Histoire naturelle des hommes

Jérôme Lejeune

Collection SIDEF C.L.C. éditeur, 49 rue des Renaudes, 75017 Paris


Sommaire

L'autorité mondiale des travaux scientifiques du Dr Jé-rôme Lejeune, professeur de génétique fondamentale à la faculté de médecine de Paris, a été un élément décisif dans l'action qu'il a menée inlassablement ces dernières années, par ses conférences, ses interviews, ses communications, contre la libéralisation de l'avortement.

Si nul ne conteste aujourd'hui qu' " à chaque instant de son développement, le fruit de la conception est un être vivant ", et que " ses particularités le rendent unique et donc irremplaçable ", c'est certainement en grande partie à cette autorité qu'on le doit.

L'éducation des Hommes est un immense effort et chacun s'accorde à penser qu'il doit commencer tôt et durer fort longtemps.

Curieusement, l'un des points généralement omis est l'édu-cation des hommes sur leur propre nature. Il semblerait qu'une vague d'ignorance, voire d'obscurantisme se soit soudain abat-tue sur le pays au point que certains personnages, même des plus huppés, s'interrogent fort gravement sur les façons de mesurer le respect que nos contemporains doivent à leurs semblables.

C'est ainsi que de grandes consciences, tout à fait profes-sionnelles de la chose, se demandent si ce respect se mesure en kilos, en centimètres ou en années, vu qu'ils déterminent la respectabilité d'autrui en fonction de la taille, du poids, de l'âge ou des capacités physiologiques de ce dernier.

Une telle métrique de l'Homme est assurément très bizarre, mais elle aurait pour effet, tout au moins dans l'esprit de ses promoteurs, de permettre l'élimination de gêneurs qui n'auraient point acquis les qualités métriques, chronologiques et fonction-nelles que ces mesureurs d'hommes ont décidé d'établir.

Comme à notre époque on discute de tout et de rien avec une égale avidité, un sujet aussi grave ne peut être écarté à condition qu'on veuille bien en discuter sans passion et d'en-tière bonne foi. C'est-à -dire à condition de ne solliciter ni la Science ni la Nature pour tenter de leur faire dire ce qu'elles ne disent point, mais bien plutôt pour que les décisions se rangent à leur verdict; c'est-à -dire se soumettent à la réalité.

La Science, vous le savez, est une école de modestie. Non point que les savants aient pour la modestie une vive attirance mais parce que la Nature se charge de l'imposer. Le seul pos-tulat d'objectivité sur lequel la Science se fonde est que le monde existe et qu'il a ses propres lois, tout à fait indépendantes de notre opinion. S'il se trouve qu'une théorie ne soit pas en désaccord avec les faits, nous l'acceptons toujours sous bénéfice d'inventaire, c'est-à -dire faute de mieux, ou plutôt, en attendant mieux. Par contre, si la théorie est contredite par les faits, c'est le monde qui a raison et non le théoricien qui en disserte.

Aussi lorsqu'il s'agit de la nature des hommes, les opinions sont-elles de médiocre importance, et si je les rappelle briève-ment, ce ne sera que pour nous référer ensuite à la réalité telle que la Science d'aujourd'hui nous permet de la cerner.

L'opinion prévalente est très généralement que les adultes sont respectables, voire aussi les enfants qui peuvent se révolter, mais qu'aux extrêmes de la vie, la faiblesse du début et la défaillance de la fin laissent plus de latitude aux évaluations.

Pour les avorteurs par exemple, deux écoles se font jour; les uns exigent l'avortement de convenance, les autres demandent l'avortement à leur convenance. D'où deux démarches juri-diques, les uns réclamant l'avortement sans loi, les autres pro-posant des listes de proscription.

C'est la seule différence entre les deux groupes, les uns avor-tant tous azimuths, les autres exploitant un secteur privilégié.

Dans les deux camps, l'opinion se fonde sur une assertion fort simple, à savoir : un fœtus n'est pas un être humain. Comme tout le reste en découle, je voudrais envisager ce point très simple : le fœtus est-il un être humain, en évitant toute référence théologique, philosophique ou sociale, mais en regardant simplement ce que sait la médecine et ce que lui enseigne la réalité.

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La nature humaine

La première des choses, c'est que lorsqu'on nous demande si une cellule, un de ces minuscules éléments qui composent tout notre corps, est humaine ou animale, nous pouvons répondre et répondre avec une certitude absolue. Ceci n'était pas vrai il y a quelques 10 ans; personne alors n'était capable de reconnaître une cellule d'homme de celle d'un chimpanzé. A l'heure actuelle, il suffit de la mettre sous le microscope, et un hon-nête élève du certificat de cytogénétique vous répondra : " ça, c'est de l'homme; ça, c'est du chimpanzé "; et si par mégarde il se trompait, on le collerait. Autrement dit, on peut dire qu'une cellule est issue d'un être humain ou non, sans aucune ambiguïté.

