Comparaison du caryotype de l'orang-outang (Pongo pygmaeus) à celui de l'homme, du chimpanzé et du gorille

B. DUTRILLAUX, Marie-Odile RETHORÉ, J. LEJEUNE

DUTRILLAUX B., RETHORÉ M.-O., LEJEUNE J. (1975). Comparaison du caryotype de l'Orang-outang (Pongo pygmaeus) à celui de l'homme, du chimpanzé et du gorille. Ann. Génét., 18, n° 3, 153-161.


Résumé :

Après une étude par différentes techniques de marquage, le caryotype de l'Orang-outang (Pongo pygmaeus) est comparé à celui de l'Homme, du Chimpanzé et du Gorille. Les conclusions suivantes peuvent en être tirées : 1) presque toutes les bandes chromosomiques sont communes, leur analogie avoisinant 99 %. Ces espèces dérivent donc toutes bien d'un même ancêtre commun et les remaniements survenus au cours de leur évolution étaient généralement équilibrés ;2) par l'étude de certains de ces remaniements, qui se sont nécessairement déroulés dans un ordre donné, il apparaît que l'Orang-outang, puis le Gorille, puis le Chimpanzé et l'Homme enfin sont issus de lignées qui se sont séparées, dans cet ordre, du rameau commun.

Sommaire

Après l'étude approfondie du caryotype des genres Pan et Gorilla, et leur comparaison avec celui d'Homo Lejeune et al., 1973 ; Dutrillaux et al., 1973 ; Dutrillaux et al. 1975), nous présentons l'étude du 3e genre de la famille des Pongidae, représenté par l'espèce Pango pygmaeus (Orang-outang).

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Matériel et méthodes

Deux individus, en captivité au zoo d'Anvers, ont été examinés, l'un était une femelle adulte, l'autre un jeune mâle.

Après culture de cellules sanguines, différentes techniques de marquage ont été utilisées : bandes Q (Caspersson et al., 1970), bandes R (Dutrillaux et Lejeune, 1971), bandes T (Dutrillaux, 1973) et bandes G11(Gagné et Laberge, 1972).

Les chromosomes de Pongo sont comparés à ceux d'Homo, Pan et Gorilla.

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Résultats

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Présentation des illustrations

On trouvera dans les figures 1 à 5 les chromosomes d'Homo et de Pongo. Bien que la comparaison ait été effectuée également avec Pan et Gorilla, les chromosomes de ces deux derniers ne sont pas représentés ici, afin de ne pas compliquer les illus-trations. On se rapportera donc aux travaux anté-rieurs (Lejeune et al., 1973 ; Dutrillaux et al., 1973).

Dans chaque planche, le schéma de gauche indique la nomenclature des chromosomes humains, qui sera prise comme référence. Ensuite, sur chaque ligne horizontale se trouvent 2 chromosomes en bandes R, puis 2 en bandes Q, puis 2 en bandes T et enfin 2 en bandes G11.

Pour chaque paire ainsi formée, le chromosome de gauche appartient à Homo, celui de droite à Pongo.

Chromosomes 1.

Bandes R, Q, T et H : bras court et bras long identiques à ceux de Pan et Gorilla.

Par rapport à Homo : absence de la région q1 et des bandes q21 et q22.

Chromosomes 2.

Deux éléments acrocentriques correspondent ici au chromosome 2 humain.

Chromosomes 2p.

Bandes R et Q : identiques aux 2p de Gorille, inversion du segment 2p11 ? 2q12 par rapport à Pan. Comme chez Gorilla, il existe un satellite sur le bras court.

Bandes T : marquage de la région du satellite.

Bandes G11 : marquage du bras court.

Chromosomes 2q.

Bandes R et Q : bras court réduit à un satellite. Bras long identique à celui d'Homo, Pan et Gorilla de q37 à q21.3. Une inversion péricentrique du segment q21.1 ? q21.3 permet de reproduire le 2q de Pan et Gorilla.

Bandes T : marquage de la bande q37, de la région centromérique et du satellite.

