La vie et sa dignité

Jérôme Lejeune

Scuola di Cristianesimo, Caritas, 1989


Sommaire

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I. L'animation de la matière

Je voudrais vous parler de la vie humaine, et je voudrais d'abord commencer par une sorte de confidence : dans sa quête de la vérité le biologiste bute sur une double évidence qui se présente aux deux extrémités du développement de l'être. Cette double évidence est extraordinairement simple, elle se résume en une seule phrase : "L'esprit anime la matière". C'est vrai si nous nous plaçons à la fin du développement, c'est à dire quand l'être humain a construit cette extraordinaire machine que nous avons à disposition dans notre boite crânienne et qui est beaucoup plus puissante et beaucoup plus efficace que les plus gros ordinateurs, qui d'ailleurs en ont été fabriqués et en sont sortis. Si nous regardons la macro-structure et la micro-structure de notre cerveau, on s'aperçoit que c'est le réseau le plus puissant que nous connaissions actuellement sur cette terre. Dans votre boîte crânienne vous possédez à peu prés onze milliards de neurones, mais chacun d'eux se trouve relié en moyenne à cent, mille, dix-mille cellules selon le type de neurone. En total on peu considérer qu'un Cerveau humain contient 10 puissance 13, 10 puissance 14 équivalents de transistors. Dans un appareil de radio normal il y a 10 transistors. Ces connections de cellule à cellule, qui sont l'équivalent d'un transistor, sont reliées entre elles par un extraordinaire câblage, en les mettant bout à bout cela fait à peu prés 5000 kilomètres de long.

Mais pour les théoriciens actuels du fonctionnement cérébral le vrai câblage n'est pas celui-là , il est à l'intérieur de chacune des fibres nerveuses des faisceaux de neurotubule, qui ne se voient souvent qu'au microscope électronique, et qui sont simplement des molécules entassées les unes sur les autres pour faire des spirales extraordinairement longues au centre desquelles circulent des ions un par un. La longueur de câblage en neurotubule est d'une complexité astronomique : bout à bout cela irait d'ici jusqu'à la lune et retour. Cela vous donne une idée de la puissance de cette "machine" qui est à l'intérieur de cette maison de chair dont vous êtes les habitants. Il est extraordinaire que nous soyons tous munis de ce réseau à analyser l'univers, et que nous soyons les seuls sur la plante à posséder cette puissance.

Maxwell avait imaginé une sorte de petit démon qui était capable d'ouvrir ou de fermer une trappe pour laisser passer d'un coté les molécules qui allaient très vite et de l'autre celles qui allaient lentement. Il avait imaginé qu'on pouvait ainsi mettre de l'ordre dans l'univers. Ce petit démon a beaucoup ennuyé les physiciens jusqu'à ce qu'ils se soient aperçus que c'est la définition même de la théorie de l'information dans la matière. Pour diriger la matière il faut la saisir à son grain le plus fin : comme un constructeur trie les cailloux sur un crible pour les séparer selon leur taille, ainsi nous trions un par un les protons, les électrons et les ions pour les faire passer dans tel ou tel tube à l'intérieur de notre système nerveux central. En définitive notre machine, à éliminer le fortuit et à retenir le déductible (c'est le propre de la raison), est un compteur de particules d'une incroyable vélocité. Ce qui est surprenant c'est que le moindre mouvement, la moindre activité mentale, la moindre idée qui se fait dans votre cerveau, déclenche à des endroits précis, à des moments exacts, un flux de milliards de particules toutes dirigées dans tel ou tel canal. Finalement, très précisément et sans forcer les mots, le simple fonctionnement de notre système nerveux central nous montre que l'esprit commande la matière, que c'est l'esprit qui anime la matière. Mais inversement, à l'autre extrémité de l'être, quand l'être commence sa carrière, nous savons à ce moment que c'est la matière qui lui apporte l'information ou tout au moins qui en est le véhicule. Selon l'heureuse formule des mathématiciens l'homme au moment de la fécondation se trouve réduit à sa plus simple expression, et il suffit de développer le binôme ou le polynome pour en voir toutes les beautés qui ne sont que réduites dans la formule la plus heureuse et la plus concise. Ceci n'est pas une image, c'est très exactement ce que nous savons aujourd'hui.

Pour ceux qui ne sont pas biologistes ou physiciens, je prendrai une comparaison : lorsque on veut reproduire une statue, au moment où on la moule il y a un contact molécule à molécule entre la statue et le plâtre, quand on coule la réplique dans le plâtre il y a à nouveau un contact molécule à molécule entre la réplique et le moule. Mais ce qui se trouve reproduit n'est pas la matière, puisque on peut reproduire la statue en bronze, en plâtre ou en tout autre matériau. Ce qui se trouve reproduit, c'est très exactement l'information ou la forme que le génie du sculpteur avait imprimé dans la matière. C'est exactement ainsi que se transmet la vie, évidemment il est plus difficile de reproduire un être vivant qu'une effigie inanimée, mais c'est bien de la même façon, en ce sens, que à chaque instant l'information est supportée par la matière et que ce qui se trouve reproduit n'est pas la matière, mais l'information qui en était supportée. La simple pensée, aujourd'hui, de la biologie moléculaire n'est qu'une paraphrase de la forme qu'utilisait Saint Thomas. Il est très intéressant de voir que lorsque on est à la pointe de la pensée humaine tous les hommes ont toujours dit la même chose, quelque soient leurs connaissances technologiques. Mais il est étonnant qu'à notre époque ces connaissances nous permettent de comprendre pourquoi les hommes ont toujours dit cela.