Cette reconnaissance est possible parce que le patrimoine héréditaire est porté par des petits bâtonnets appelés chromo-somes, et que tous les hommes portent des chromosomes de même nombre et de même forme. Mis à part quelques accidents, quelques maladies heureusement très rares, on retrouve exacte-ment la même constitution chromosomique chez un Hottentot, ou un Norvégien, un Chinois du Nord ou un Pygmée d'Afrique; d'où la notion très évidente qu'il existe une nature particulière à l'homme, une nature humaine, et que tous les hommes la possèdent.

Si l'on réfléchit sur ce point, on s'aperçoit que ce que nous savons du patrimoine génétique des espèces nous permet d'affir-mer et ceci au-delà de tout doute raisonnable, que l'état actuel de l'humanité ne peut s'expliquer que par l'apparition d'une constitution humaine, d'une nature humaine, née, en un temps fort reculé, sur un rameau extraordinairement restreint. Sans exagérer et sans solliciter les mots, l'antique idée que les hommes sont frères, n'est pas une opinion de philosophe ou un espoir de théologien, c'est la constatation d'un fait. Pour rendre compte en effet de la concordance et de la compatibilité chromosomique de tous les hommes sur la planète, (ce qui n'est pas le cas pour les autres espèces, par exemple les chimpanzés), il est nécessaire d'imaginer qu'ils proviennent tous des mêmes ancêtres, et le test statistique le plus élémentaire nous démontre aisément que la solution la moins improbable est l'apparition subite d'une nouvelle nature d'un seul coup, une seule fois et dans un couple unique. Ceci ne correspond pas à l'hypothèse darwi-nienne qu'on enseigne encore dans les écoles; elle a fait son temps, l'hypothèse darwinienne, elle a été utile. Il se trouve simplement qu'en fonction de ce que nous savons depuis une dizaine d'années, elle ne cadre plus avec les faits. On ne le dit pas encore beaucoup, bien sûr, pour ne pas troubler les esprits engagés; c'est pour l'instant encore des recherches de laboratoire, mais ça commence déjà à se murmurer entre spécialistes éton-nés.

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L'être humain

Après cette première constatation sur une " nature humaine ", pouvons-nous allier plus loin ? Devant telle cellule particulière, saurions-nous dire : cette cellule est une cellule ordinaire, ou bien déjà un nouvel être vivant appartenant à l'espèce que nous examinons ? La réponse est oui. Nous savons cultiver, par exemple, des cellules prélevées chez un individu; les mettre dans un tube, en fabriquer éventuellement des kilogrammes, des centaines de kilogrammes, voire beaucoup plus qu'en a jamais représenté l'individu dont on retire ces quelques cellules, mais il n'apparaît jamais un fœtus à l'intérieur de la bouteille. Ce sont des cellules ordinaires capables de collaborer avec d'autres cellules dans un organisme déjà fait, mais ayant perdu toute possibilité de constituer un nouvel organisme. Par contre certaines cellules, très exactement l'œuf fécondé après l'union d'un spermatozoïde et d'un ovule, est non seulement capable de faire un être humain, mais est déjà , au sens le plus strict du terme, un nouvel être humain. Comment le savons-nous ? Un peu par induction, un peu aussi par élimination des autres possibilités. Et c'est cela que je voudrais examiner brièvement avec vous. Même s'il est un peu ennuyeux d'exposer les données expérimentales, je pense que lorsqu'il s'agit de l'homme, nous avons tous le devoir de connaître les conclusions scientifiques sans entrer nécessairement dans le détail des opérations.

Lorsque nous parlons d'un être humain, se profile immédia-tement dans notre esprit la notion d'un individu. D'un individu en ce sens qu'il est une entité en lui-même telle qu'il n'y en a pas une autre qui lui soit strictement identique dans le monde, et que, d'autre part, il soit tellement lui-même dans chaque par-tie de son corps que, si on le coupait en deux, ça ne ferait pas deux individus, mais deux moitiés d'un individu mort.

Mais savons-nous, dans notre espèce, à partir de quel moment l'individu est définitivement établi ?

Le début de la vie est extrêmement bref puisqu'il consiste en la pénétration d'un spermatozoïde dans un ovule et en la division de cette première cellule. Très rapidement des divisions subintrantes augmentent le nombre des cellules par des puissances de 2 (2 puis 4 puis 8 puis 16 etc.); mais cet individu, au sens d'un et d'unique, à quel instant précis est-il réalisé ? Le bon sens nous répond : ça doit être au début, juste après la fécon-dation. Mais la pathologie peut fournir une autre réponse, et dire à partir de quel moment il n'est déjà plus possible de défaire cette individualité, de modifier ce processus sans détruire l'être qui se développe.

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L'un et les chimères

Vous savez qu'on enseignait jusqu'à il y a 10 ans environ, que chacun de nous est issu d'un seul œuf fécondé. Que notre corps, toute notre constitution n'est que l'amplification de l'information primitive qui se trouvait dans la première cellule. L'on a cru cela très longtemps, et c'est vrai en première appro-ximation, mais pas toujours entièrement vrai. On connaît des exceptions. Ainsi parfois, deux œufs fécondés différents colla-borent pour former un seul individu.