Bandes G11 : marquage du bras court.

Chromosomes 3.

Bandes R : sub-métacentriques distaux. Leur morphologie diffère très sensiblement de celle des autres espèces qui possèdent toutes des 3 identiques.

Pour reproduire les 3 de Pongo, on est amené à faire intervenir un réarrangement à 3 points de cassure qui consisterait en une inversion paracentrique et une translation. Les points de cassure siégeraient respectivement dans les bandes p25, p21 et q22 (fig. 6).

Bandes Q : il existe, près du centromère une zone non fluorescente, opposable à la bande très fluorescente observée chez les autres espèces.

Bandes T : marquage important de l'extrémité du bras court. Celui-ci peut résulter de l'accolement des bandes p25 et q21.

Bandes G11 : pas de marquage.

Chromosomes 4.

Bandes R : par rapport à Homo, bras court identique de p16 à p13 ; bras long identique de q35 à q21.1. Inversion péricentrique du segment p13 ? q13. Cet élément correspond au chromosome 4 de Gorilla.

Bandes Q : existence d'une zone très pale dans la région juxta-centromérique du bras long, ayant la même localisation et la même extension que la bande Q très fluorescente de Gorilla. L'aspect de cette zone, souvent étirée, rappelle celui d'une constriction secondaire. Du fait de cet étirement, les 4 de Pongo sont relativement plus longs, que ceux des 3 autres espèces.

Bandes T.- marquage identique à celui des autres espèces.

Bandes G11 : pas de marquage.

Chromosomes 5.

Bandes R, Q et T : bras court et long identiques à Homo. Inversion péricentrique par rapport à Pan et accident plus complexe par rapport à Gorilla.

Bandes H : pas de marquage.

Chromosomes 6.

Bandes R, Q, T et H : identiques à Homo. Il n'existe pas, à l'inverse de chez Pan et Gorilla, de bande Q terminale sur le bras court.


Fig. 1 à 5. - Comparaison des chromosomes de l'Homme et de l'Orang-outang (Pongo pygmaeu]). De gauche à droite : analyse en techniques de bandes R, Q, T et G11. Pour chaque technique, le chromosome humain est à gauche. Le schéma situé à l'extrême gauche représente la nomenclature des chromosomes humains en bandes R.


Fig. 6. - Comparaison des chromosomes 3 des Pongidae et de l'Homme (P : Pingo pygmaeu), G : Gorilla gorilla, H : Homo ]apien]). Le second chromosome, à partir de la gauche, reproduit un 3 de Pongo à partir d'un 3 de Pan. Le troisième élément reproduit, à partir d'un 3 de Pongo, celui des autres espèces.

Chromosomes 7.

Ils sont presque acrocentriques, et ne peuvent être comparés aux 7 de Pan et Homo qu'en passant par une étape intermédiaire représentée par les 7 de Gorilla (fig. 7).

Bandes R. bras court constitué d'un long segment fortement coloré. Le bras long est identique à celui des autres espèces de q36 à q31.

Une inversion péricentrique permet de reconstituer les chromosomes 7 de Gorilla. On sait qu'ensuite une inversion paracentrique du segment q11.3 ? q22.3 reproduit les 7 d'Homo et de Pan troglodytes à partir de ceux de Gorilla.

Le bras court très coloré du 7 de Pongo semble donc constitué de la fusion des 3 bandes les plus foncées (p22, q11 et q22.3) observées chez Pan et Homo.

Bandes Q : confirment les observations précédentes ; absence de bande Q terminale.

Bandes T : tout le bras court de Pongo est très fluorescent. C'est la bande T la plus marquée du caryotype.

Bandes G11 : marquage juxta-centromérique du bras long. Ce marquage existant sur le bras court chez les 3 autres espèces, l'hypothèse de l'inversion péricentrique se trouve renforcée.


Fig. 7. - Comparaison des chromosomes 7 (P : Pongo, G : Gorille, H : Homo).

Chromosomes 8.