Le langage de la vie est d'une miniaturisation extrême, tout se trouve inscrit sur une longue molécule, l'ADN, simplement en changeant les différentes bases qui sont enchaînées on peut écrire un code exactement de la même façon qu'en changeant localement l'aimantation d'une bande magnétique on arrive à inscrire dessus toute une symphonie. Si vous mettez dans un magnétophone une cassette qui contient par exemple "La petite Musique de Nuit", le magnétophone vous restitue Mozart, bien que il n'y ait pas de musiciens dedans, bien qu'il n'y ait aucune note inscrite sur la bande magnétique. C'est exactement ainsi que se joue la symphonie de la vie : la bande magnétique c'est l'ADN, au lieu de changer, l'aimantation après être passé à travers d'un micro c'est la formule chimique même de l'ADN. La première cellule fécondée possède toute la machinerie pour mettre en oeuvre le message, en un mot l'ADN c'est la cassette, l'oeuf fécondé c'est le magnétophone, mais ce n'est ni la cassette ni le magnétophone qui sont vraiment importants, ce qui l'est c'est que quand ils sont l'un et l'autre présents, la symphonie humaine apparait de la même façon que dans votre modeste maison c'est le grand Mozart qui est là pendant le temps de "La petite musique de nuit".

Finalement ce que nous savons au-delà de tout doute possible, c'est que cette longue ficelle sur laquelle se trouve inscrite toute, l'information est pelotonnée soigneusement pour faire une sorte de petit boudin qu'on voit avec le microscope ordinaire et qu'on appelle un chromosome. Exactement comme on embobine la bande magnétique dans une cassette, sinon cela fait des noeuds et on ne peut plus la lire. Pour eviter que la longue molécule fasse des noeuds, la nature l'a pelotonnée en petites mini-cassettes : les chromosomes. Donc au-delà de tout doute possible nous savons que quand les 23 mini-cassettes de la vie, c'est à dire les 23 chromosomes qui sont voiturés par le spermatozoïde, rencontrent dans l'ovule les 23 chromosomes maternels qui y sont restés, nous savons que toute l'information nécessaire et suffisante pour décrire toute et chacune des qualités, non pas d'un homme théorique mais de cet homme particulier se trouvent réunies. Il suffit de lui laisser la possibilité de s'exprimer pour que la symphonie humaine soit jouée et qu'on voit apparaître plus tard l'être que tous reconnaîtrez.

Les généticiens appellent l'esprit "information", et même si l'esprit n'est peut-être pas tout-à -fait la même chose que l'information, celle-ci est certainement une signature de l'esprit. Tout au départ, l'esprit et la matière sont si étroitement unis, tellement intrigués l'un dans l'autre que nous n'avons qu'un seul mot pour décrire deux phénomènes, celui d'une idée qui nous vient à l'esprit ou celui d'un nouvel être qui vient à l'existence : dans les deux cas nous parlons de "conception": on conçoit une idée, on conçoit un enfant. Ce concept n'est pas une pauvreté du langage, si nous appelons ainsi l'arrivée d'une idée ou l'arrivée d'un être c'est parce que au moment ou ils arrivent, l'esprit et la matière sont tellement unis que le langage ne les sépare pas. La philosophie non plus d'ailleurs ne les sépare pas, et ce que je viens de dire est simplement une illustration technique, en connaissant les chromosomes et l'ADN, de ce qu'avait toujours dit saint Thomas d'Aquin, à savoir : " Quand la matière a reçu sa dernière disposition l'esprit ne peut pas manquer d'y être ". Il est admirable de voir comment la "filosofia perennis" a totalement prévu ce que nous déchiffrons aujourd'hui et que nous appelons la "Biologie moléculaire".

Il est curieux d'ailleurs de constater que cette existence d'une information qui anime la matière résout un très vieux problème des philosophes. Ils ont toujours discuté pour savoir si l'"essence" précède l'"existence", la réponse est tout-à -fait formelle : la vie serait impossible si l'" essence " ne précédait pas l'"existence". La meilleure preuve c'est que si vous connaissiez d'avance la formule de l'ADN du spermatozoïde qui va féconder et la formule de l'ADN qui reste dans l'ovule au moment de la fusion, vous sauriez prévoir toutes les qualités de l'individu futur avant même que l'individu soit réalisé : "l'essence" précède "l'existence". Ceci nous amène à considérer que la vraie responsabilité des biologistes à notre époque c'est de révéler à nos contemporains que le dualisme cartesien (à savoir qu'il y a d'un coté un esprit et de l'autre un corps), et que l'un et l'autre se débrouillent comme ils peuvent de ce voisinage compromettant est une fausse représentation de la réalité. Il n'y a pas d'un coté un esprit et de l'autre un corps, il existe très exactement un corps animé, et animé par une nature d'homme.

Alors est-ce-qu'il existe une sorte de mode d'emploi, de notice d'entretien de cette nature humaine dont j'ai essayé de vous donner une impression sans trop la décrire dans le détail. Est-ce qu'il existe une morale naturelle ou plutôt même surnaturelle ? En étant extrêmement précis pour que vous compreniez, je dirais que pour le généticien que je suis, le décalogue, les dix commandements, représentent très exactement le mode d'emploi de la nature humaine, alors que les commandements de l'Église représentent simplement la notice d'entretien (cela vous dit quand il faut faire la vidange, comment il faut gonfler les pneus, etc.).

