Ségrégation familiale d'une t(5p- ; 13q+). Analyse complémentaire à partir de spécimens préservés dans l'azote liquide

Sophie CARPENTIER, B. DUTRILLAUX, J. LAFOURCADE, R. BERGER, Marie-Odile RETHORÉ et J. LEJEUNE

CARPENTIER Sophie, DUTRILLAUX B., LAFOURCADE J., BERGER R., RETHORÉ Marie-Odile, LEJEUNE J. - Ségrégation familiale d'une t(5p- ; 13q+). Analyse complémentaire à partir de spécimens préservés dans l'azote liquide. Ann. Génét., 1972, 15, n°1, 57-60.


Résumé :

Lors d'une première étude d'un cas de t(5p- ; Dq+) familiale, des spécimens tissulaires avaient été stockés dans l'azote liquide. Ils ont été réutilisés dès l'apparition des techniques de mise en évidence de bandes chromosomiques, pour compléter l'observation en précisant le niveau de la délétion et la localisation sur le chromosome 13 du segment transloqué. Cette observation met l'accent sur l'intérêt d'une banque de chromosomes qui permet d'appliquer une technique nouvelle sans recourir à de nouveaux prélèvements fréquemment impossibles.

Sommaire

L'étude d'une translocation 5-D familiale précédemment décrite [1] a pu être complétée grâce aux techniques récentes de mise en évidence de bandes chromosomiques [2] et à l'utilisation des spécimens originaux conservés dans l'azote liquide [3] en vue d'investigations ultérieures.

On a pu, d'une part confirmer que la délétion intéressait un chromosome 5 et en préciser le niveau, d'autre part localiser sur un chromosome 13 le segment transloqué.

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Technique

Les cellules provenant du prélèvement de peau original avaient été congelées dans l'azote liquide en septembre 1969 après culture suivant une technique antérieurement décrite [3]. Après décongélation en octobre 1971, les cellules sont remises en culture dans des flacons plastiques type Falcon, puis transférées sur lamelles dans des tubes de Leighton. Les cellules, cultivées sur lamelles 48 à 72 h dans le milieu de Eagle additionné de 10 % de sérum de veau, sont soumises à un choc hypotonique (sérum 1/6) à 37° pendant 30 mn. Elles sont ensuite fixées sur leur lamelle pendant 45 mn dans un mélange d'alcool éthylique absolu 6 parties, chloroforme 3 parties et acide acétique 1 partie, et séchées à l'air libre.

La mise en évidence de bandes sur les chromosomes est réalisée par coloration après traitement par la chaleur des cellules suivant la technique originale de Dutrillaux et Lejeune [2] adaptée aux tissus : les lamelles supportant les cellules sont plongées 10 mn dans une solution tampon phosphate (KH2 PO4 7,39 g, eau bidistillée 1000 ml) ajustée au pH 6,5 par Na2 HPO4, 2 H2O et maintenue à 86-87°.

Les lamelle sont ensuite rincées à l'eau courante pendant 5 mn, puis colorées pendant 10 mn dans une solution de Giemsa (4 ml d'une solution de Giemsa Biolyon, 4 ml d'une solution tampon KH2 PO4 à pH 6.7 et 92 ml d'eau bidistillée). Les lamelles sont ensuite rincées à l'eau courante, mises à sécher à l'air libre et montées sur une lame avec de l'Eukitt.

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Observations

Dans cette famille (I.P. N° 869) (fig. 1), l'étude des bandes a été faite chez la mère porteuse de la translocation (II, 3), chez l'enfant porteur d'une délétion du bras court du chromosome 5 (III, 8) et atteint de maladie du cri du chat typique, et chez l'enfant (III, 3) porteur d'une trisomie partielle pour le bras court du chromosome 5 (fig. 2).

Chez la mère II,3, cette analyse confirme la translocation (Bp- ; Dq+) et permet d'obtenir les précisions suivantes :

1) le chromosome Bp- est un chromosome 5, reconnu par la coloration caractéristique de la partie distale du bras long. Le bras court comporte seulement la première bande sombre juxtacentrométrique et paraît avoir perdu la bande terminale ainsi qu'une partie de la bande claire intermédiaire ;

2) les chromosomes des paires 14 et 15 sont normaux. L'un des 13 est normal, reconnu par les deux bandes juxtacentromériques séparées de la bande terminale par une bande de coloration peu intense. L'autre chromosome 13 présente une séquence de bandes identiques, à laquelle s'ajoute une bande foncée supplémentaire séparée de la bande terminale normale par une bande peu colorée.

On en conclut que le segment excédentaire, bande claire suivie d'une bande terminale sombre, correspond exactement à la portion distale du bras court du chromosome 5.

Chez l'enfant III,8 atteint de maladie du cri du chat, les chromosomes D sont taus normaux et le chromosome Bp- manque de la bande terminale du bras court et d'une partie de la bande intermédiaire. Cet élément est donc bien identique au 5p- la mère.

Chez l'enfant III,3, les deux chromosomes 5 sont normaux et les paires 14 et 15 le sont aussi. L'un des chromosomes 13 est normal. L'autre parte une séquence identique à celle du 13q+ de la mère ; c'est-à -dire l'addition d'une bande claire et d'une bande sombre à sa partie terminale.

L'enfant est donc porteur d'un segment excédentaire correspondant à la bande terminale sombre et à une partie de la bande intermédiaire du bras court du 5.

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Conclusion

La méthode de dénaturation [2] a permis de définir précisémment la délétion du bras court du chromosome 5 dans cette famille. L'intérêt tout particulier de la conservation des prélèvements originaux dans la banque de caryotypes [3] est bien illustré par cette analyse. Ces remaniements exceptionnels immédiatement disponibles permettent d'appliquer une technique nouvelle sans qu'il soit nécessaire de recourir à un nouveau prélèvement fréquemment impossible.


Fig. 1. - Arbre généalogique.


Fig. 2.


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Bibliographie

1. LEJEUNE J., LAFOURCADE J., BERGER R., RETHORÉ M.O., 1965. - Maladie du cri du chat et sa réciproque. Ann. Génét., 8, 1, 11.

2. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J., 1971. - Sur une nouvelle technique d'analyse du caryotype humain. C..R. Acad. Sci. (Paris), 272, 2638-2639.

3. CARPENTIER S., LEJEUNE J., 1970. - Banque de cellules diploïdes humaines à caryotypes anormaux. Ann. Génét., 13, 2, 135-140.