Bandes R : identiques à Homo et Pan à l'exception peut-être de l'addition d'une petite bande juxtacentromérique sur le bras long.

Bandes Q : identiques à Homo et Pan, à l'exception d'un segment non fluorescent à la partie juxtacentromérique du bras long.

Bandes T : en plus du marquage de l'extrémité du bras long, il existe une bande très fluorescente à la partie juxta-centromérique du bras long, sans correspondance chez les autres espèces.

Bandes G11 : pas de marquage.

Chromosomes 9.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques à Gorilla, inversion péricentrique du segment p24 ? ql2 par rapport à Homo. Par rapport à Pan, translation de la moitié du bras long dans la bande p24 et délétion de la constriction secondaire.

Chromosomes 10.

Bandes R : bras court identique à celui d'Homo et Pan. Bras long : segment terminal q26 ? q23 identique, inversion paracentrique du segment q21 ? q22. Pour reproduire le 10 de Gorilla, il est nécessaire de " passer " par l'étape intermédiaire représentée par les 10 d'Homo et Pan.

Bandes Q : absence de bande Q terminale.

Bandes T : marquage de q26, comme chez les autres espèces.

Bandes G11 : marquage juxta-centromérique du bras long, comme chez Homo et Pan, ce qui peut laisser supposer que la partie proximale de la bande q11 n'a pas été atteinte par l'inversion paracentrique.

Chromosomes 11.

Bandes R : bras court et long assez semblables à ceux des autres espèces. Toutefois, la bande sombre terminale du bras court est trop étendue, et la bande située en q13 est trop pâle. Possibilité d'une translation de q13 dans p15, ou inversement d'une translation d'une partie de la bande terminale de Pongo pour former la bande q13 des autres espèces. De plus, la bande p11 est trop claire.

Bandes Q : absence de bande Q terminale.

La bande fluorescente p15 n'existe pas à son emplacement habituel. La bande p12 est trop fluorescente.

Bandes T : marquage très important de la bande terminale du bras court, et absence du marquage de q13 existant chez les autres espèces, ce qui renforce l'hypothèse d'un échange de bandes.

Bandes G11 : pas de marquage.

Au total, si l'hypothèse d'une translation d'une partie de la bande q13 est probable, il semble que le remaniement total du chromosome 11 soit plus complexe encore.


Fig. 9. - Comparaison des bandes T du chromosome 11 de Pongo et d'Homo et exemples de lacune située dans la bande T intercalaire du 11 d'Homo (flèche).

Chromosomes 12.

Bandes R; Q, T et G11: bras court et bras long identiques à Homo. Par rapport à Pan et Gorilla, inversion péricentrique du segment p12.1 ? q14, et absence de bande Q terminale.

Chromosomes 13.

Bandes R, T et G11: identiques à Homo et Gorilla.

Bandes Q : absence de bande fluorescente juxtacentromérique.

Chromosomes 14.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques à Homo et Pan, inversion péricentrique par rapport à Gorilla.

Chromosomes 15.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques à Homo et Gorilla.

Chromosomes 16.

Bandes R, Q, T et G11: identiques à Homo.

Chromosomes 17.

L'analyse de ce chromosome est particulièrement difficile. Seule l'analyse concomitante par les différentes techniques permet de proposer un mécanisme pour " passer " d'Homo à Pongo. Le 17 de Pongo est relativement plus long, par allongement du bras court.

Bandes R : bras court: addition d'une bande R positive et d'une bande R négative ; bras long : la bande R négative d'Homo (q22) est plus proche du centromère chez Pongo.

Bandes Q : bras court : présence de 2 bandes Q positives au lieu d'une chez Homo ; bras long : la bande Q négative (q21) d'Homo se trouve plus terminale.

Bandes T : bandes q25 identiques. La coloration de la bande p11. est renforcée chez Pongo.

Bandes G11 : identiques.

Au total, pas d'inversion péricentrique (bandes H identiques), possibilité d'une inversion paracentrique du segment q11.2 ? q23.3, et addition de 2 bandes à la partie proximale du bras court.

