Humain trop inhumain

par Jérôme LEJEUNE de l'Institut


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Un nouvel obscurantisme.

Alors que les progrès de la Science révèlent chaque jour un nouveau secret de la vie, on voudrait nous faire accroire que nous savons de moins en moins ce qu'est un membre de notre espèce.

Cet obscurantisme nouveau menace d'envahir les lois. Les trois projets de bioéthique exhumés des décombres d'une législature passée, sont caractéristiques de cette étrange mode.

D'après les journaux le rapporteur désigné par le Gouvernement aurait estimé "qu'il n'est pas possible de se prononcer dans la loi sur le statut de l'embryon" sic.

Serait-ce par ignorance ou par préméditation ? Plutôt par crainte semble-t-il.

De peur de rouvrir le débat sur l'avortement on refuse à l'embryon la protection de la Loi. Pourtant les lois sur l'interruption volontaire de la grossesse ne disent nullement que le petit n'est pas un homme. Elles ne dépénalisent l'élimination de l'enfant qu'en raison disent-elles de la détresse de sa mère. Or, dans la fécondation in vitro ou dans toute manipulation qu'on pourrait imaginer, personne n'est en état de détresse ; ni les fournisseurs de gamètes, ni les manipulateurs. Personne n'est en danger, si ce n'est l'embryon lui-même au cas où la protection de la loi viendrait à lui manquer.

Il est donc indispensable que la Loi protège le tout jeune être humain des entreprises du manipulateur à la merci duquel il se trouve. Le cas tout récent de la vivisection d'embryons aux Etats Unis n'est qu'un exemple de plus de cette nécessité.

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La déshumanisation.

Pour éviter cette contrainte, et déshumaniser l'embryon sans le dire, les projets actuels utilisent une ingénieuse présentation.

L'énumération des peines prévues est fort impressionnante et donne à l'ensemble un aspect tout à fait répressif. Le législateur devrait être assuré que cette loi protège et même réprime durement.

Mais le point d'importance c'est que les peines sont le mêmes qu'il s'agisse d'infractions portant sur les gamètes (les spermatozoïdes ou les ovules) ou sur l'embryon humain.

Si une jurisprudence devait un jour se développer à partir de ces textes elle ne pourrait que corroborer le postulat implicite que l'embryon est un produit du corps humain alors que toute la science est là pour démontrer qu'il est un corps humain nouvellement produit !

Certes les auteurs des projets auraient pu choisir d'autres voies. Ils auraient pu comme l'a fait l'Allemagne, se souvenant encore d'un terrible passé, reconnaître que l'embryon est un sujet de droit. De ce fait l'avortement se trouve mis hors la Loi, en théorie tout au moins.

Inversement, ils auraient pu comme l'a fait le Royaume Uni, décréter que l'être humain n'existe qu'après quatorze jours, durant les deux premières semaines il s'agirait seulement d'une vie animale. En bon français ceci veut dire que d'après cette loi-là les sujets de sa Gracieuse Majesté ne seraient en quelque sorte que d'anciens animaux. On conçoit qu'une promotion si subite de l'animal à l'homme n'ait pas été discutée au pays de Descartes.

Mais en refusant tout statut légal à l'embryon, les projets en cours le déshumanisent autant mais plus discrètement.

Hélas cette "chosification" est déjà mise en oeuvre presque légalement. Le Conseil National d'Ethique Etatique n'a-t-il pas autorisé l'extraction de cellules nerveuses vivantes à partir du cerveau de foetus de deux ou trois mois avortés en bon état ? Ces cellules sont ensuite greffées dans le cerveau de malades atteints de Parkinson. Ce cannibalisme neurologique n'a jusqu'ici guéri personne mais cette pratique autorisée confirme expérimentalement la déshumanisation en cours.

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L'Expert en humanité.

Notre génération n'échappera pas au dilemme terrible : sombrerons-nous dans le meilleur des mondes comme Aldous Huxley l'a prévu, ou parviendrons-nous à sauver la civilisation ? Il ne s'agit pas de grands mots, mais bien d'un choix inéluctable.

Notre emprise sur le vivant s'accroît exponentiellement. Il suffit de constater les développements, encore un peu tâtonnants, du projet sur le génome humain pour mesurer la redoutable puissance dont nous disposerons dans un avenir qui n'est plus très lointain.

Un slogan revient sans cesse, répété par le clan des manipulateurs : la Loi ne peut pas s'opposer au développement de la Science ; tout ce qui est possible expérimentalement est donc permis éthiquement !

Pour combattre ce sophisme inquiétant, au lieu de rafistoler des projets irrécupérables les législateurs d'aujourd'hui se doivent de rédiger une déclaration qui marquera cette époque. Face à la tyrannie de la technologie, ils ont à proclamer, enfin, LE DROIT DES HOMMES.

Tout récemment l'Académie Pontificale des Sciences recevait une délégation de la Fundacion Banco Bilbao Vizcaya, sur les aspects légaux et éthiques relatifs au projet du génome humain. A cette occasion le 20 Novembre 1993, le Pape Jean Paul II fit solennellement appel à tous les hommes d'Etat.

"L'Eglise désire rappeler aux législateurs la responsabilité qui leur incombe en matière de protection et de promotion des personnes .... L'embryon humain doit être reconnu comme sujet de droit par les lois des nations sous peine de mettre l'humanité en danger. En défendant l'embryon la société protège tout homme qui. reconnaît dans ce petit être sans défense celui qu'il a été au début de son existence".

Fasse le ciel que Sénateurs et Députés entendent ce message de vie Entre les déshumanistes et l'Expert en Humanité, le coeur de la France a déjà à À choisi.