Si je dis cela, c'est parce que non seulement je suis généticien, mais il se trouve que je suis chrétien catholique ; mais quand on ne croit pas, est-ce qu'on peut admettre qu'il puisse exister quand-même une nature humaine, même s'il n'y a pas de surnature qui vous l'ait révélé. C'est la question que je voudrais étudier avec vous. Vous savez que la notion de nature humaine est très mal vue ces temps-ci. Les gens dans le vent prétendent avoir démontré que la nature humaine n'existe pas, que c'est une convention sociologique (ce qui est vrai d'un coté des Pyrénées est faux de l'autre coté) et il y en a tellement de variétés que personne ne sait quelle est la bonne. Je pense que notre discussion de ce soir a un intérêt, parce que s'il existe une morale naturelle, s'il existe bien un mode d'emploi de la façon dont nous sommes faits et les soins à apporter au maintien de la machine, alors il serait très sage de s'en apercevoir, non pas pour diriger la science (parce qu'elle aura aussi pour objet d'étudier cette morale naturelle), mais pour savoir finalement, du fait du pouvoir que nous donne la science, ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce que l'on devrait faire et ce que l'on ne devrait pas faire.

La science est très précisément l'arbre du bien et du mal. Ce que je viens de dire n'est pas la traduction exacte de la Genèse, mais c'est ainsi qu'on peut l'entendre aussi en tant que scientifique. La science est finalement un arbre sur lequel poussent indifféremment des fruits bons et des fruits mauvais. Donc il faut bien que celui qui les cueille ait un moyen de choisir les bons et éviter de donner les mauvais à ses contemporains ou à ses descendants.

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II. De la nature humaine à la morale naturelle

Bien sûr il n'est pas facile de décrire la nature humaine, et le plus simple pour un généticien serait de dire qu'on connaît la quantité de l'information qu'il y a sur les chromosomes, la quantité de caractères qui se trouve imprimée sur ces tables de la loi de la vie, dans cette encyclopédie humaine que nous appelons notre patrimoine génétique. Il y a à peu prés 10 puissance 11 bases d'ADN dans la tête d'un spermatozoïde. La molécule d'ADN mesure un métre de long coupé en vingt trois morceaux, chacun pelotonné: tout cela tient dans la tête d'un spermatozoïde, c'est-à -dire la pointe d'une aiguille. Comme il y en a aussi un mètre de long dans l'ovule, cela fait dans l'être humain deux mètres de bande magnétique qui contient toute l'information. Si on rassemblait tous les filaments, deux métres, pour chacun des cinq milliards d'hommes qui vont nous remplacer sur cette planète, cette quantité de matière ferait un tout petit peu plus que deux comprimés d'aspirine. Il n'est pas étonnant d'ailleurs que la vie soit obligée de miniaturiser à l'extrême son langage parce que finalement ce que fait cette information c'est d'animer la matière, de trier les protons et les électrons, il est donc indispensable qu'elle soit écrite dans la langue la plus concise possible, puisque elle va prendre la matière au degré plus fin pour la trier comme faisait le petit démon de Maxwell.

Au delà de tout doute possible la meilleure définition de la génétique moderne est la suivante : au commencement (de chacun de nous) il y a un message, ce message est dans la vie et la mise en oeuvre de ce message est la vie. Si ce message est un message humain, cette vie est une vie humaine.

Ceci est une paraphrase malhabile du début de l'évangile selon St.Jean, et ce résumé fulgurant "Au commencement est le Logos, le Logos était en Dieu et le Logos était dieu" c'est exactement la démarche intellectuelle à laquelle arrivent les généticiens d'aujourdhui pour définir en termes compréhensibles ce qu'est l'animation de la matière " au début il y a un message, ce message est dans la vie et il est la vie ". Il serait fort insuffisant de résumer la vie à la bande magnétique. La bande magnétique n'est pas "La petite musique de nuit", elle n'en est que le véhicule à condition qu'elle soit lue par un système capable de décoder ce langage. Quand nous voulons mesurer la quantité d'informations contenue dans une cellule primordiale, il faut compter non seulement ce qu'il est écrit sur l'ADN, mais aussi compter toutes les informations qu'il a fallu pour inventer la machine qui va être capable de lire ce qu'il y a dans l'ADN. Alors, là , la quantité d'informations dépasse totalement ce que nous savons calculer à l'heure actuelle. Je vous ai dit qu'il y a 10 puissance 11 bases, cela veut dire entre 10 puissance 11, 10 puissance 13 bytes d'informations (unité d'information dans le langage informatique), selon la façon dont on le compte (il y a une petite incertitude d'un facteur 10 mais pas beaucoup plus), mais si l'on doit compter la quantité d'informations de la machine qui lit, alors là l'information est énorme. Il est vraisemblable que si nous voulions exprimer en termes d'informatique le nombre de signaux "oui" ou "non" qu'il faudrait émettre pour définir tout ce qui permet d'animer la matière pour lui donner la nature humaine, la quantité d'informations serait beaucoup plus grande que celle qu'il nous faudrait pour décrire toute une galaxie.

