une quinzaine de jours auparavant. La cornée était oedématisée, la pupille en mydriase. A l'ophtalmoscope, on pouvait voir une masse blanchâtre rétrocristallinienne essaimant en nodules dans le vitré. L'oeil droit était tout à fait normal. L'aspect était suffisamment caractéristique pour que l'on pose le diagnostic de rétinoblastome. L'énucléation fut pratiquée deux jours plus tard et les suites opératoires furent simples. L'examen histologique du globe oculaire confirma l'existence d'un rétinoblastome revêtant l'aspect d'un rétinocytome avec de nombreuses formations en rosette (fig. 2) et montra que le nerf optique était indemne.

Actuellement, en novembre 1971, l'état général de l'enfant est bon. Le quotient de développement mesuré au test Brunet-Lézine est de 70.

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Histoire familiale (fig. 3).

La mère du proposant, âgée de 26 ans, est la fille unique de parents bien portants. Réglée à 14 ans, cette femme n'a aucun antécédent pathologique si ce n'est une fausse couche spontanée de 2 mois en 1967 ; une hystérographie a été pratiquée quelques mois après et un traitement hormonal a été institué durant trois mois.

Le père du proposant, âgé de 25 ans, est le sixième enfant de parents bien portants qui ont eu huit enfants normaux ; cet homme n'a aucun antécédent pathologique ; il n'a jamais été exposé aux rayonnements ionisants.

La soeur ainée du proposant, née en 1968, se développe tout à fait normalement.


Fig. 1. - Le proposant à l'âge de 8 mois


Fig. 2. - Préparation histologique du rétinocytome


Fig. 3. - Arbre généalogique

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Examen cytogénétique.

Les examens chromosomiques furent réalisés sur des cultures de sang périphérique.

Le proposant : un premier examen (I.P. n°8947), effectué selon la microméthode habituelle, a révélé de façon homogène 48 chromosomes dont 6 petits acrocentriques et 16 éléments du groupe C. L'analyse du frottis buccal ayant montré 1 corpuscule de Barr dans 14 % des cellules examinées, on a conclu, chez ce garçon, à une trisomie 21 libre, associée à la formule sexuelle XXY, +21).

Un deuxième examen (I.P. n°9878), effectué selon la technique de dénaturation ménagée (2) a confirmé la double aneuploïdie. Parmi les 6 petits acrocentriques, on reconnait en effet un chromosome Y faiblement coloré, deux chromosomes 22 très fortement colorés sur toute la longueur de leur bras long et trois chromosomes 21 intensément colorés à l'extrémité discale de leur bras long. Le chromosome C surnuméraire correspond à un chromosome X reconnaissable à son bras court bien coloré, sauf en sa partie moyenne, et à son bras long qui possède quatre bandes foncées dont l'une est juxtacentromérique. Aucun remaniement de structure n'a été mis en évidence dans le caryotype de cet enfant (Fig. 4).

La mère du proposant (I.P. n°8946) a un caryotype féminin normal 46, XX. Le frottis buccal a révélé la présence d'un corpuscule de Barr dans 18 % des cellules examinées.

Le père du proposant (I.P. n°8945) a un caryotype masculin normal 46, XY. Il n'a pas été observé de corpuscule de Barr sur le frottis buccal.


Fig. 4. - Caryotype du proposant réalisé après dénaturation ménagée de la préparation.

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Discussion

Deux points méritent discussion :

1) La coïncidence, cher un même individu, d'une aneuploïdïe sexuelle et d'une trisomie 21 est-elle plus fréquente que ne le voudrait le hasard ?

Une enquête systématique réalisée par Taylor et Moores en 1967 chez 4.934 nouveau-nés mâles non sélectionnés a détecté 11 cas de Klinefelter, deux d'entre eux étant de surcroît trisomiques 21 (7). Cet excès apparent n'est pas retrouvé dans l'enquête de Hecht et coll., qui révèle seulement 1 cas de Klinefelter parmi 772 trisomiques 21 (4). Cette fréquence n'est pas en désaccord avec notre expérience personnelle : parmi les 971 examens chromosomiques ayant mis en évidence une trisomie 21, on ne trouve en effet, outre l'observation rapportée ici, que celle de deux jumeaux monozygotes (9).

2) Existe-t-il un rapport entre la double aneuploïdie et le rétinoblastome de notre malade ?

Parmi les cinq trisomiques 21 atteints de rétinoblastome, deux seulement, dont le nôtre, ont fait l'objet d'un examen chromosomique. Dans ces deux cas, il existe une double aneuploidie : XXX + 21, chez la patiente de Day (1) ; XXY, +21 chez notre malade. Cette coïncidence amène à penser que l'expression d'une mutation nouvelle pourrait être en rapport avec la double aneuploïdie bien que cette corrélation ne puisse être statistiquement démontrée.


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Références

1. DAY R. W., WRIGHT S. W., KOONS A., QUIGLEY M. - XXX 21 trisomy and retinoblastoma. Lancet, 1963, ii, 154.

2. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J. - Sur une nouvelle technique d'analyse du caryotype humain. C.R. Acad. Sc., Paris, 1971, 272, série D, 2638.

3. FORD C. E., JONES K. W., MILLER Q. J., MITTWOCH U., PENROSE L, S., RIDLER M., SHAPIRO A. - The chromosomes in a patient showing botte mongolism and the Klinefelter syndrome. Lancet, 1959, i, 709.

4. HECHT F., NIEVAARD J. E., DUNCANSON N., MILLER J. R., HIGGINS J. V., KIMBERLING W. J., WALKER F. A,, SMITH G, S., THULINE H. C., TISCHLER B. Double aneuploidy ; the frequency caf XXY in moles with Down's syndrome. Amer. J. Hum. Genet., 1969, 21, 352.

5. JACKSON E. W., TURNER J. H., KLAUBER M. R., NORRIS F. D. - Down's syndrome variation of leukemia occurence in institutionalized populations. J. Chronic Dis., 1968, 21, 247.

6, MILLER R. W. - Neoplasia and down's syndrome. An. Acad. Sc., (New York), 1970, 171, 637.

7. TAYLOR A. C., MOORES E. C. - A sex chromatin survey of newborn children in two London hospitals. J. Med. Genet., 1947, 4, 258.

8. TAKTIKOS A. - Association of retinoblastoma with mental defect and other pathological manifestations, Brit. J. Opthal, 1964, 48, 495.

9. TURPIN R., THOYER-ROZAT J., LAFOURCADE J., LEJEUNE J., CAILLE B., KESSELER A. - Coïncidence de mongolisme et de syndrome de Klinefelter chez l'un et l'autre jumeaux d'une paire monozygote. Pédiatrie, 1964, 19, 43.