De l'avortement aux manipulations géntiques (entretien avec le Professeur Jérôme Lejeune : 1ère partie)

Jérôme Lejeune

Article paru dans la Nef.


Sommaire

Jérôme Lejeune est Professeur de génétique fondamentale à l'Université René Descartes à Paris, membre de l'Institut et de l'Académie Pontificale des Sciences. II a été lauréat du Prix Kennedy pour sa découverte de la trisomie 21 (ou mongolisme) et est Président de l'association "Secours Aux Futures Mères". Dans la première partie de l'entretien que nous publions ce mois-ci, il nous parle de l'avortement et des manipulations génétiques. Nous publierons la deuxième partie de l'entretien, consacrée à l'évolution et au darwinisme, dans notre prochain numéro.

La Nef-Nous avons au printemps dernier assisté à un débat des "Dossier de l'écran" au cours duquel le Pr. Baulieu et Mme Halimi ont affirmé péremptoirement que l'embryon et le foetus n'étaient pas un être humain. Qu'est-ce que la science peut objectivement répondre à cela aujourd'hui ?

Professeur Jérôme Lejeune - Vous posez deux questions : l'une sur une émission télévisée que j'ai vue moi aussi, et sur laquelle je voudrais dire un mot, et une question fondamentale sur l'être humain.

Pour la première question, il faut savoir que l'émission était faite pour donner la parole à M. Baulieu, qui est le fabricant du pesticide anti-humain RU486, la première pilule destinée à tuer sélectivement des enfants in utero, et à Mme Halimi qui fut le porte-parole du groupe des avorteurs dans les années 70. Une chose passée inaperçue méritait d'être relevée dans cette émission : tous deux ont prétendu qu'il fallait abolir un article du code pénal, l'article 317 je crois, qui n'a été aboli ni par la loi Veil ni par ses ag-gravations successives. Or, cet ar-ticle dit principalement deux choses : d'abord qu'une femme n'a pas le droit de s'administrer à elle-même l'avortement. Cela était in-clus dans la technique pour faire passer la loi Veil qui disait qu'il fallait " médicaliser " l'avortement en ayant recours au médecin, afin d'empêcher les dangers des avortements clandestins. Ensuite, cet article réprime la propagande pour les moyens contraceptifs et surtout abortifs. C'est pourquoi se discute au Sénat et à l'Assemblée nationale une proposition de changement du code pénal qui supprimerait cet article sous le prétexte que l'avortement étant permis, il serait monstrueux que par un fossile de l'évolution légale, on pénalisât une pauvre femme qui aurait pris le risque de ne pas choisir le bon avortement prévu par la loi Veil. Cette émission télévisée n'était faite que pour ça, car la loi Veil actuelle interdit qu'une femme prenne le RU486 seule sans assistance médicale. On voit ainsi apparaître une manoeuvre extraordinaire qui tend à supprimer définitivement la raison grâce à laquelle la loi Veil a été votée, à savoir que l'avortement soit fait par des techniciens ! On veut mettre aujourd'hui sur le marché un produit qui tuera encore beaucoup plus facilement les enfants. Il y a là une technique de manipulation de l'opinion et du sentiment de la loi chez les représentants de notre nation qui est particulièrement redoutable. De plus, cet article 317 interdit de faire de la propagande pour des moyens abortifs ! Vous voyez combien Mme Halimi et Mr Baulieu ont intérêt à le voir supprimer. Cela étant dit, je reviens à la question fondamentale : qu'est-ce qu'on peut scientifiquement dire aujourd'hui de ce qu'est un être humain ? Pour un scientifique, la question est simple. Il existe une définition élémentaire et définitive de l'être humain : " un être humain est un membre de notre espèce ". Un être humain ne se définit pas par ses qualités passées, présentes ou futures, il se définit par sa nature, il est un membre de notre espèce. Quant au début de la vie humaine, il est absolument certain que sitôt qu'un spermatozoïde a pénétré dans la " zona pellucida " et que soudainement celle-ci devient im-perméable à tous les autres spermatozoïdes, on peut dire qu'à ce moment-là se trouve incluse dans cette petite masse de matière qui fait 1,5 mm de diamètre toute l'information nécessaire et suffisante pour déterminer un être humain nouveau, celui-là précisément qu'on appelera 9 mois plus tard Pierre, Paul ou Madeleine, pas un être théorique, mais celui-là précisément. Il n'y a pas de possibilité d'échapper à cette certi-tude depuis que nous avons observé que la fécondation extra-corporelle était possible. En effet, la pénétration d'un spermatozoïde dans un ovule détermine l'apparition d'un nouvel être et c'est cet être-là qu'on transplantera plus tard, éventuellement dans un utérus qui ne sera peut-être même pas celui de sa mère ! Ce qui démontre avec certitude que c'est déjà un être humain. Sa mère ne le " fait " pas humain ; il est humain par sa nature parce qu'il a reçu le patrimoine génétique de notre espèce. La réponse à votre question est donc très simple. Les scientifiques savent parfaitement ce qu'est un être humain : c'est un membre de notre espèce ; et quand il vient à l'existence : à la fécondation.