Ces premières notions nous amènent à rejoindre deux indéfinis d'une énorme complexité, l'un tout au début, dans l'information génétique, et l'autre beaucoup plus tard, quand cette information a réussi à dire ce qu'elle veut dire, savoir quand l'homme posséde enfin une structure qui lui permet de parler. A propos de la quantité d'informations je peux faire une réflexion qui n'est pas sans intérêt philosophique : nous savons mesurer la quantité d'informations mais nous n'avons aucune mesure scientifique de sa signification. Un exemple trés simple : pour transmettre avec une absolue régularité "bla bla bla, ron ron ron ..." sans jamais se tromper, cela demande exactement autant de quantité d'informations que pour noter l'"Ave verum" de Mozart, il y a la même quantité d'informations dans ces deux chansons. Et pour n'importe quel être humain il y a une grosse différence qui s'appelle "signification" et que curieusement notre science informatique ne sait pas encore mesurer. Je reviens à cette notion : si vous ouvrez la boîte crânienne d'un homme et d'un chimpanzé vous verrez tout de suite que dans le cerveau il y a des régions (les zones de Wernicke, les zones de Broca) qui existent chez nous et pas chez le chimpanzé. Nous savons que ces zones sont absolument nécessaires au langage articulé et qu'elles sont utiles et peut-être indispensables à l'expression d'une pensée cohérente.

On peut définir la nature humaine aussi bien par l'information de l'ADN que par la structure des hémisphères cérébraux, et le neurologue est aussi à l'aise pour définir la nature humaine que le généticien de son coté en regardant ses chromosomes. Mais ce qui est curieux c'est que pour se persuader qu'il y a une nature humaine vous n'êtes même pas obligés d'avoir recours à la neuroanatamie d'un côté ou à la génétique de l'autre. En effet j'ai tiré de mon expérience personnelle l'impression que la nature humaine est évidente aux yeux de chacun à condition qu'on ne refuse pas de voir : quand je suis dans une ville que je ne connais pas, je visite, si cela m'est possible, deux endroits également instructifs : l'université et le jardin zoologique. Dans les universités j'ai toujours rencontré des gens extrêmement doctes qui hochent la tête en se demandant si tout compte fait leurs enfants quand ils sont très jeunes, ne sont pas des sortes d'animaux. Mais dans des jardins zoologiques je n'ai jamais observé de congrès de chimpanzés se demandant si tout compte fait, leurs enfants, quand ils seront grands, ne deviendront pas des universitaires !

J'en conclus que la nature humaine est évidente à chacun. Sur cette planète l'homme est le seul être à se demander d'où il vient, qui il est et ce qu'il a fait de son frère.

Nous sommes aussi les seuls a avoir découvert, et ceci je crois depuis toujours, qu'il existe une relation entre la passion amoureuse et l'engendrement du semblable. Le chimpanzé le plus malin, éduqué par le meilleur dompteur ne saura jamais, ne comprendra jamais, et ne pourra jamais imaginer qu'il existe une relation entre la copulation et la survenue neuf mois plus tard d'un petit singe qui lui ressemble. Or les hommes, eux, l'ont toujours su, depuis le paradis terrestre, ou plus exactement juste après. Les païens ont décrit avec la plus grande justesse la passion de l'amour sous l'aspect d'un enfant, Eros. C'est cette connaissance quasiment génétiquement inscrite chez les hommes qui confère à notre comportement - et spécialement à notre comportement amoureux - une dignité qui n'existe pas dans le reste du régne vivant.

Je ne voudrais pas que ce que je raconte reste trop théorique. Je vous ai dit que le système nerveux était capable de commander chacun des organes, et je vous ai dit même qu'il était capable d'envoyer des messages chimiques. Curieusement on n'a pas bassin d'être scientifique pour le savoir : je me permets de vous raconter là aussi une histoire. Les mathématiques ont été inventées en Égypte, parce que chaque année avant la construction du barrage d'Assuan il y avait une inondation et après le retrait des eaux il restait une surface presque plate où il était bien naturel alors de semer quelques pyramides : c'est ainsi que l'esprit géométrique serait venu aux anciens. Je n'en crois rien, je pense que l'idée mathématique est arrivée différemment dans notre espèce, et la raison pour laquelle je le crois c'est que les amoureux passent de longues heures, trop courtes cependant, à se regarder dans les yeux. Cela est si vrai que dans toutes les langues du monde on dénomme de la même façon cette petite fenêtre ronde que nous ouvrons sur l'univers. En français on dit "la pupille" (la petite fille), en grèque on dit "choréa" qui veut dire petite fille, en arabe on dit "Insan el eir" (le peut être dans oeil), en espagnol on dit "la nina del ocho" (la petite fille de l'oeil). Faites le tour de la planète, c'est toujours "la petite fille", "le petit être", à Ceylan Ahé Baba, en Japon "Hyto my" (l'être de l'oeil); et bien, si toutes les langues du monde appellent de la même façon cette petite fenêtre ronde c'est parce que effectivement quand on regarde de très près l'oeil de l'être que l'on aime on voit se refléter sur la surface antérieure du cristallin une minuscule petite figure, une minuscule petite poupée, d'autant plus lumineuse qu'elle se détache sur le fond noir de la prunelle. L'amour voit dans l'oeil un enfant. Je suis persuadé que ce sont les femmes qui ont découvert les premières cette intéressante propriété des surfaces sphériques, car la plupart des langues disent "la petite fille", et plus rares sont celles qui disent "l'être". En tout cas aucune ne dit "le petit garçon" !

