L' embryon est un être humain

J. Lejeune

Permanences n° 297


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Permanences

Professeur Lejeune, que faut-il penser des trois projets de loi sur la bio-éthique que le gouvernement entend soumettre au Parlement ?

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Professeur Lejeune

Ces projets de loi ne présentent en eux-mêmes aucun intérêt, ou plus exactement, ils n'ont qu'une seule utilité : faire passer le paragraphe autorisant les dons d'embryons. Le reste, c'est de la poudre aux yeux.

Le fait est qu'on peut donner un animal, mais on ne donne pas un être humain ! On ne parlerait guère de dons d'embryons si l'on reconnaissait qu'il s'agit d'un être humain.

Or, les trois textes font précisément l'impasse sur l'essentiel : ils ne comportent aucune définition et ne proposent aucun statut de l'embryon ; ils se gardent bien de répondre à la question de savoir quand commence un être humain. Cela permet d'envisager non seulement ce qu'ils appellent les " dons d'embryons ", mais aussi l'expérimentation sur l'embryon et c'est extrêmement grave. Ces lois sont des lois scélérates.

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Permanences

Est-il scientifiquement possible d'établir que l'embryon est un être humain ou n'est-ce là qu'une question d'opinion ?

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Professeur Lejeune

II n'existe, objectivement, qu'une seule définition possible de l'être humain : un être humain est un membre de notre espèce. Sa nature humaine est déterminée par le patrimoine génétique de l'espèce humaine qu'il reçoit de ses parents; l'embryon fait donc partie de l'espèce humaine.

La fécondation marque bien le commencement de la vie, c'est-à -dire l'apparition d'un nouvel être humain parfaitement unique et différencié. La première cellule humaine et ses 46 chromosomes (les 23 chromosomes paternels et les 23 chromosomes maternels) contient déjà toute l'information nécessaire et suffisante d'où sortira, neuf mois plus tard, cet enfant qu'on appellera Pierre, Paul ou Madeleine, avec les caractéristiques qui lui sont propres.

La méthode mise au point en Angleterre, il y a quelques années de cela, par le docteur Alec Jeffreys pour la lecture de l'ADN des chromosomes humains, permet justement d'identifier les caractéristiques d'un individu. Elle apporte la preuve, scientifiquement irréfutable, du caractère rigoureusement unique de tout individu.

En fait, il n'existe aucune différence de nature entre l'embryon, le foetus et l'enfant après sa naissance : il s'agit, dans tous les cas, d'une seule et même personne aux différents stades de son développement.

Dès le tout début, l'embryon est un minuscule être humain différent de sa mère, animé d'une vie propre. C'est d'ailleurs ce qui rend possible la fécondation extra-corporelle comme le fait de transplanter l'embryon conçu in vitro dans un utérus qui n'est pas celui de sa mère.

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L'existence d'un Comité national d'éthique n'est-elle pas, en France, une garantie suffisante contre tous les risques possibles de " dérapages " en matière médicale ?

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Professeur Lejeune

Comme vous le savez, sans doute, le Président du Comité d'éthique est nommé par le Président de la République, et la nomination des membres de ce Comité dépend également du Chef de l'Etat ou de ses ministres, ou de quelques directeurs de grands établissements publics eux-mêmes désignés par les ministres en question... Aucun de ces membres n'est par exemple le représentant élu d'un corps constitué.

Il en résulte que le Comité d'éthique est véritablement un comité d'éthique étatique, une machine à décerveler et qu'on lui fait dire ce qu'on veut bien lui faire dire...

En fait de garantie et de morale médicale, aucun comité d'éthique national ou local ne remplacera jamais le Serment d'Hippocrate par lequel un médecin jurait autrefois : " j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté, je ne donnerai pas de poison même si l'on m'en demandait et je ne donnerai pas de produit abortif... ".

Tant que le serment d'Hippocrate sera bafoué, ce qui est actuellement le cas. il n'y aura plus de médecine fiable.

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Permanences

Revenons aux trois projets de loi sur la bio-éthique, qui sont inacceptables dites-vous : de quelle manière peut-on réagir ?

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Professeur Lejeune

Je ne vois qu'une chose à faire : soutenir et promouvoir la proposition de loi Seillier (1), qui n'est pas encore très connue en France, mais qui vient d'être traduite en portugais pour être présentée au Sénat brésilien, ainsi qu'en espagnol pour le Président du Sénat chilien, et qui, traduite en anglais, sera bientôt soumise au Parlement des Pays Baltes.

Ce texte est, en l'état actuel des choses, le seul qui soit vraiment acceptable et je ne vois pas ce qu'on pourrait espérer de plus conforme à la loi naturelle.

Tous les défenseurs du respect de la vie, y compris les Associations Familiales Catholiques, et tous les lecteurs de " Permanences " devraient le connaître et s'en faire les porte-paroles.