Une telle éventualité est extrêmement rare, mais peut être démontrée lorsque, par malchance, l'un des œufs devait donner un garçon et l'autre devait donner une fille. Les sujets qui en résultent ont une constitution sexuelle anormale, moitié mas-culine, moitié féminine, d'où leur nom d'hermaphrodites. On peut démontrer effectivement qu'ils sont de véritables " chi-mères " et qu'ils possèdent côte à côte des cellules féminines et des cellules masculines comme si deux jumeaux, un garçon et une fille, au lieu de se développer séparément chacun pour son compte, avaient collaboré pour constituer ensemble une personne unique possédant deux natures.

A quel stade est-ce que ceci est encore possible, nous ne le savons pas chez l'homme, mais on a pu le rechercher chez l'ani-mal. Une des particularités de la science est en effet de ne pou-voir égaler les réussites de la nature, mais d'imiter relativement facilement ses faux-pas. On a ainsi reproduit cette erreur de fé-condation chez la souris. A partir de tout petits souriceaux (juste après la fécondation) des chercheurs sont parvenu à pré-lever une cellule de chaque, à rassembler les cellules, et à les planter dans une souris femelle judicieusement préparée avec des hormones. Il naît alors des petites souris provenant de plusieurs embryons et le record actuel est un petit animal doté de quatre pères et quatre mères; bien entendu, les généticiens avaient judicieusement choisi les parents qui différaient pour la couleur du pelage; et cette souris composée portait sur son corps des taches qui venaient, les unes d'un certain couple parental, les autres d'un autre et l'on pouvait donc reconnaître sa multiparenté.

A quel moment est-il encore possible de frauder ainsi l'indi-vidualité de l'œuf nouveau qui se développe ? Chez la souris, c'est très simple, ça ne peut pas se faire quand on a dépassé le stade de 16, 32 ou 64 cellules. Rapporté au développement humain, cela voudrait dire 24 à 48 heures. Chez l'homme, les cas que nous connaissons sont très vraisemblablement survenus non pas si tardivement (car cela nécessite une manipulation délicate, tout à fait impossible dans les conditions naturelles), mais très vraisemblablement, au moment même de la fécon-dation.

Cette première exception à la loi de l'individu entièrement un est donc extrêmement précoce et l'indétermination ne s'étend certainement pas au-delà d'un ou deux jours après la fécon-dation,

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L'unique et les jumeaux

L'autre caractéristique de l'individu est d'être unique, parce qu'il n'en existe pas un autre strictement comparable, strictement identique, dans l'ensemble de la population du monde. Cela est vrai; mais cet individu unique peut parfois se présenter sous une forme étrange qui résulte de la division du premier œuf en deux jumeaux qui, cette fois-ci, sont des jumeaux identiques; les jumeaux dont je vous parlais tout à l'heure, en parlant de l'individu composé de deux types de cellules différentes, étaient des jumeaux fraternels nés chacun d'un ovule et d'un sperma-tozoïde, c'est-à -dire simplement un frère et une sœur qui avaient passé leur jeunesse dans le même utérus et au même moment. Mais les jumeaux dont je veux vous parler maintenant, ce sont des jumeaux provenant du même œuf fécondé, ayant donc néces-sairement la même constitution génétique. Personne ne doute cependant que des jumeaux identiques ne soient deux individus différents; eux-mêmes se prennent indiscutablement pour des êtres humains à part entière. Et si d'aucuns voulaient leur contester ce point, ils ne l'admettraient en aucune manière.

Ici nous sommes en face du contraire de l'exception précé-dente : tout à l'heure, on prenait deux natures pour en faire une seule personne; et maintenant, on prend une seule nature qui se partage en deux personnes, voire en trois s'il s'agit des triplés.

Nous ne savons pas exactement à quel moment se produit cet accident; mais nous savons à partir de quel moment il ne pourrait plus se produire, parce qu'au fur et à mesure que les cellules se développent, elles s'organisent, créent progressive-ment une forme, et constituent l'essentiel même de ce que sera ensuite un homme, à savoir l'ébauche du système nerveux cen-tral. Cela est terminé au 15e jour de la grossesse et c'est en fait largement débuté vers le 8e jour. Ce qui nous permet de dire avec une certitude absolue, qu'au-delà de 15 jours il serait totalement impossible de sortir deux personnes d'une même nature géné-tique. Plus tard, on pourrait toujours découper, on ne ferait que mutiler un individu sans pouvoir en sortir deux êtres humains distincts.