L'oeil est fait de deux sphères : une grosse, qui est le globe oculaire dans laquelle est enchâssée une sphère de rayons plus petits, la cornée transparente. L'intersection de deux sphères est un cercle, c'est sur ce plan circulaire, sur ce cercle que se trouvent accrochées les petites fibres de l'iris qui permettent de faire un diaphragme qui s'ouvre ou qui se ferme en fonction de la lumière. Je pense que le premier géomètre avait l'esprit amoureux. Je veux bien croire que cela se passait quelque part en Égypte et que sous ce soleil brillant, la pupille de celle qu'il regardait avec intérêt était extrêmement contractée et il pouvait donc y voir un centre d'où s'écartaient mille rayons. Un esprit mathématicien voit tout de suite que la tension de ces fibres, resserrées par le muscle articulaire qui ferme la pupille, décrit une surface dont tous les points sont par nécessité mécanique à la plus petite distance les un, des autres. C'est-à -dire que sans utiliser le calcul tensoriel on définirait le plan en un clin d'oeil, à condition qu'il soit amoureux. Il en est un peu ainsi de toute l'histoire de la science. Lorsqu'on regarde l'être humain tel qu'il est, on découvre les lois qui ont fait sa construction, ou tout au moins on les pressent, à la condition de regarder cet être avec ce sentiment particulier qu'on appelle "l'admiration". Et il n'y a que les hommes qui admirent. Sur cette planète, on n'a jamais vu un chimpanzé regarder un coucher de soleil, on n'a jamais vu un chien goûter l'odeur d'une rose, mais on ne connaît pas d'homme qui soit insensible à la beauté (aussi bien de l'univers que de celle d'une créature éphémère comme une rose). Si l'homme analyse sa propre nature avec ce regard admiratif, tout à coup il comprend. Il ne comprend pas tout, mais il comprend soudain que s'il existe une morale naturelle, on ne peut pas, sous peine de faire un grave contresens, dissocier l'enfant de l'amour et l'amour de l'enfant, c'est une erreur de méthode. Alors on arrive à une prescription tout fait naturelle, celle de l'abstinence continue, dans le célibat chaste, ou celle au contraire de la contenance périodique dans le mariage heureux.

Si la monogamie correspond bien à la nature humaine et si la morale tend à conserver à l'homme, au mari une prérogative très particulière, celle d'être seul habilité à déposer des cellules reproductrices dans ce temple intérieur qu'est le corps féminin, alors on en déduit immédiatement la morale naturelle de notre espèce :

- la contraception, qui est faire l'amour sans faire l'enfant ;

- la fécondation extracorporelle, qui est faire l'enfant sans faire d'amour ;

- l'avortement, qui est défaire l'enfant ;

- la pornographie qui est défaire l'amour, sont contraires à la dignité naturelle des hommes.

On a dit, et peut-être le pensez-vous, que la morale est bien mal située là l'intérieur d'un pantalon, et qu'on aurait dû la mettre ailleurs que dans cette région sous-pubienne. Une telle réflexion qui se croit vaguement comique est en fait une méconnaissance totale de la neuroanatomie. Il se trouve que tout notre corps est projeté point par point sur la surface cérébrale et plus particulièrement sur la scissure de Rolando qui se trouve à peu prés à l'endroit où les jeunes filles mettent un serre-tête pour tenir leurs cheveux. Sur cette zone on voit l'équivalent neurologique d'un demi homuncule (je passe sur la complexité que la droite se projette sur la gauche et la gauche à droite : l'homme est en quelque sorte mis en croix neurologiquement). On voit se succéder dans l'ordre toutes les parties de l'anatomie. Vous trouvez dans l'ordre les doigts, la tête... La tête d'ailleurs est très bizarre, elle est comme découpée et elle est retournée : l'homme neurologique ressemble un peu a une sorte de St.Denis après décollation ayant rattrapé sa tête entre ses mains. Ceci n'est pas une aberration, c'est une solution topologique extraordinairement ingénieuse qui permet de représenter sur une surface plane un cylindre, le thorax, emmanché d'un autre cylindre, le cou, qui lui-même sert de manche à une sphère, la tête. Et le seul moyen de mettre à plat tout cela est effectivement de couper le cylindre, de le rabattre et d'ouvrir la sphère : cela se démontre topologiquement.