Comment alors une Gisèle Halimi peut-elle encore prétendre que la vie humaine ne commence pas à la fécondation ou un Pr. Baulieu affirmer qu'avorter n'est pas tuer ? Visiblement, pour eux, le foetus et l'embryon ne sont pas encore des êtres humains ?

Les termes de foetus et d'embryon ont autant de signification que les termes d'écolier et de conscrit. Quand un petit bonhomme va à l'école communale, on dit que c'est un écolier. Quand il va au lycée, on dit que c'est un lycéen. Quand il fait son service, on dit que c'est un conscrit, etc. C'est toujours le même individu. Alors de la même façon pour le nouvel être conçu, qu'on l'appelle embryon, qu'on l'appelle ensuite foetus ou qu'on l'appelle bébé, ce sont des appellations qui définissent un stade de sa croissance, mais elles ne définissent pas sa nature. Sa nature, c'est la nature humaine, dès la fécondation.

Les partisans de l'avortement comme le Pr. Baulieu ou Mme Halimi défendent te principe de l'avortement en sachant sciemment qu'il aboutit à l'élimination d'un membre de notre espèce, donc d'un être humain ?

Je ne peux pas supposer qu'ils ne le savent pas. Certes, ils ne le disent pas, ils se refusent évidemment à le dire, mais je ne peux pas supposer qu'ils ne le savent pas, parce que si l'on supposait que ce qui se développe dans le ventre de la mère n'est pas un être humain, pourquoi donc ferait-on une loi spéciale pour l'éliminer ? Il n'y a pas de loi pour réglementer ou pour interdire d'arracher une dent ou enlever une tumeur. S'il y avait une loi spéciale qui protégeait l'être humain conçu, c'est parce que l'on savait que c'était un être humain. Eux le savent sûrement, mais ils raisonnent en disant : si je reconnais que c'est un être humain, je vais être obligé de faire des distinctions entre les êtres humains, de faire en quelque sorte un racisme en fonction de l'âge ou de la dimension ou du degré de spécialisation. Là ils savent très bien que l'opinion publique n'aime pas cela.

N'est-ce pas lamentable de Penser qu'une majorité d'hommes de science se soient fourvoyés dans une voie intellectuellement aussi malhonnête ?

C'est malheureusement arrivé très souvent dans l'histoire de la science. Qui s'opposait aux théories racistes répandues dans les Etats-Unis des années 1925-1930 ? Car il ne faudrait pas croire que le racisme ait été une exclusivité germanique, il était très présent aux Etats-Unis où l'on stérilisait les idiots. Il y a eu des tas de procès là -dessus. Les Allemands l'ont repris. Qui, dans l'Allemagne hitlérienne, se souciait vraiment de la stérilisation de ceux qui étaient indésirables et finalement de l'élimination de ceux dont on jugeait que la vie ne valait pas la peine d'être vécue ? Qui s'en souciait beaucoup ? Peu de monde ! Et pratiquement aucun biologiste n'a pris la parole contre les lois eugéniques allemandes. Pourquoi ? A cause de la pression extraordinaire des mass-media, déjà extrêmement puissants à l'époque, et à cause aussi de la répression. A l'heure actuelle, la chose n'est pas fondamentalement différente. Il faut bien vous dire qu'il n'est pas possible aujourd'hui d'être un généticien appliquant sa spécialité en France et de dire publiquement que l'on est contre l'avortement. Quand on est vieux comme moi et qu'on a une situation déjà acquise depuis longtemps, on peut le dire, mais quand on entre dans la carrière et qu'on se verra refuser toutes les places, toutes les opportunités si on dit " moi je ne tuerai pas les enfants ", vous voyez le courage qu'il faudrait pour ça ?