Chromosomes 18.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques à Pan et Gorilla. Par rapport à Homo : inversion péricentrique du segment p11.3 ? q11 et addition de matériel hétérochromatique variable.

Chromosomes 19.

Bandes R,. Q et T : identiques à Homo, absence de bande Q terminale par rapport à Gorilla et Pan.

Bandes G11 : pas de marquage.

Chromosomes 20.

Bandes R : par rapport aux 3 autres espaces bras court : absence de la bande p13 ; bras long : présence d'une bande supplémentaire, inversion péricentrique du segment p12 ? q13.3.

Bandes Q : pas de bande Q terminale supplémentaire.

Bandes T : présence de 3 bandes fluorescentes sur le bras long au lieu de 2, et absence de la bande T du bras court, confirmant l'inversion péricentrique.

Bandes G11 : pas de marquage.

Chromosomes 21 et 22.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques à Homo, en dehors de l'existence d'un matériel hétérochromatique variable en moyenne plus abondant sur le bras court.

Il n'existe pas, à l'inverse de chez Pan et Gorilla de bande Q terminale supplémentaire.

Chromosomes X.

Bandes R, Q, T et G11 : identiques pour les 4 espèces.

Chromosomes Y.

Non étudiés.

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Remarque sur les spécimens analysés

Notre étude a porté sur un mâle et une femelle. Chez le mâle, âgé de quelques mois seulement, on observe, à deux examens successifs, une formule sexuelle XX, comme chez la femelle. On sait que le mâle possède normalement une formule XY (Turleau et al., 1972). Chez la femelle, la formule chromosomique sexuelle XX correspond bien avec le phénotype. De plus, chez le mâle, on observe dans toutes les cellules un remaniement de l'un des chromosomes 12, résultant d'une translation du segment q11 ? q22 dans la bande p12 (fig. 8).

Ces 2 particularités, comme celle du gorille mâle étudié par Turleau et al. (1972), observées parmi un nombre restreint de Pongidae laisse supposer qu'il peut exister chez eux une fréquence élevée d'anomalies chromosomiques, comparativement à notre espèce.


Fig. 8. - Remaniement du chromosome 12 observe chez le spécimen de phénotype mâle de Pongo.

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Discussion

Après notre étude de Pan troglodytes (Lejeune et al., 1973) et de Gorilla gorilla (Dutrillaux et al., 1973), l'étude de Pongo pygmaeus par les mêmes méthodes d'analyse, permet de mieux comprendre un certain nombre de points de l'évolution chromosomique demeurés obscurs. Une étude phylogénique globale est rapportée ailleurs (Dutrillaux, 1975). Nous ne développerons à ce sujet que les modifications structurales subies par certains chromosomes, et quelques notions nouvelles de mécanique chromosomique que laissent pressentir les observations.

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a) Les chromosomes analogues.

Si l'on tient compte du seul marquage R, seuls 5 chromosomes, les 6, 19, 21, 22 et X sont communs aux 4 espèces.

Si l'on tient compte du marquage Q, seul l'X est commun, en raison de la présence de bandes Q terminales en plus, chez Pan et Gorilla.

Si l'on compare les espèces 2 à 2, il existe, en faisant abstraction des bandes Q terminales :

- entre Pongo et Homo : 12 analogies (chromosomes 5, 6, 8, 12, 13, 14, 15, 16, 19, 21, 22 et X) ;

- entre Pongo et Gorilla : 12 analogies (chromosomes 1, 2q, 4, 6, 9, 13, 15, 18, 19, 21, 22 et X) ;

- entre Pongo et Pan troglodytes : 9 analogies (chromosomes 1, 6, 8, 14, 19, 21, 22 et X).

Comme on l'a vu antérieurement (DutriIlaux et al., 1973), il existe 12 analogies entre Pan et Homo, 11 analogies entre Pan et Gorille et 10 analogies entre Homo et Gorilla.