Il faut proclamer que les textes concoctés par le gouvernement sont d'autant plus intolérables qu'il existe une proposition de loi parfaitement cohérente (celle du sénateur Bernard Seillier), très simple et très claire à la fois. et qui en même temps ne laisse aucun problème de côté, puisqu'elle définit l'être humain comme une personne de la fécondation à la mort, et prévoit que l'embryon humain doit être indisponible, que le " don d'embryon " doit être interdit, précisant même, par exemple, que n'importe quel embryon humain a droit à la poursuite de son développement continu jusqu'à son terme dans l'organisme de sa mère avant qu'un autre embryon ne soit conçu, afin qu'on ne puisse plus en produire plusieurs qui seront congelés, en attendant que certains d'entre eux ne soient détruits.

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Permanences

Que pensez-vous des prises de position de Mgr Duval, président de la Conférence Episcopale qui, sur le problème de l'avortement, condamne les " opérations sauvetage " dans les Cliniques ou les hôpitaux (2) ?

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Professeur Lejeune

J'étais, il y a huit jours, aux Etats-Unis, dans le Kansas, pour témoigner en faveur d'une jeune femme traînée devant les tribunaux pour avoir participé à l'une de ces opérations " rescue ". On m'a demandé si je ne pensais pas qu'elle avait des raisons de croire qu'elle protégeait une vie humaine en empêchant un avortement et j'ai répondu oui. C'est la seule réponse que je pouvais donner.

Mon audition avait été précédée d'un témoignage extraordinaire et totalement inattendu : celui d'une jeune femme qui s'est présentée avec un bébé dans les bras pour déclarer avec une grande spontanéité et une évidente sincérité : " le jour de cette opération " rescue ", j'avais rendez-vous à cette clinique pour me faire avorter (ce que l'avocat de la clinique n'a d'ailleurs pas contesté). Si cette manifestation n'avait pas eu lieu, le petit que je porte dans les bras, et bien je ne l'aurais pas parce qu'il serait mort ce jour-là ".

Alors, j'ignore ce que dit ou ce qu'on fait dire à Mgr Duval sur ce point particulier. Ce qui m'intéresse, c'est l'opinion de cette femme qui reconnaît qu'elle aurait tué son enfant si la clinique avait été ouverte ce jour-là , et qui est venue témoigner dans l'espoir de préserver d'autres mamans du crime qu'elle allait commettre.

Car ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la femme enceinte qui téléphone à une clinique pour se faire avorter n'est pas une future mère : en fait, elle est déjà mère puisqu'elle porte un enfant.

Un avortement ne fait pas une seule mais deux victimes : le bébé bien sûr, qui ne se rend pas compte de ce qui lui arrive, mais aussi la maman qui se fait avorter parce que, prise de panique, elle ne sait plus où elle en est, ni ce qu'elle fait. Oui, la femme qui se fait avorter est aussi une victime.

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Permanences

Compte tenu de la généralisation de la contraception et surtout, de la légalisation puis de la banalisation de l'avortement, sans parler des expérimentations sur l'embryon dont il est aujourd'hui question, la tentation peut être forte de céder au découragement. Dans ces conditions, que peut faire un chrétien ou le simple " citoyen de base " ?

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Professeur Lejeune

Dire la vérité, rien que la vérité, mais toute la vérité ! Il faut témoigner, spécialement devant la jeune génération, c'est-à -dire nos enfants ou, à mon niveau, nos petits enfants. C'est en ce sens que les générations à venir seront celles du respect de la vie.

J'ai dit une fois à l'un de vos congrès que le moyen d'empêcher l'arrivée d'un enfant, par la pillule, ou de les tuer dans le sein de leur mère par l'avortement, sont tels qu'aujourd'hui il n'y a pratiquement plus de selection naturelle (les enfants qui viennent au monde ne sont pas forcément plus forts ou plus résistants que les autres) mais il y a par contre une sélection surnaturelle ; ce sont les familles qui croient en Dieu qui ont encore des enfants et ceux qui respectent le Créateur qui respectent également ses créatures.

Alors, on peut avoir l'impression que la morale a perdu, comme il est vrai que certains de ceux qui doivent normalement la défendre se taisent quand ils ne sont pas eux-mêmes dans l'erreur ; et pourtant, je ne suis pas pessimiste : peut-être la sélection surnaturelle dont j'ai parlé jouera-t-elle un rôle inédit dans l'histoire de l'humanité, ce que nos enfants ou nos petits-enfants verront peut-être. Deo juvente !


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Notes

1 - Le texte intégral de ce projet de Loi se trouve dans notre encart ci-dessous.

2 - " Je n'ai jamais approuvé ce genre de commandos qui se situent en dehors de la loi ". Mgr Duval, le 3 décembre 1991, au "Grand Jury RTL- Le Monde ".