Par induction, car nous n'en avons pas de preuves expéri-mentales, il paraît extrêmement vraisemblable que les vrais jumeaux se forment très précocement et presque au moment de la fécondation. La première cellule en effet se divise en 2 cel-lules, avant même que les patrimoines génétiques se soient entièrement rencontrés, et c'est à ce moment là que ces deux cellules peuvent se séparer et évoluer chacune pour son compte donnant deux êtres humains partageant entre eux les mêmes tables de la loi de la vie.

Finalement, cela nous amène à considérer que ces jumeaux qui nous paraissent une exception à la notion d'être humain, d'individu très précocement déterminé, en sont, en fait, une très bonne démonstration puisque cette exception n'est pas pos-sible au-delà d'un stade qui finalement est extrêmement précoce.

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Les origines

Par manière de parenthèse, je voudrais vous signaler que contrairement à ce que l'on pense, et à ce que l'on a cru jusqu'à ces dernières années, les jumeaux identiques, c'est-à -dire nés du même œuf, ne sont pas toujours totalement simi-laires : il peut arriver (c'est extraordinairement rare, mais on en connaît quelques cas dans le monde) qu'au moment de la séparation des deux cellules, l'une d'elles ne reçoive pas un patrimoine chromosomique équitable et qu'elle possède en trop ou en moins, un chromosome ou un morceau de chromosome. Il en résulte deux jumeaux qui se ressemblent pour tous les caractères qu'il est possible d'examiner sauf pour un caractère particulier, celui porté par ce chromosome.

C'est ainsi que l'on connaît des jumeaux dont l'un est strictement normal et l'autre trisomique 21 (maladie que l'on appelait autrefois mongolisme); le jumeau malade a très exactement la même constitution génétique que son frère bien portant, plus la maladie. Mais si vous examiniez leur groupe sanguin, si vous regardiez la compatibilité d'une greffe de peau de l'un sur l'autre, vous auriez l'impression d'être devant la même " nature " au sens de sa définition biologique et immunologique.

Le cas est encore plus frappant lorsque l'erreur porte sur un chromosome sexuel. C'est extrêmement rare, mais on connaît des couples de jumeaux dont l'un est un garçon parfaitement cons-titué, et l'autre est une fille un peu anormale. Au moment de la séparation en deux cellules primordiales, l'une d'elles a gardé son X et son Y, et donne un garçon normal; l'autre a perdu l'Y et donne une femme imparfaite, car une femme peut vivre avec un seul chromosome X, mais il lui en faut deux pour que sa féminité soit pleinement développée. L'on voit alors une même nature (mis à part le déterminisme sexuel) donner deux individus extrêmement différents puisque l'un est un garçon normal et l'autre une fille imparfaite qui n'aura pas de dévelop-pement des seins, n'aura pas de règles et sera stérile, mais qui cependant est bien une femme.

Ceci soulève une certaine interrogation et surtout chez les sujets qui en sont atteints. Pour vous en donner un exemple : cette jeune fille qui est en quelque sorte un garçon dont on aurait enlevé le chromosome Y, cette jeune fille se plaignait d'un trouble psychologique extrêmement curieux : elle prétendait que lors-qu'elle se regardait dans un miroir, elle voyait son frère. Ce symptôme, loin d'être un signe alarmant, révélait simplement chez cette jeune fille une extraordinaire intuition d'une réalité biologique qu'elle ignorait absolument. Pour le généticien, elle est en effet très exactement un fragment de son frère dont elle est issue.

Cette méthode de sortir une femme à partir d'un fragment d'homme n'est pas un conte à plaisir inventé, c'est la pathologie humaine qui nous l'enseigne. Vous voyez cependant qu'un tel phénomène présente une parenté certaine avec une histoire fort ancienne qu'on n'enseigne plus toujours dans certains caté-chismes modernes : celle d'Adam et d'Eve.

Ne me faites pas dire et ne croyez surtout pas qu'Adam et Eve se soient exactement produits de cette façon-là ; mais, ce qui vaut la peine d'être remarqué, c'est que ce " conte popu-laire ", cette " poésie orientale ", comme d'aucuns la qualifient, soit un processus qui non seulement a toujours existé mais se produit encore de nos jours, bien que nous le classions habituel-lement comme un événement pathologique. Il n'est nullement exclu que dans quelques 10 ans, on enseigne dans les facultés que la façon de fabriquer des espèces nouvelles, c'est de consti-tuer un couple unique d'abord et d'en sortir ensuite une nou-velle espèce. Ce que je vous dis en ce moment est parfaitement hérétique (au sens de la Sorbonne), mais vous pouvez le répéter si vous voulez; si vous dites que c'est moi qui vous l'ai dit, on ne vous en croira pas plus, mais au moins ne vous soupçonnera-t-on pas de l'avoir inventé !

L'évolution de la science n'est pas aussi rapide qu'on pourrait l'espérer, mais quand une solution, même classique et connue de tous,e st véritablement la meilleure, les évolutionnistes eux-mêmes finissent bien par s'en aviser.

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Les " manipulations "

Ces réflexions sur les origines de l'être humain sont pleine-ment rassurantes quant au début de l'individu; mais les expériences sur lesquelles elles reposent peuvent apporter quelque inquiétude pour l'avenir.