Par ce seul critère, les genres les plus proches sont donc Homo et Pan, Homo et Pongo et Pongo et Gorille, alors que les genres les plus distants sont Pongo et Pan.

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b) Les segments de chromatides analogues.

Si l'on ne considère que les segments de chromatides et non plus les chromosomes entiers, il est surprenant de constater que les analogies entre Homo et Pongo portent sur presque tout le caryotype.

Seules différences, le chromosome 1 humain possède en plus les bandes 1q11, 1q12 (constriction secondaire), 1q21 et 1q22, le chromosome 17 de Pongo possède, sur son bras court, 2 bandes en plus, et les 2p, 2q et 18 de Pongo possèdent en plus du matériel hétérochromatique variable sur leur bras court. Enfin, les régions juxta-centromériques des 4 et 8 de Pongo portent un marquage particulier, probablement hétérochromatique.

Ainsi, en faisant abstraction de ce matériel hétérachromatique, les caryotypes d'Homo et de Pongo ne diffèrent quantitativement que par 5 bandes au maximum, soit par 1 % environ du total.

Le caryotype d'Homo se trouve donc, par ce critère également, plutôt plus proche de celui de Pongo que de celui de Pan et de Gorilla, qui en diffèrent par environ 10 bandes (Dutrillaux et al. 1973).

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c) Les remaniements de structure chromosomique.

Les inversions péricentriques.

Les inversions péricentriques séparant Pongo des autres espèces sont nombreuses.

Entre Pongo et Gorille, on en dénombre 10, portant sur les chromosomes 2q, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 14, 17 et 20. Pour les 3, 10 et 17, se surajoute un autre remaniement.

Entre Pongo et Pan troglodytes, on en dénombre 9 portant sur les chromosomes 2p, 2q, 3, 5, 7, 12, 16, 17 et 20. Un autre remaniement se surajoute pour les 3, 7 et 17.

Entre Pongo et Homo, on en dénombre 7, portant sur les chromosomes 2p, 2q, 3, 4, 7, 9 et 19. Un autre remaniement se surajoute pour les 2, 3, 7 et 17.

Par ce critère d'analyse, Pongo se trouve donc plus proche d'Homo que de Gorilla au de Pan.

Les inversions paracentriques.

Séparant Pongo des autres espèces, on constate une inversion paracentrique sur le bras long du 10 et une sur le bras long du 17.

Pour le chromosome 7, une inversion péricentrique permet d'abord de reconstituer le 7 du gorille, et une inversion paracentrique permet ensuite de reconstituer le 7 d'Homo et de Pan.

Les translations.

Ce type de réarrangement n'avait pas été observé lors de la comparaison de Pan, Gorilla et Homo (Lejeune et al., 1973 ; Dutrillaux et al., 1973).

Ici, il est nécessaire de faire intervenir une translation du segment du 3 (p21 ? q25) dans la bande p22.

Une translation pourrait également expliquer le transfert d'une partie du segment terminal du 11p, très fluorescent en bandes T, chez Pongo, dans la région q1 de ce même chromosome, ce qui expliquerait l'existence d'une bande aux caractéristiques T dans cette région, chez les 3 autres espèces. Cette particularité pourrait entraîner use certaine fragilité du 11, qui porte parfois une lacune dans la bande T intercalaire (fig. 9), et plus rarement une endoreduplication.

Enfin, une translation permet de reproduire les 9 de Pan à partir de ceux de Pongo et de Gorilla.

Les translocations.

Mises là part les translocations signalées dans les études précédentes (Turleau et al., 1972 ; Lejeune et al., 1973 ; Dutrillaux et al., 1973), on ne détecte pas ici d'autre translocation avec évidence.

Il est intéressant de souligner, toutefois, que dans l'évolution chromosomique qui a abouti à la fusion télomérique des 2p et 2q pour former le 2 humain, le caryotype de Pongo se trouve le plus éloigné de celui d'Homo.

En effet, une inversion péricentrique du 2q permet de reproduire le 2q de Gorilla et de Pan. Une inversion péricentrique du 2p de Pongo et de Gorilla permet de reproduire le 2p de Pan. Enfin, la fusion des 2p et 2q de Pan aboutit à la formation du 2 humain.

