Enfant trisomique 21 libre et translocation t(14q 22q) maternelle

A. FORABOSCO1, B. DUTRILLAUX2, G. TONI et J. LEJEUNE2

FORABOSCO A., DUTRILLAUX B., TONI G., LEJEUNE J. (1973). - Enfant trisomique 21 libre et translocation t (I4q 22q) maternelle. Ann. Génét., 16, n° 1, 57-59.


Résumé :

Une translocation t(DqGq) observée chez la mère d'un trisomique 21 à 47,XY, + 21, se révèle être une t(14q 22q), après analyse en dénaturation ménagée. Un effet interchromosomique est envisagé, pour expliquer la survenue de la trisomie 21.

Sommaire

L'examen du caryotype d'un enfant présentant les symptômes d'une trisomie 21 et de ses parents montre l'existence d'une trisomie 21 libre chez l'enfant et d'une translocation t(DqGq) chez la mère.

Cette curieuse observation nous amène à refaire l'examen après dénaturation ménagée qui identifie la translocation comme une t(14q22q).

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Observation

L'enfant est né au terme d'une grossesse normale de parents bien portants, âgés respectivement de 32 ans pour le père et de 24 ans pour la mère.

Le diagnostic de trisomie 21 n'est porté qu'à l'âge de 8 mois et l'on demande alors une confirmation du diagnostic par analyse chromosomique. A l'occasion de cet examen une étude clinique de l'enfant montre tous les signes caractéristiques de l'affection.

En particulier les dermatoglyphes sont tout à fait typiques d'une trisomie 21.

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Observation cytogénétique.

Après culture de cellules sanguines selon la méthode habituelle une analyse après coloration classique est réalisée.

On observe alors chez le proposant (III1 fig. 1) l'existence de 6 éléments du groupe G, ce qui fait porter le diagnostic de trisomie 21 libre.

Le père (II1) possède un caryotype normal à 46,XY. Chez la mère (II2) on n'observe que 3 éléments dans le groupe G et 5 dans le groupe D et la présence d'un submétacentrique surnuméraire témoigne d'une translocation t(DqGq).

La même translocation est retrouvée chez la grand-mère (I2) et la tante (II3) maternelles alors que le grand-père maternel (I1) possède un caryotype normal.

Un nouvel examen par dénaturation ménagée des préparations vieilles de 5 mois, de la mère et de la grand-mère du proposant [1, 5] montre la présence de 2 chromosomes 21 libres et d'un seul 22. L'un des 14 manque également et l'on observe un chromosome pouvant résulter d'une translocation t(14q22q) (fig. 2).


Fig. 1. - Arbre généalogique de la famille. N Homme normal. Rond pointé : Femme porteuse de la translocation. Carré noir : Enfant trisomique 21 à 47,XY,+21.


Fig. 2 - Caryotype de la mère du proposant.

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Discussion

En cas de translocation du chromosome 21, et en particulier d'une t(Dq21q) la survenue d'une trisomie 21, fréquemment observée dans la descendance [2] s'explique habituellement par la malségrégation du 21 libre en première division méiotique [4].

Une telle éventualité est ici impossible du fait que l'enfant n'a pas reçu la translocation.

Avant que l'on ne connaisse la nature des chromosomes remaniés on pouvait donc envisager deux hypothèses.

1°) La trisomie 21 de l'enfant et la translocation de la mère sont sans relation. Dans ce cas, la translocation peut toucher indifféremment le 21 ou le 22 et la malségrégation a pu se produire soit en première ou en deuxième division méiotique de la gamétogenèse du père, soit en deuxième division méiotique de la gamétogenèse de la mère.

2°) La translocation ne touche pas un 21 mais un 22, et la trisomie 21 de l'enfant résulte d'un effet interchromosomique [6]. Elle provient dans ce cas, d'une malségrégation en première division de la méiose maternelle.

Il va de soi que l'identification, cher la mère, d'une translocation t(Dq21q) eut été très en faveur de la première hypothèse, et inversement, l'identification d'une t(Dq22q) très en faveur de la seconde.

L'analyse en dénaturation ménagée, réalisée secondairement, identifiait une t(14q22q) apportant une démonstration quasi expérimentale de l'effet roterchromosomique dans notre espèce, dont l'existence avait été vérifiée statistiquement pour les translocations t(DqDq) [3].

Un cas semblable, où la mère, porteuse d'une t(DqGq) avait eu un enfant atteint de trisomie 21 libre avait déjà été rapporté en 191 par Moorhead et coll, [7], et il serait fort intéressant de connaître la nature de la translocation, ce qui n'était pas possible à l'époque.

Notre observation montre que même lorsque le chromosome G atteint dans une t(DqGq) n'est pas un 21, la descendance n'est pas totalement à l'abri de la survenue d'une trisomie 21. Cependant, il est actuellement impossible de préciser le risque.


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Références

1. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J. (1971). - Sur une nouvelle technique d'analyse du caryotype humain. C.R. Acad. Sci. (Paris), 272, 2638-2640.

2. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J. (1969). - Analyse de la descendance des porteurs d'une translocation t(Dq21q). Ann. Génét., 12, 77-82.

3. DUTRILLAUX B., LEJEUNE J. (1970). - Analyse de la descendance des porteurs d'une translocation t(DqDq). Ann. Génét., 13, 11-18.

4. DUTRILLAUX B. (1968). - Etude des translocations du chromosome 21. Thèse (Médecine), Paris.

5. LAURENT C., DUTRILLAUX B., BINDER P. (1972). - Application de la méthode de dénaturation ménagée : dénaturation de préparations antérieurement colorées. Ann. Génét.,15, 201-202.

6. LEJEUNE J. (1965). - Les conséquences méiotiques des remaniements chromosomiques. Ann. Génét., 8, 9-10.

7. MORHEAD P.S., MELLMAN W.J., WENAR C. (1961), - A familial translocation associated with speech and mental retardation. Amer. J. Human Génét., 13, 32-46.