S'il est possible de confectionner des souris dotées de plu-sieurs pères et de plusieurs mères, et, pour ainsi dire, de bricoler le matériel génétique, on peut se demander : " Ce que certains font sur l'animal, pourquoi d'autres ne le feraient-ils pas chez l'homme ?" Et nous vivons en ce moment, une nouvelle époque de la biologie; car il est vrai que nous aurions déjà , si nous le voulions, un certain pouvoir d'intervention dans la biologie hu-maine, je dis un certain pouvoir, parce qu'il ne faut quand même pas trop se hausser du col et nous ne pouvons pas encore grand chose; mais on en saurait déjà assez pour faire pas mal de bêtises et pas mal de dégâts.

C'est vrai qu'il serait possible par exemple, de fabriquer artificiellement les chimères dont je vous parlais et de le faire chez l'homme; l'intérêt, au sens de l'individu, serait nul, et au sens de l'accroissement de nos connaissances, il serait probablement très inférieur à ce que l'on pourrait tirer de l'expérimentation chez l'animal; mais certains expérimentateurs curieux et désireux de se faire un nom dans la littérature, pourraient effectivement tenter des opérations de ce genre. Il n'est pas exclu non plus, que l'on puisse manipuler certaines des fonctions des premières cellules qui déterminent la vie de l'individu..

Quelles que soient les mauvaises intentions de certains, ils ne sont pas encore capables de les mettre vraiment à exécution; mais il faut que vous sachiez que c'est quelque chose dont l'en-semble des hommes aura à débattre dans les années qui viennent. Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley ou plus exactement le " plus terrible des mondes " est en train de se construire doucement sous nos yeux, et c'est sur un grand nombre de catas-trophes individuelles qu'il risque de se fonder.

Je ne vous en parlerai guère car cela sortirait beaucoup trop de notre propos d'aujourd'hui; je vous signale simplement que dans son livre les Nouveaux Pygmalions mon ami le Dr de Grouchy a fort sérieusement étudié ces dangers (Gauthier-Villars, 1973, 166 p., 32 F). Pour lui, ces biologistes veulent jouer le rôle de ce sculpteur antique qui devint amoureux de la statue sortie de ses mains et qui obtint des dieux la grâce très ambiguë de voir s'animer pour lui sa propre créature. Et comme chacun le sait, Pygmalion ne fut pas heureux avec Galatée.

Comme le dit fort bien le Dr de Grouchy : en prétendant modeler l'humanité à leur guise ces expérimentateurs succom-beraient à la tentation permanente de l'apprenti-sorcier. Vrai-semblablement, l'homme ne sera jamais tout à fait sorcier mais on connaît le triste sort de l'apprenti-sorcier.

Pour l'instant cependant, les gens qui veulent intervenir sur le début de l'existence humaine n'en sont pas à prétendre l'améliorer ; relativement plus modestes mais tout aussi dangereux, ils veulent simplement la supprimer quand elle les gène pour diverses raisons.

Tous reconnaissent fort bien la réalité des faits que nous venons d'exposer; mais disent-ils, une individualité biologique est une si petite chose qu'on ne devrait pas s'en préoccuper autant que vous le faites : " C'est tout petit, ça ne crie pas, et toute la science ici ne peut nous retenir. "

Alors il est nécessaire de se demander si la pathologie hu-maine que nous venons d'évoquer résume toute la connaissance et si les spécialistes qui scrutent les mécanismes précis de la reproduction peuvent nous affirmer que la définition de l'individu et de toutes les qualités qu'il manifestera plus tard est bien présente dès la fécondation. Pour plus d'impartialité, nous le demanderons aux théoriciens les plus rigoureux et surtout aux matérialistes de plus stricte obédience.