Compte-tenu des connaissances biologiques actuelles, vous semble-t-il possible d'envisager une prochaine modification de ta toi légalisant l'avortement ?

C'est très difficile de vous répondre, je n'ai pas de boule de cristal, je ne peux pas prévoir l'avenir. Mais il me semble que la majorité des médecins accueillerait très volontiers une loi qui dirait à nouveau qu'il est mauvais de tuer les enfants. Sans doute y aurait-il des vociférations de ceux qui veulent détruire la civilisation chrétienne, mais que les médecins aient véritablement envie de jouer le rôle d'avorteur, c'est une chose absolument fausse. Statistiquement, je dirais que tous les médecins ont envie d'être du côté de la vie et pas du côté de la mort, de même qu'ils n'ont pas envie de suivre Schwarzenberg dans l'euthanasie. Seulement si c'est la loi, c'est demande beaucoup que de se mettre en travers d'elle... Je pense que c'est une dégénérescence de notre société.

Vous savez que les partisants de l'avortement prétendent qu'il y en avait davantage lorqu'il se pratiquait clandestinement que maintenant qu'il a été légalisé...

Ils mentent, et ils savent qu'ils mentent.

C'est évident, mais dans le cas où l'avortement serait légalement interdit, comment traiter les cas d'avorternents clandestins qui exis-teront toujours ?

Je n'ai jamais cru que l'Etat qui réprime la fraude soit obligé de faire des avances aux escrocs. Les services des Douanes ne sont pas tenus de passer régulièrement au bitume le chemin sur lequel se risquent les contrebandiers. S'il y a une loi, la loi doit être respectée et elle n'est pas obligée de faciliter les entorses que l'on pourrait y faire. Ce n'est pas parce que le crime existera toujours qu'il faut le faciliter.

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Un procès peu ordinaire

Le procès de Maryville aux Etats-Unis était peu ordinaire. A l'occasion d'un divorce où tout s'était passé à l'amiable pour le partage des biens matériels, les anciens époux allaient s'opposer sur le sort de sept embryons congelés conçus par le couple. La femme demandait qu'on lui confiât les embryons que le mari voulait détruire. Le tribunal avait donc à juger si les embryons étaient ou non des êtres humains pour savoir s'il fallait les confier à garde ou s'ils pouvaient être liquidés comme de vulgaires biens communs ! Le Professeur Jérôme Lejeune, en tant qu'autorité scientifique reconnue, a témoigné pour montrer l'humanité des embruons concernés. Il a été entendu par le juge puisque les deux, cinq, six et sept de l'opinion de la Cour s'énoncent ainsi :

2. Les sept embryons conservés au froid intense sont des embryons humains.

5. Dès la fécondation, les cellules d'un embryon humain sont différenciées ; elles sont uniques et spécialisées au plus haut degré de distinction.

6. Les embryons humains ne sont pas objets de propriété.

7. La vie humaine débute dès la conception.

En conséquence de quoi le juge a confié la garde des sept embryons humains à la mère dans le but d'une implantation.

Le livre du Professeur Lejeune reprend notamment les minutes du procès avec son interrogatoire passionnant. On comprend que les réponses claires du savant français aient convaincu un juge de bonne foi, comme elles pourront convaincre tout lecteur dans le même état d'esprit. (Jérôme Lejeune : L'enceinte concentrationnaire, Le Sarment/Fayard, 1990, 144 pages.)