Mais ce qui m'intéressait à propos de la morale dans le fond du pantalon, c'est que la représentation du corps se termine comme il se doit par les orteils, et, oh surprise, dans le sillon interhémisphérique, tout en haut de la scissure de Rolando, tout à fait à la fin de la représentation de l'être, se trouvent les organes génitaux, relégués au bout des orteils ! Situation tout à fait surprenante et qui a fait énormément cogiter les premiers neuroanatomistes. En réalité, elle correspond au fait que nos membres inférieurs sont en faites des membres postérieurs. Nous sommes redressés. De ce fait nos organes génitaux (puisque nous n'avons pas de queues) sont effectivement la dernière portion la plus distale de notre anatomie. Mais ce qui est tout à fait remarquable c'est que cette représentation se trouve ainsi directement au contact d'un endroit tout à fait différent du cerveau : le cerveau des émotions ; celui dans lequel siègent les pulsions qui nous mènent, qui nous émeuvent (d'où le nom d' " émotion ") et qui tendent à la persistance de l'être; la faim, la soif, la chasse, la quête de la nourriture. Et aussi celles qui tendent à la persistance de l'espèce : le désir, l'amour, la protection du descendant. Tout cela se trouve dans le lobe limbique. Ce siège des émotions est le seul endroit de notre cerveau qui sait en contact avec la représentation du corps, et la seule zone du corps avec laquelle elle soit en contact c'est justement la représentation génitale. Il s'en suit neurologiquement que tout ce qui touche le génital ébranle les émotions, et qu'inversement l'homme n'est pas capable de maîtriser ses émotions et d'être ainsi le souverain de son petit monde neurologique s'il n'est pas d'abord capable de contrôler la sphère génitale. Que cela plaise au non la morale ne peut pas faire abstraction du génital sous peine de ne pas être capable d'utiliser, de diriger et de comprendre toutes les émotions. Finalement quand nous réalisons que l'être humain a effectivement quelque chose qui le rend différent de tous les autres, nous sommes obligés de reconnaître que même si la technique nous donne une emprise sur l'être humain très jeune, sur l'embryon qui commence sa carrière (qui est même capable de se former dans une petite fiole quasiment alchimique, qui est capable de revenir du froid le plus intense où on l'aurait conserve, cette morale nous apprend qu'aussi jeune, aussi petit, aussi fragile qu'il soit ou paraisse l'embryon humain au début de sa carrière n'est pas un stock de pièces détachés ou l'on puise pour en réparer un autre. Ce n'est, pas une denrée périssable qu'on pourrait congeler ou décongeler à volonté ; ce n'est pas un bien de consommation qu'on pourrait vendre ou échanger : cet embryon humain aussi petit qu'il soit est un membre de notre espèce, et pour cette seule raison doit être protégé de toute exploitation. Il est, très exactement et sans forcer les mots, notre prochain, notre semblable, notre frère et parfois notre propre enfant.

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III. Pierre d'achoppement ou garde-fou

Alors il faut se demander si le respect de la nature humaine, tel que nous l'enseigne la morale catholique et tel que nous l'enseigne simplement la science commune, si ce respect n'est pas un tabou regrettable, un interdit qui va gêner la recherche. Respecter les embryons ce n'est pas une idée médiévale, démodée et qui va gêner la technologie ?

Je ne prétends pas vous fournir une réponse à priori à cette question qui est celle que pose pratiquement notre société pragmatique. Car elle considère que si cela sert à quelque chose on a le droit de le faire et seulement si ce n'est pas très utile qu'on peut discuter si il vaudrait mieux s'en abstenir. Ma réponse à priori est la morale, et la morale surnaturelle, mais je vous propose d'examiner trois exemples simples et récents pour savoir si ceux qui disent "vous qui respectez les enfants très jeunes, les vieux grabataires, et la nature humaine, vous empêchez le progrès, vous êtes des arriérés, des rétrogrades", ne seraient pas eux-mêmes des obscurantiste. Et ils le sont ! L'histoire de la médecine de ces dernières années le démontre. Ce sont ceux qui disent que le respect de la vie entraîne l'obscurantisme qui sont des obscurantistes, car ils nient la vie qu'ils connaissent.

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a. Le respect du couple

Je prends comme premier exemple celui de la stérilité dont on parle énormément, car à notre époque la promiscuité a beaucoup augmenté la fréquence des maladies vénériennes bénignes. Haute est la fréquence des stérilités par infection tubaire, alors on essaie de contourner l'obstacle : on va chercher l'ovule sur l'ovaire, on le met dans une fiole avec un spermatozoïde et on observe la fécondation extra-corporelle, quitte à remettre l'embryon de 3-4 jours plus tard dans la cavité utérine. Pour cette exemple il faut revenir sur ce qu'est la copulation dans notre espèce : la seule façon naturelle d'amener des spermatozoïde capables de féconder un ovule, c'est très précisément l'intromission de l'organe mâle du mari d'un l'organe féminin de son épouse. C'est un acte de personnes, c'est un acte désiré, voulu, délibéré. II faut que deux personnes s'unissent pour qu'une troisième puisse être engendrée. Il faut que cet acte ait eu lieu, pour que l'engagement de deux personnes soit définitivement valide et indissoluble.

En revanche, quand les spermatozoïde ont été déposés et qu'ils remontent la filière génitale à l'aide des moyens dont ils sont fournis, l'union des gamètes est totalement indépendante de la volonté des époux. C'était l'union physique qui dépendait des personnes, l'union des cellules ne dépend que de la physiologie. Il y a vraiment deux ordre d'un point de vue purement naturel : l'arrivée des spermatozoïdes par l'acte conjugal et la fécondation proprement dite au sens cellulaire, phénomène purement physiologique. Lorsque un technicien se substitue au mari, que l'organe mâle est remplacé par une seringue et que le technicien est celui qui apporte les spermatozoïdes et accomplit l'acte caractéristique du mariage, alors il y a au sens plus strict du terme substitution de personne. En revanche, si le technicien répare une trompe bouchée, s'il en greffe une nouvelle, s'il fait une plastie, autrement dit s'il aide la nature, il n'a interféré en rien avec le mariage proprement dit, il a été le serviteur qui essaie de pallier les difficultés liées à la maladie. Curieusement dans la philosophie de la médecine on a toujours séparé cette "substitutio personarum" de "l'aide à la nature" ; le dernier c'est de la médecine et le premier c'est de la technologie qui remplace le mariage.