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Le message de vie

Vous savez que les chromosomes dont je vous ai parié, sont de petits bâtonnets dans le noyau des cellules, mais ces petits bâtonnets sont extraordinairement compliqués. Je vous ai parlé de la table de la loi de la vie; j'aurais mieux fait de prendre pour image, le rouleau qui servait autrefois à inscrire les versets de la Bible. En fait, un chromosome est un rouleau d'un fil extra-ordinairement fin, fil qui ressemble à celui des premiers magné-tophones. Sur ce fil, est inscrite une quantité d'informations comme sur une bande magnétique. Imaginez que vous ayez fait emplette d'une mini-cassette sur laquelle se trouve enregistrée la Petite Musique de Nuit. Si vous avez un magnétophone en état de marche et que vous y mettiez la mini-cassette, il vous restituera la Petite Musique de Nuit. Mais si vous examinez la bande magnétique, il n'y a pas d'orchestre dedans, il n'y a même pas de notes de musique écrites dessus. Pourtant sur cette bande il y a bien quelque chose ! Il y a très exactement un code. Des impulsions électriques ont changé légèrement l'aimantation à chaque point de la bande magnétique. Si ces changements d'aimantation sont lus par une tête de lecture appropriée, cette tête de lecture envoie un signal électrique, lequel fait fonctionner toute la machinerie électronique et, finalement, actionne un haut parleur qui restitue le message qui avait été codé par le micro. La vie, c'est un peu comme cela. Dans le chromosome, il y a un long fil très soigneusement boudiné sur lui-même pour fabriquer ces petits bâtonnets que nous voyons au microscope. Mais ici les dimensions surprennent. Vous savez qu'une cellule, c'est très petit; il en faudrait à peu près 100 mises côte à côte pour faire un millimètre. Or à l'intérieur de chacune d'elles, ou plus exactement du noyau de chacune d'elles, la ficelle dont nous parlions mesure physiquement un mètre de longueur. Vous vous rendez compte tout de suite que la ficelle doit être très fine, pour représenter un volume qui tiendrait à l'aise sur l'extré-mité d'une pointe d'épingle. Pour vous donner une autre image de cette miniaturisation extrême, supposez que nous allions chercher dans tous les œufs fécondés qui vont se produire pen-dant les prochaines années, les différentes ficelles d'A.D.N., sur lesquelles seront inscrites toutes les caractéristiques de chacun des trois milliards d'hommes qui nous remplaceront sur cette planète. Si on ramassait tous ces fils individuels et qu'on les rassemble en un point, ils tiendraient dans la moitié d'un dé à coudre ! Ceci donne une idée de la fantastique précision qu'uti-lise la nature pour inscrire l'information dans la matière.

La génétique moderne se résume à un credo élémentaire qui est celui-ci : au commencement il y a un message; ce message est dans la vie et ce message est la vie. Véritable paraphrase du début d'un très vieux livre que vous connaissez bien, ce credo est celui du généticien le plus matérialiste qui soit. Pour-quoi ? Parce que nous savons avec certitude que toutes les informations qui vont définir l'individu, qui vont lui dicter non seulement son développement mais sa conduite ultérieure, qui vont lui ordonner très exactement : " Tu auras les yeux bruns, tu auras les cheveux blonds, tu mesureras 1,73 m, tu vivras jusqu'à 82 ans et demi, sauf accident d'autobus ", et ainsi de suite, toutes ces caractéristiques sont inscrites dans la première cellule. Et nous le savons avec une certitude dépassant tout doute raisonnable parce que, si cette information n'était pas dès le début dans la première cellule et si elle n'y était pas entièrement enclose, elle n'y surviendrait jamais; car aucune information ne rentre dans un œuf après la fécondation. Plus on est matérialiste, plus on croit que l'homme est une accrétion de matière indéfectiblement conforme au déterminisme primitif, plus on est obligé d'admettre que l'homme débute tôt, puisqu'il commence obligatoirement au moment où toute l'information nécessaire et suffisante se trouve rassemblée, c'est-à -dire à la fécondation.

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La véritable histoire de Tom Pouce

Et le fait que l'être humain ne puisse se développer que dans l'utérus d'une mère ne modifie rien, comme le montre clairement le développement de l'œuf de poule.

Mais, dira-t-on, au tout début, deux ou trois jours après la fécondation, il n'existe encore qu'un tout petit amas de cellules. Que dis-je, c'est seulement une cellule pour commencer, celle qui provient de l'union de l'ovule et du spermatozoïde. Certes ces cellules se multiplient activement, mais cette petite mûre qui va se nicher dans la paroi de l'utérus est-elle vraiment déjà différente de sa mère ? Je pense bien, elle a déjà son individualité propre et, chose presque incroyable, est déjà capable de com-mander à l'organisme maternel. Ce minuscule embryon, au sixième ou septième jour, avec tout juste un millimètre et demi de taille hors-tout, prend immédiatement la direction des opéra-tions. C'est lui et lui seul qui stoppe les règles de sa mère en produisant une substance nouvelle qui oblige le corps jaune de l'ovaire à fonctionner.

Tout petit qu'il est, c'est lui qui, par un ordre chimique, force sa mère à lui 'conserver sa protection. Déjà il fait d'elle ce qu'il veut, et Dieu sait qu'il ne s'en privera pas dans les années à venir !

A quinze jours de retard de règles, c'est-à -dire à l'âge réel d'un mois puisque la fécondation ne peut avoir lieu qu'au quinzième jour du cycle, l'être humain mesure quatre millimètres et demi. Son cœur minuscule bat déjà depuis une semaine, ses bras, ses jambes, sa tête, son cerveau sont déjà ébauchés.