Il existe donc là une séquence linéaire Pongo ? Gorilla ? Pan ? Homo (fig. 10).

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d) Les bandes Q terminales.

Ces bandes, observées sur de nombreux chromosomes de Pan et de Gorilla (Lejeune et al., 1973 ; Dutrillaux et al., 1973) ne sont pas observées chez Pongo, pas plus que chez Homo.

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e) Les bandes Q juxta-centromériques.

Il n'en existe aucune chez Pongo, comme l'avait déjà à souligné Pearson (1973).

Il est intéressant de souligner que Pongo et Gorille possèdent des 4 et des 9 dont la structure en bandes R, T et G11 est rigoureusement identique. Cependant, chez Gorilla, il existe sur chacun de ces éléments, une bande Q juxta-centromérique, très intense, qui fait totalement défaut chez Pongo.

A l'emplacement correspondant, se trouve au contraire une lacune, n'émettant aucune fluorescence Q, et qui peut être étirée, comme sur le 4, à la manière d'une constriction secondaire.


Fig. 10. - Évolution présumée des chromosomes 2 (P : Pongo, G : Gorille, H : Homo).

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f) Les bandes T.

Lors de l'étude comparative de Pan, Gorilla et Homo, nous avions signalé la grande stabilité de ces structures (Dutrillaux et al., 1973). cette constatation n'est plus valable si l'on y adjoint l'étude de Pongo.

Chromosomes 2.

Leur bras court, hétérochromatique, est marqué. Ce marquage a disparu chez les autres espèces.

Chromosomes 3.

Ils possèdent une bande T sur le bras court. Vielle-ci correspond en grande partie à la bande q21 des autres espèces, habituellement un peu marquée par cette méthode.

Chromosomes 7.

Le bras court est presque entièrement marqué. Après l'inversion péricentrique, permettant de reconstituer le 7 de Gorilla, seule reste en place la partie terminale du p de 7, qui est encore marquée en bandes T.

Le reste de la bande T du bras court de Pongo se retrouve, chez Gorilla, près du centromère, sur le bras long. Cette bande est encore assez large, et bien marquée en bandes T. Pour reconstituer le 7 d'Homo ou de Pan, il faut faire une inversion paracentrique qui divise cette bande, pour donner les bandes q11.3 et q22.3. Ces bandes sont encore relativement bien marquées en bandes T.

Chromosomes 8.

Il existe, chez Pongo seulement, un marquage juxta-centromérique sur le bras long.

Chromosomes 11

La bande T, très étendue chez Pongo sur le bras court, peut correspondre après fragmentation, à la bande T terminale du bras court, et à la bande T intercalaire, observée sur le bras long, chez les 3 autres espèces.

Au total, la localisation des bandes T est encore beaucoup plus strictement terminale chez Pongo que chez les 3 autres espèces.

Par exemple, à la bande T 11q13, dont la localisation intercalaire fait exception chez Homo, Pan et Gorilla correspond une bande T terminale sur le bras court des 11 de Pongo. Il apparaît donc comme probable que les 11 de Pongo correspondent aux 11 ancestraux, qui, par insertion d'une partie de leur bande T dans leur bras long, a donné le marquage inhabituel des 11 d'Homo, Pan et Gorilla.

La même observation pourrait être faite à propos des chromosomes 7. Deux bandes intercalaires restent un peu marquées en bandes T chez Homo et Pan et toutes deux se trouvent groupées avec la bande T du bras court des 7 chez Pongo. Une remarque analogue peut être faite pour les 3.

Cette observation, purement morphologique, apporte peut-être quelques éclaircissements sur l'origine des marquages R et T.