Cela peut vous paraître purement théorique, purement opérationnel et un peu trop académique. Or je ne connais qu'une seule description et qui permet de s'en rendre compte immédiatement, c'est celle faite par une femme (et rapportée par Monsieur Testart). Cette femme venait de recevoir son enfant qui avait passé trois jours en bouteille dans un incubateur. Les trois opérateurs avaient travaillé avec beaucoup de respect et avaient même mis une musique pour que ce sait plus intime. Après l'opération le mari arrive un peu inquiet et demande à sa femme comment cela c'est passé. Sa femme lui répondit tout à trac : "j'ai fait l'amour avec les trois". Cette femme avait résumé dans une définition extrêmement réaliste et en même temps tout à fait surréaliste le fait que les techniciens étaient venus lui mettre un bébé dans le ventre. D'un mot elle avait exprimé mieux que je n'ai pu le faire ce qu'est cette notion très précise de " substitutio personarum ".

Il reste à remarquer que les conséquences de la fécondation extra-corporelle sont redoutables pour l'enfant. Le technicien qui l'élève pendant deux au trois jours, ou le conserve au froid pendant des années, est en fait le seul à avoir puissance parentale effective sur l'enfant. D'ou les risques d'exploitations précédemment évoqués et tous les usages pervers imaginés au encave non-imaginables. En revanche, l'enfant conçu dans le corps de sa mère, se trouve protégé de tous ces dangers par le lieu même de sa conception. Non seulement le sein maternel est un abri incomparablement mieux équipé chimiquement et physiologiquement que le laboratoire le plus performant, mais ce temple secret est peut-être le seul lieu véritablement digne de la venue au monde d'un nouvel être humain appelé d'emblée à l'éternité.

Pour finir sur la fécondation extra-corporelle je vaudrais dire ceci : il est vraisemblable que la fécondation extra-corporelle est un mauvais système pour lutter contre la stérilité. D'abord cela ne guérit pas la stérilité, cela donne un enfant mais la femme reste stérile. D'autre part il est vraisemblable que ce long détour dehors de l'organisme maternel est physiologiquement défavorable et que les greffes, les progrès des hormones, des traitements divers feront que dans un avenir assez proche le traitement de la stérilité n'utilisera pas la fécondation extra-corporelle. Deux écoles apparaîtront : - l'une guérira la stérilité (par les plasties, les greffes, le génie biologique,..) - l'autre s'obstinera dans la fécondation hors le corps de la femme mais son but avoué ne sera plus la lutte contre l'infertilité mais l'emprise arbitraire sur le destin des hommes.

Cette emprise sur le destin des hommes c'est celle qui se révèle quand l'homme croit qu'il est le maître d'un embryon.

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b. Le respect de l'embryon

Le respect de l'embryon tout jeune est-ce un tabou qui gêne la recherche ? Je ne le crois pas ; l'histoire de ces trois dernières années est extrêmement éclairant ce sujet. Il y a trois ans, nos collègues en Angleterre envisageaient de régler par une loi l'usage expérimental d'embryons humains qui auraient moins de quatorze jours. (Pourquoi, 14 jours ? C'était suite a une idée d'un pseudo-théologien allemand. Il fait partie de cette curieuse variété d'avorthéologiens.)

Leur proposition état : "Si vous nous donnez le droit d'utiliser des embryons jusqu'au quatorzième jours, nous étudierons différentes maladies et nous obtiendrons des connaissances qui nous mèneront peut-être à la guérison de la fibrose kystique du pancréas (la mucoviscidose), de la dystrophie musculaire, de la débilité mentale et spécialement de la trisomie 21 et aussi de l'hémophilie".

Témoignant devant le parlement britannique je fus oblige de faire remarquer de façon tout-à -fait "matter of fact", que sur un embryon de moins de quatorze jours, on ne peut pas étudier un trouble du cerveau qui n'est pas encore formé, ni un trouble de la coagulation du sang, l'hémophilie, parce que les organes qui forment les cellules sanguines ne sont pas encore différenciées, ni une anomalie des muscles qui n'apparaîtront qu'une semaine plus tard. Finalement ce projet ne permettait nullement d'élaborer un protocole logique permettant d'affirmer que ces expériences étaient techniquement motivées et absolument indispensables à l'étude de ces maladies.

Cette intervention extrêmement simple fut tris mal accueillie ; l'hebdomadaire scientifique Nature titra : "French influence in Britain"! quelque chose de tout-à -fait "shocking". Le journal Nature alla jusqu'à proposer un abonnement gratuit à quiconque fournirait un protocole d'expérience démontrant la fausseté de ce que j'avais dit. Cela. fait trois ans. Le journal Nature n'a publié aucun protocole et, à ma connaissance, personne ne reçoit gratuitement cette excellente publication scientifique.