A soixante jours, c'est-à -dire deux mois d'âge, ou encore, un mois et demi de retard de règles, il mesure de la tête à la pointe des fesses quelques trois centimètres. Il tiendrait replié dans une coquille de noix. A l'intérieur d'un poing fermé, il serait invisible, et ce poing fermé l'écraserait par mégarde sans qu'on s'en aperçoive. Mais ouvrez votre main, il est quasiment terminé, mains, pieds, tête, organes, cerveau, tout est en place et ne fera plus que grossir. Regardez de plus près, vous pourriez déjà lire les lignes de la main et tirer la bonne aventure. Regar-dez de plus près encore, avec un microscope ordinaire et vous déchiffrerez ses empreintes digitales. Tout est là pour établir dès maintenant sa carte d'identité nationale. Le sexe paraît encore mal défini mais regardez de tout près la glande génitale; elle évolue déjà comme un testicule si c'est un garçon ou un ovaire si c'est une fille.

L'incroyable Tom Pouce, l'homme moins grand que mon pouce, existe réellement ; non point celui de la légende mais celui que chacun de nous a été.

Mais le cerveau, dira-t-on, ne sera terminé que vers 5 ou 6 mois. Mais non, mais non, il ne sera entièrement en place qu'à la naissance, ses innombrables connexions ne seront toutes établies qu'à 6 ou 7 ans (l'age de raison) et sa machinerie chi-mique et électrique ne sera complètement rodée qu'à quatorze ou quinze ans !

Mais le système nerveux, fonctionne-t-il déjà chez notre Tom Pouce de deux mois ? Mais oui, si sa lèvre supérieure est frôlée avec un cheveu, il bouge ses bras, son corps et sa tête dans un mouvement de fuite.

A trois mois, quand le même cheveu touche sa lèvre supé-rieure, il tourne la tête, louche, fronce les sourcils, serre les poings, serre les lèvres, puis sourit, ouvre la bouche et se con-sole en avalant une lampée de liquide amniotique. Parfois il nage vigoureusement la brasse dans sa bulle amniotique et en fait le tour en une seconde !

A quatre mois, il remue si vivement que sa mère perçoit ses mouvements. Grâce à la quasi-apesanteur de sa capsule de cosmonaute, il fait de nombreuses culbutes, performance qu'il mettra des années à réaliser à nouveau à l'air libre.

A cinq mois, il attrape fermement le minuscule bâton qu'on lui met dans la main et commence à sucer son pouce en atten-dant la délivrance.

Certes la plupart des enfants ne naissent qu'à neuf mois. Mais le plus précoce d'entre eux, qui se soit par la suite parfai-tement développé, n'avait pas cinq mois d'âge réel au moment de sa venue au monde !

Alors pourquoi discuter ? Pourquoi se demander si ces petits hommes existent réellement ? Pourquoi ratiociner et feindre comme un bactériologiste illustre que le système nerveux n'existe pas avant cinq mois ! Chaque jour la science nous découvre un peu plus ces merveilles de la vie cachée, ce monde grouillant de vie, des hommes minuscules, plus ravissant encore que celui des contes de nourrices. Car c'est sur cette histoire vraie que les contes furent inventés; et si les aventures de Tom Pouce ont toujours enchanté l'enfance, c'est que tous les enfants, tous les adultes que nous sommes, furent un jour un Tom Pouce dans le sein de leur mère.

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Les ergoteurs

C'est ainsi qu'on faisait l'éducation sexuelle à la manière ancienne. Autrement poétique et vraie que la désolante anatomie comparée de quelques cuistres libidineux !

Reste une intéressante variété de penseurs qui s'interrogent, non sur les faits mais sur l'interprétation qu'ils en voudraient tirer. Ainsi, en toute révérence, certains se demandent s'ils n'existerait pas une sorte d' " humanisation progressive " par laquelle un être indéfinissable s'humaniserait petit à petit au point d'accéder enfin au statut d'être humain. Cette infusion progressive par l'opération d'un esprit sociologico-parental, reste un processus mystérieux qui n'est point connu des biologistes, je vous le signale tout de suite. Ainsi la bovinisation progressive du petit de la vache est inconnue des éleveurs, et nous ignorons tout de la chimpanzisation progressive du fœtus de guenon. On est veau, singe ou homme, on ne le devient pas.

Alors pourquoi certains ergotent-ils ? Ce n'est pas tellement par ignorance ou parce que l'évidence ne leur semble pas suffi-sante; c'est bien plutôt parce que l'évidence est gênante et que certains de ces petits hommes qui sont abrités dans le ventre de leur mère sont parfois gênants. Grosso modo, ils les classent en catégories : ceux qui gênent les parents, et ceux qui gênent la société. Alors certains disent : les parents seuls jugeront et on avortera ceux qui les gêneront; d'autres disent : c'est la société qui jugera, et on avortera ceux qui gêneront la société.

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Les mal aimés

Quels sont ceux qui gênent les parents ? Les enfants qui ne sont pas attendus, pas désirés et pas acceptés, gênent les parents au moment où ils s'annoncent; et c'est vrai que certaines gros-sesses s'annoncent parfois dans des conditions dramatiques. Mais venir prétendre que tous les enfants non attendus, non désirés, non acceptés, seront tous rejetés et seront tous mal-heureux est une énorme contrevérité. Nous sommes statistique-ment sûrs que 98 % de la population actuellement existant sur le globe n'a pas été individuellement désirée, attendue ou accep-tée. Il se trouve que de ne pas avoir été désiré au moment de sa conception ou même de sa naissance n'est pas nécessairement une catastrophe pour chaque être humain.