On sait que les bandes R sont les points qui résistent au traitement de la dénaturation thermique ménagée (Dutrillaux et Lejeune, 1971). Parmi ces bandes, certaines sont particulièrement résistantes: ce sont les bandes T qui peuvent être mises en évidence par un traitement particulier Dutrillaux, 1973). Enfin on a pu montrer qu'entre les bandes R et T existaient de nombreux intermédiaires, certaines bandes R résistant plus que d'autres (Dutrillaux et Covic, 1974).

On pourrait donc supposer que les bandes T sont synthétisées aux extrémités de certaines chromatides, où elles acquièrent leurs propriétés spéciales.

Si elles sont déplacées à l'intérieur d'une chromatide, elles conservent, partiellement au moins, leurs propriétés de marquage, comme la bande 11q13 d'Homo, Pan et Gorilla.

Cependant, ces propriétés se perdraient progressivement, très lentement, de telle façon que ces structures pourraient ensuite correspondre à des bandes R de moins en moins résistantes aux traitements dénaturants.

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g) Les bras courts des acrocentriques, les constrictions secondaires et les bandes G11.

Ces régions chromosomiques particulières correspondent d'assez près à celles qui ont été décrites chez Gorilla (Dutrillaux et al.,1973).

Seules différences notables, le 2q porte un marquage G11. Cet élément est ici acrocentrique et la localisation de ce marquage correspond à l'hétérochromatine du bras court. Le chromosome 7 porte une bande G11 sur son bras court, alors que Gorilla en porte une sur son bras long, ce qui confirme l'hypothèse d'une inversion péricentrique.

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Conclusion

L'analyse du caryotype de Pongo pygmaeus (Orang-outang) et sa comparaison avec celui des autres Pongidae et de l'Homme montre que toutes ces espèces possèdent des structures chromosomiques très voisines : 99 % des bandes leurs sont communes.

Comme en témoigne l'étude des chromosomes 2 et 7, il est possible de proposer un modèle de l'évolution chromosomique (Dutrillaux, 1975), où semble exister la séquence : ancêtre commun ? ancêtre de Pongo ? ancêtre de Gorilla ? ancêtre de Pan ? ancêtre d'Homo.

Enfin, la variation de certaines structures, comme les bandes T, toutes terminales chez Pongo, apporte des informations intéressantes sur l'origine de ce marquage, et sur la nature de certains remaniements observés en pathologie humaine.


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Références

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DUTRILLAUX B. (1975). - Sur la nature et l'origine des chromosomes humains. Monographie des Annales de Génétique. L'Expansion Scientifique Française, éd., Paris.

DUTRILLAUX B., COVIC M. (1974). - Étude des facteurs influençant la dénaturation thermique ménagée. Exp. Cell Res., 85, 143-153.

DUTRILLAUX B., LEJEUNE J. (1971). - Sur une nouvelle technique d'analyse du caryotype humain. C. R. Acad. Sci. (Paris), 272, 2638-2640.

DUTRILLAUX B., RETHORÉ M.O., PRIEUR M., LEJEUNE J. (1973). - Analyse de la structure fine des chromosomes du Gorille (Gorilla gorilla). Comparaison avec Homo sapiens et Pantroglodytes. Humangenetik, 20, 343-354.

GAGNÉ R., LABERGE C. - Specific cytological recognition of the heterochromatic segment of number 9 chromosome in man. Exp. Cell Res., 73, 239-242.

LEJEUNE J., DUTRILLAUX B., RETHORÉ M.O., PRIEUR M. (1973). - Comparaison de la structure fine des chromatides d' Homo sapiens et de Pan troglodytes. Chromosoma (Berl.), 43, 423-444.

PEARSON P. (1973). - The uniqueness of the human karyotype. In Proc. Nobel Symp. 1972. Chromosome identification, Technique and Application in biologie and medicine. Nobel Foundation, Stockholm. Academic Press, New York and London.

TURLEAU C., GROUCHY J. de, KLEIN M. (1972). - Phylogénie chromosomique de l'Homme et des Primates hominiens (Pan troglodytes, Gorilla gorilla et Pongo pygmaeus). Essai de reconstitution du caryotype de l'ancêtre commun, Ann. Génét., 15, 225-240.