Il n'était vraiment pas nécessaire de manipuler des êtres humains, car, au cours de ces trois ans, le gène de la muciviscidose a été découvert, le gène de la dystrophie musculaire a été cloné, la protéine qu'il fabrique, la dytrophine, est maintenant connue: on fait de grands progrès dans la compréhension de la trisomie 21 et pour l'hémophilie, on fabrique par génie génétique le facteur anti-hémophilique dans des bactéries artificieusement manipulées, ce qui élimine une voie de transmission possible du SIDA. Et tout ceci sans que la vie d'un seul embryon humain n'ait été sacrifiée.

Toute l'histoire de la médecine nous apprend que ce ne sont pas ceux qui brûlaient les pestiférés dans leurs maisons qui ont libéré l'humanité de la peste; ce ne sont pas ceux qui étouffaient les enragés entre deux matelas qui nous ont libérés de la rage. Chaque fois qu'un progrès est apparu en médecine il a été fait par ceux qui cent attaqué la maladie et non pas le malade.

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c. Le respect de l'humanité

Je cite une phrase de quinze collègues du Max Planck Institute (je cite en Anglais, car ils l'ont publié dans Nature): "The abuse of these techniques throug experiments with human embryos (and pre-embryos if one considers a pre-implantation embryo not to be an embryo), must be condemned by scïentific community".

Il est très important que ceci soit dit par des scientifiques du Max Planck, que cela vienne d'Allemagne: eux ou leurs pères ont connu les dégâts qu'a fait une doctrine dénaturée, celle des nazis qui donnait le droit de manipuler des êtres humains. Il est très important que la première déclaration vraiment précise sur le respect de l'embryon humain vienne de gens qui savent ce que c'est que la biologie dénaturée.

Je pense que le respect de l'être humain est un garde fou, ce n'est pas un tabou, quelque chose qui paralyse : c'est quelque chose qui nous empêche de faire des folies. Malheureusement ce respect de la nature humaine n'a pas été observé dans mon propre pays. Le jour de la fête des saints Innocents, il a été publié que le ministre de la santé avait signé l'autorisation de mise sur le marché du RU 486. Cette anti-progesterone est le premier pesticide anti-humain. C'est le premier élément de la guerre chimique anti-humaine, c'est la première fois qu'on fabrique une molécule qui tue très sélectivement les petits êtres humains ; et c'est dans le pays de pasteur qu'on est en train de faire une énorme manufacture pour fabriquer ce produit qui tuera chaque année plus d'êtres humains que n'ont jamais réussi Hitler, Stalin et Mao Tse Toung réunis.

Et pour comble de la tartuferie c'est dans l'année ou l'on prétend célébrer les droits de l'homme, que l'on réuni à Paris, avec un énorme renfort de publicité, une conférence centre la guerre chimique alors que la première munition binaire est fabriquée par une usine française. Je ne suis pas très fier, pour cette raison particulière, de vous parler de ce sujet. C'est quelque chose que je ne sais pas juger, c'est trop récent ; mais c'est la première fois qu'on va pouvoir tuer des enfants à l'aveugle par désespoir ou par folie. Je m'explique : ce produit sera un jour disponible au marché noir, il sera dans la table de nuit, ce sera l'aiguille à tricoter chimique, ce sera l'avorteur dans la chambre à coucher. Un soir la femme, qui fait toujours une petite dépression vers la fin du premier mois de la grossesse, parce que l'enfant pompe tout l'acide folique, et que même très heureuse d'avoir un enfant elle pleure sans raison, si elle est seule un soir elle risque d'avaler ces trois pillules et le lendemain de pleurer l'enfant qui déjà sera perdu. Il y a aussi une autre possibilité, qui encore n'avait jamais existé ; donner à l'insu de la mère ces pillules cachées dans l'alimentation et de faire la Brinviller contre les enfants, l'empoisonneuse qui tuera un enfant sans que sa mère sache que la fausse couche qui va se produire n'est pas naturelle !

On déchaîne là des choses auxquelles notre société n'était pas encore soumise, des dangers que nous ne connaissions pas encore, et il est impressionnant pour nous français de savoir due c'est notre pays qui est responsable.

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IV. La Voie, la Vérité et la Vie

Je vous ai dit qu'il y a une morale naturelle, j'ai essayé de vous faire comprendre qu'elle nous est indispensable.

Je n'ai pas eu le temps de vous parler, des manipulations du patrimoine génétique qui font que la bombe biologique est peut-être plus dangereuse pour notre espèce que la bombe atomique. Elle est moins bruyante mais elle risque de détruire elle aussi l'humanité par l'intérieur, par le respect qu'elle a d'elle-même. Alors il y aura nécessité pour tous de savoir ce qu'il faudra choisir. Certain proposeront de changer les lois chaque fois qu'une nouvelle technologie apparaîtra, chaque fois qu'un effondrement des moeurs se produira, mais ce système n'est pas efficace pour une raison précise : la technologie est cumulative mais la sagesse ne l'est pas.

Nous serons forcés de recourir à quelque chose qui nous dise ce qui est bon et ce qui est mauvais. Finalement il nous restera un seul guide : la morale ; pas la seule morale naturelle, mais une morale surnaturelle, qui est beaucoup plus simple et qui s'entend directement et que tous les hommes comprennent en une seule phrase qui juge tout : " Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait ".Si les homme n'oublient pas cette phrase, la technologie la plus compliquée restera l'honnête servante de la médecine et de la famille humaine. Mais si ils l'oublient, si les législateurs l'oublient, vous aurez tout à craindre d'une biologie dénaturée.