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Les manipulations génétiques et l'église

Venons-en aux problèmes soulevés par les manipulations génétiques. Comment un homme de science peut-il savoir jusqu'où il peut aller, autrement dit comment mettre des barrières pour savoir ce qu'il est légitime de faire ou de ne pas faire ?

Les scientifiques ne sont absolu-ment pas faits pour poser des barrières. Ce qui nous dit ce qui est bien ou mal, ce n'est pas la science, c'est la morale. Et si la science ne se soumet pas à la morale, la science devient folle. On l'a très bien vu il y a 50 ans avec les expérimentateurs nazis qui n'étaient ni plus ignorants ni plus bêtes que les autres universitaires. Mais ils avaient abandonné le concept moral très simple qu'un homme est un homme, et ils avaient dit : un prisonnier n'est pas un homme. A partir de ça, tous les abus deviennent possibles. De la même façon, si l'on prétend que l'être humain au début de sa carrière n'est pas un homme, tous les abus sont possibles. Mais ça, ce n'est plus de la science. Ce qui est de la science c'est de dire qu'un homme est un homme, ensuite la morale vous dit : donc l'homme il faut le respecter. Ce n'est pas le rôle de la science de le dire : la science ne peut pas vous démontrer que le commandement " tu ne tueras pas " est une loi biologique.

Que pensez-vous de l'enseignement de l'Eglise sur les manipulations génétiques, je pense notamment à l'instruction Donum Vitae (1987) du cardinal Ratzinger, qui a été si froidement accueillie par certains catholiques, y compris des ecclésiastiques ?

J'en pense plusieurs choses. La première est que nous avons appris beaucoup ces derniers temps et que nous avons notamment brusquement appris il y a environ deux ans et demi que certaines manipulations des cellules ne seraient pas possibles alors qu'on les croyait faisables. On imaginait, par exemple, qu'on pourrait concevoir entre femmes : cela, nous savons que ce ne sera pas possible. Nous le savons parce que les deux cellules mâle et femelle sont bien vectrices de la moitié du patrimoine héréditaire, celui qui vient du père et celui qui vient de la mère, mais le patrimoine qui vient du père est marqué d'une certaine façon par une méthylation de l'ADN, et celui qui vient de la mère est marqué d'une autre façon. Toutes les femmes marquent au même endroit, tous les hommes marquent au même endroit.et ce n'est pas le même pour les deux sexes. Il en résulte que c'est seulement lorsque se rencontrent deux cellules qui portent les marquages masculin et féminin en même temps, qu'un nouvel être commence. Car l'être humain est vraiment fait homme et femme au début, et c'est dit dans la Genèse. Il faut absolument un homme et une femme pour engendrer un nouvel être humain... Il y a une chose qui m'a toujours beaucoup frappé, c'est qu'on emploie le même mot pour exprimer une idée qui nous vient à l'esprit et un enfant qui vient à l'existence : on emploie le mot de conception. On conçoit une idée, on conçoit un enfant. Et ça ce n'est pas une pauvreté du langage, c'est au contraire une richesse poétique de la langue telle qu'elle nous a été transmise, parce qu'au tout début il y a une telle intrication entre le vif et le brut, entre l'esprit et la matière, entre l'âme et le corps, que nous décrivons à la fois la naissance du corps et l'activité de l'âme par le même mot, la conception. Cela ne doit pas choquer bien sûr les chrétiens qui eux savent très bien que conception est un mot d'une importance tellement grande que nous connaissons même l'Immaculée Conception. Mais je ne m'étendrai pas sur le péché orignel, ce serait un autre entretien... .

Comment reliez-vous cela à l'enseignement de l'Eglise sur les manipulations génétiques ?