La seconde catégorie, celle que la société envisagerait de supprimer, dans le fond, ce sont ceux qui coûtent cher, ceux qui ne sont pas comme les autres, ceux qui sont malades et qu'il faudra soigner, ceux qui sont handicapés et dont il faudra aider les parents, ceux pour lesquels il faudra dépenser de l'ar-gent, et qui ne seront pas " rentables " pour la société; et c'est ainsi que l'on parle fort gravement d'éliminer certains enfants, certains fœtus qui seraient frappés d'une maladie grave.

Alors je dirai peu de chose, et je voudrais terminer là -dessus, car j'ai déjà parlé trop longtemps : cela reviendrait à imaginer que les médecins vont, coiffés d'un bonnet pointu, hocher fort doctement du chef pour délibérer sur le sort des malades qui, ayant l'impertinence de ne pas se laisser guérir par leur art, seront condamnés à l'élimination. Car en fait, c'est bien de cela qu'il s'agit. Lorsqu'on nous propose de faire des avortements pour une certaine maladie, on nous propose très exactement de les tuer. Pourquoi ? Parce qu'on ne sait pas les guérir.

Pour vous donner un exemple : il y a 50 ans, on nous aurait demandé d'éliminer les goîtreux, à l'heure actuelle aucun manifeste d'avorteurs ne s'attaque aux goîtreux : pourquoi? parce qu'on sait les guérir. Il y a 20 ans, on nous eût instru-menté contre les phénylcétonuriques, et si l'on n'ose plus le faire, c'est parce qu'on sait les guérir. Il y a 10 ans, on eût requis contre les galactosémiques et les malades atteints de Maladie de Wilson, et s'ils ne figurent plus sur les listes de proscription, c'est parce qu'on sait les guérir.

Alors toute cette dialectique qui prétend mesurer le droit à la vie en fonction des possibilités de guérison, revient à proposer de lutter contre les maladies en éliminant les malades, à supprimer un fléau en éliminant les victimes.

Car il ne faut pas s'y tromper, cela s'est déjà fait. Lorsque Pasteur était enfant, on étouffait encore les enragés entre deux matelas, à Paris. Et l'histoire nous enseigne que ce ne sont pas les gens qui proposaient d'étouffer les enragés ou de brûler les pestiférés dans leur maison qui ont libéré l'humanité de la peste et de la rage. Pourquoi ? Parce que la Science ne peut pas s'édifier sur un contresens au départ.

Pour prendre un autre exemple, les biologistes nazis n'étaient ni meilleurs ni pires, scientifiquement parlant, que les autres ignorants des facultés comme nous tous. Et si toutes leurs expé-riences n'ont rien apporté à la science, c'est parce qu'ils partaient du contresens atroce : un prisonnier n'est pas un homme. Et l'on ne peut bâtir sur une hypothèse fausse; comme je vous le disais tout à l'heure, le théoricien n'a jamais raison contre la nature et les faits sont têtus. Aussi le nouveau contresens, un fœtus n'est pas un homme, est-il la même erreur et conduit-il à la même impasse.

Et puis il reste une dernière chose : c'est le but même de la Médecine. Inventée pour guérir, pour lutter contre les maladies en soulageant les malades, la médecine ne peut pas changer de camp.

C'est bien vrai qu'on abat les chevaux, mais on soigne les cavaliers. Si la société voulait qu'on achève les accidentés de la route, et la route de la vie est longue et commence très tôt, elle aurait troqué la médecine pour l'art vétérinaire.

A tout prendre, la biologie de la femme est relativement proche de celle de la vache, mais si depuis toujours, on a recours à deux sortes de biologistes, c'est qu'on connaît fort bien la diffé-rence de nature qui sépare l'homme des animaux.

Alors le dilemme qui s'offre à nous n'est pas celui que les avorteurs voudraient nous imposer : ou bien vous nous aidez à éliminer les indésirés et vous participez au massacre des inno-cents - ou bien vous refusez de les condamner et vous vous en lavez les mains. Eh bien non ! Notre choix n'est pas entre le rôle d'Hérode et celui de Pilate. Il est très exactement entre deux conceptions de la science.

Dans l'hypothèse désespérée, la recherche est finie, la bataille est perdue et les médecins doivent être des nettoyeurs de tran-chées. Dans la seconde hypothèse, la découverte est à peine commencée, le destin malheureux doit être redressé et les malades ont toujours les médecins pour eux.

Depuis des millénaires la médecine a choisi. Elle se bat sans relâche contre la maladie et contre la mort, pour la santé et pour la vie. Et s'il est vrai parfois que la nature condamne, notre devoir n'est pas d'exécuter la sentence mais toujours de tenter de commuer la peine.