L' Église, dans l'instruction Donum Vitae, nous a rappelé tout simplement ce qu'est une manipulation génétique. Si vous modifiez une instruction génétique, pour essayer de réparer un gène défavorable dont serait atteint un enfant, et que vous le faites dans l'intérêt de l'enfant et avec prudence, alors vous faites de la bonne médecine. Si au contraire, vous utilisez un enfant, si vous l'exploitez pour faire une expérience au détriment de celui qui va la subir, vous ne faites pas de la médecine mais de la zoologie sur les hommes, et ça vous n'avez moralement pas le droit de le faire. En gros c'est cela Donum Vitae, avec une deuxième particularité, c'est que l'Eglise a un grand respect pour le mariage. Le mariage, c'est essentiellement la notion qu'il faut deux personnes pour en procréer une troisième. Il y a une sorte de trinité dans le mariage et nous le voyons très bien dans ce marquage du spermatozoïde différent de celui de l'ovule. l'Église va beaucoup plus loin puisqu'elle enseigne que l'acte des deux époux pose les conditions pour que la conception soit légitime. Si donc un technicien a obtenu les spermatozoïdes du mari (par masturbation) et récupéré l'ovule par ponction de l'abdomen de la femme, son action se substitue à l'acte conjugal qui, pour l'Église catholique, peut seul mener légitimement à la conception d'une nouvelle personne. Il est vrai que l'Église ne condamne pas de la même façon tous les types de manipula tion et elle a parfaitement raison. Elle dit bien, par exemple, que la fécondation extra-corporelle n'est jamais légitime, parce que c'est une substitution de personne (c'est le technicien qui remplace l'union physique des conjoints et cela n'est pas légitime). Mais, toujours d'après Donum Vitae, cette manipulation-là est moins chargée de négativité éthique que le fait de tuer des embryons ou de fabriquer des embryons surnuméraires pour leur exploitation ultérieure. C'est très clair et l'Église ne peut dire autre chose. En résumé, il y a des comportements qui ne sont pas légitimes et que l'Église ne peut approuver, et d'autres qui sont des crimes abominables.

Parvenez-vous à faire passer un tel message à vos patients, notamment ceux qui sont étrangers à ta morale chrétienne ?

Il est très difficile de répondre. Ce que je peux dire, c'est que si je leur expose cette doctrine et que je leur dise " je me range à cette façon de penser et d'agir ", ils n'y voient aucune contradiction avec mon métier de médecin et ma profession de scientifique. Ils se rendent compte qu'il n'y a pas de contradiction. Cela ne veut pas dire qu'eux aussi adhéreront à l'enseignement de l'Église.

Pourriez-vous nous dire un petit mot du procès de Maryville, où vous avez été entendu comme témoin et dont vous avez tiré un livre (cf encadré p. 14) ? Selon vous, les conclusions de ce procès feront-elles jurisprudence ?

Elles font déjà partie de la jurisprudence de l'Etat du Tennessee, mais comme la Cour d'Appel a suspendu l'application du jugement de Maryville, cela passe maintenant devant la Cour Suprême du Tennessee et il est vraisemblable que cela passera devant la Cour Suprême des Etats-Unis. Et là quelle que soit la décision, la jurisprudence s'appliquera à tous les Etats-Unis. C'était un procès extraordinaire, parce que c'était un procès en divorce. Dans ce cas, pour la loi américaine, comme pour la nôtre d'ailleurs, il n'y a que deux catégories : les personnes et les biens. Les biens dont on peut disposer et les personnes qu'on doit protéger. Or ici, les divorcés en instance étaient d'accord sur tout ; le compte en banque, la voiture, tous les intérêts matériels avaient été partagés sans problème. Mais ils n'étaient pas d'accord sur les sept embryons qui étaient au froid. Et le juge était absolument obligé de décider, d'abord ce qu'ils étaient. Etait-ce des biens matériels qu'on peut liquider en les confiant à l'un et en dédommageant l'autre avec de l'argent, des biens qu'on peut liquider aux deux sens du terme, ou était-ce des êtres humains qu'il fallait alors confier à garde ? Ensuite, si on les confiait à garde, quel était celui des deux parents qui était disposé à ce qu'ils vivent. Comme c'était la mère qui proposait que les enfants recoivent l'abri de son propre corps et qu'elle était la seule au monde à pouvoir proposer cela, le juge décida de confier les enfants à la mère, après avoir conclu que les embryons étaient bien des êtres humains et non de vulgaires choses matérielles. J'en ai conclu que cet homme avait simplement refait à 3000 ans de distance le jugement de Salomon : le parent auquel on doit confier les enfants est celui qui veut la vie des enfants. (A suivre)